‹ Marie MignotChapitre 50 sur 63 · LAGARDIE , LA MARÉCHALE · texte numérisé non relu

LAGARDIE , LA MARÉCHALE

LAGARDIE

Enfin, madame, après dix ans d'exil, je puis donc vous revoir; je puis...

LA MARÉCHALE

Vous, Lagardie!... vous, comte!... feldniaréchal !... ambassadeur!...

LAGARDIE

Je le vois, mon sort, cause votre surprise ; et, en vérité, lorsque j'y songe, il ne m'étonne pas moins que vous... Après vous avoir perdue, le cœur déchiré, je me jetai dans cette nouvelle carrière, que j'avais toujours aimée, et qu'un de vos désirs m'avait ouverte... Je quittai mon pays, où vous ne pouviez plus être à moi... je partis. La Suède était en guerre... Les jeunes Français étaient accueillis avec faveur; et comme je voulais me faire tuer, on prit mon désespoir pour du courage. Le prince royal lui-même fut témoin de la bravoure avec laquelle j'affrontais des dangers, où j'aurais perdu la vie, si j'eusse été heureux. Que vous dirai-je?... j'obtins des grades, des honneurs... je m'élevai, et peu à peu je perdis l'envie de me faire tuer. Cependant ces titres, ces dignités qui vous semblaient si nécessaires au bonheur, les voilà! mais elles n'ont rien fait pour le mien.

Ah! c'est singulier! j'aurais cru... Et, ditesmoi , cette mission secrète dont vous êtes chargé près du roi de Pologne...?

LAGARDIE

Eh quoi! c'est déjà le diplomate que vous interrogez? Dans la fortune de votre ancien ami, n'y a-t-il plus rien qui vous intéresse? Apprenez donc des secrets que je ne |)iiis révéler qu'à vous, apprenez...

LA MARECHALE, à part.

Vous verrez qu'il m'est resté fidèle.

LAGARDIE

Que j'ai été sur le point d'épouser la comtesse Héléna , une jeune parente du roi de Suéde.

LA MARECHALE.

V^ous !

LAGARDIE

La comtesse me vit souvent près de son cousin... Quelques succès, quelques exploits, peut-être, l'avaient disposée en ma faveur... elle m'aima !

LA MARÉCHALE

J'entends , et je vous félicite...

Non, car maintenant une séparation éternelle... (Mouvement de la maréchale.) Le roi pénétra nos sentiments... il me manda en secret : « Lagardie , me dit-il , Héléna vous aime , et «je la chéris trop pour lui donner des lois; " mais je compte sur votre amitié... Je ne vous « bannirai pas... mais abuserez-vous de ma rea connaissance? » En disant cela, il tenait mes mains serrées dans les siennes. Je consentis à un exil, qu'il voulut décorer d'un titre pompeux, en me chargeant d'une mission dans ma patrie... il me supplia d'y former un prompt mariage, seul moyen de rendre le calme h la comtesse.

LA MARÉCHALE

Mais vous auriez pu être prince?

LAGARDIE

Oh ! ce n'est pas ce que je regrette... Que disje ! rentré en France, quand j'appris votre veuvage, les prières du roi de Suède me revinrent à l'esprit. (Souriant.) xVh ! VOUS ne pensez pas que je vous rapporte un cœur, une passion de vingt ans... Oh ! non ; il s'est passé tant de choses... N'en parlons plus !... mais tenez... Air de Céline.

Lonfj-temps éloignés l'un de l'aulrr , Puisque nous voilà réunis, Fixons et mon sort cl le vôtre...

Ench.TÎnons enfin deux amis !

A deux cœurs que rien ne sépare.

Le bonheur peut être rendu, Quand c'est l'amitié qui réparc Le temps que l'amour a perdu.

LA MARPXHALE.

Combien il est flatteur pour moi , qu'an milieu des graves intérêts de la politique... car enfin votre mission... c'est pour le roi de Pologne?... Casimir est toujours roi?...

Sans doute, madame, s'il y consent.

LA MARÉCHALE, avec joie.

Il y consentira.

LAGARDIE

Eh! que nous importe...? laissez-moi vou>

MAKIf .MIG.NOT.

MARIE MICNOT.

parler d'intérêts qui nous sewit plus l'iiers... Marie! ah! que ce nom me soit encore permis! Vous êtes libre, et cette fois vous n'avez plus rien à m'opposer... Eh bien! cette main estelle à moi?

LA MARÉCHALE

Silence!... <|ue tout le monde ignore... Elle ne m'appartient plus.

LAGARDIE

Qu'entends-je ?... Qui vous retient?

LA MARÉCHALE

Une promesse de mariage du roi Casimir... je vais être l'eine.

LAGARDIE, avec enjoiiraent.

Vous? Ainsi j'arriverai donc toujours trop tard! car à présent j'aurai Ijeau faire... On devient procureur: il y en a tant!... officier: il ne faut que du courage... mais roi!... c'est plus rare ; on n'en fait pas tous les jours ; et s'il vous en faut un, je ne m'élèverai jamais jusque-là.

beoecesoAeeoesoeeeesesaeoaooesesaeeeeeaibeeseeesoseaeeeess

Page 1