‹ Marie MignotChapitre 57 sur 63 · L.\ MARÉCHALE, à part · texte numérisé non relu

L.\ MARÉCHALE, à part

Quel e'goïsme! ne pas vouloir être roi !...

CASIMIR, s'asseyant.

Pour calmer vos scrupules , je vous ai si{»né une promesse...

LA MARÉCHALE

Oui, sire, vous m'avez promis...

CASIMIR

D'être votre mari, mais non pas de vous faire reine.

LA MARECHALE, penchée sur le fauteuil du roi.

Ah! croyez-vous que mon intérêt!... Non... (D'un air caressant.) Vous savez bien que je vous aime, que je n'aime que vous...

CASIMIR

Oui, ma chère mare'chale, je connais votre, bon cœur; je me rappelle votre ancien dévouement, lorsqu'on me retenait àVincennes, et que vous étiez... Depuis, vous êtes montée , moi je suis descendu... nous voilà de niveau , restons comme nous somîiies... Oli ! vous ne me quitterez pas?...

LA MARÉCHALE, d'un ton très séduisant.

Pouvez-vous le penser?... mais du moment que nous avons été engagés l'un à l'autre, votre gloire est devenue la mienne, et je dois vous forcer à être grand malgré vous-même; oui, malgré vous, sire. ..Ma tendresse va jusque-là...

CASIMIR

Ah! madame, je vous en prie, ayez-en moins.

.\iR d'Àristippe.

Non, c'en est fait, je me résigne, Je ne veux plus de la grandeur !

Si quelque auir^' s'en trouve digne.

Il peut y chercher le honheur...

Mais si je cédais... par malheur !

Si j'allais sous une couronne Mettre mcn repos en péril , Je remonterais sur le trône Comme l'on retourne en exil.

Et qu'est-ce que je ferais d'un gouvernement , puisque, sans vous, je ne saurais pas même gouverner ma maison?

LA MARÉCHALE

N'est-ce que cela qui vous effraie?... Les soins, les embarras des affaires?... N'aurezvous pas une amie pour les partager avec vous ?

CASIMIR, se levant, et passant devant elle.

C'est ça, vous ferez la guerre aux Turcs?

LA MARÉCHALE

S'il le fallait, sire; plus d'une reine...

CASIMIR

Doucement, doucement, soyez moins belliqueuse... Laissons toutes ces chimères, et...

{ Il va pour sortir. )

LA MARECHALE.

A merveille, sire! vous ne méjugez digne que de tenir votre ménage.

CASIMIR

Eh bien! oui, c'est ce que j'espérais... Et tenez, cette suite, ces huissiers, ces gardes... tous ces restes mesquins de la royauté, je pensais à m'en débarrasser pour vivre en France, à Paris, comme un riche gentilhomme, voilà tout. Ce sort bien simple, mais bien heureux si vous le partagiez...

LA MARÉCHALE

Ah ! quelles idées bourgeoises pour un monarque!...

CASIJIIR.

Mais quand ce monarque n'est plus qu'un bourgeois...

LA MARÉCHALE

Détrompez-vous. Si vous êtes assez faible pour résister à la Providence, qui vous appelle, ne comptez plus sur moi, ni comme amie, ni comme épouse. Je sors de votre palais, je vous laisse seul.

CASIMIR

Par exemple! a-t-on jamais vu !... si brusquement!... On donne au moins aux gens le temps de se reconnaître.

LA MARECHALE , après un mouvement de joie.

Le roi de France vous attend, sire; il lui faut une réponse. Dans un quart-d'heure, votre voiture doit être sur la route de Versailles, ou je me décide...

CASIMIR

Madame, madame, je n'aurais jamais cru cela de vous. Encore des tracas! de nouvelles habitudes à me faire! à mon âge !... Il faut que ma maison me donne autant de peine que mon royaume. (Elle lui prend la main; il se dégage.) Ah! mes moines me disaient bien que je ne serais heureu'ç que dans mon abbaye de Saint- Germain-des-Prés.

LA MARÉCHALE, avec douceur.

Vous, sire, vous irez à V^ersailles.

CASIMIR

C'est bien... Je rentre chez moi, mon directeur m'attend. Vous aurez une réponse, puisqu'il le faut absolument. Là! j'avais tant d'appétit!... et c'est passé!... Maudite grandeur, tu ne m'as jamais fait que du mail... Adieu, madame. ( Il remonte la scène, se retourne et lui tend la main avec émotion.) Adieu, Marie.

(Elle lui baise la main. — Casimir sort par ia porte à gauche, précédé de ses pages et suivi des gardes.

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