CHAPITRE XXIV
La tombe de Jacques.
Le soir qu'elle rencontra Marie près de la tombe de son père, Amélie lui avait promis d'y élever un monument à la mémoire de Jacques. Ce monument venait d'être achevé. 11 était en beau marbre blane, mais très simple, et orné d’une inscription en lettres d'or. Cette inscription ne contenait, outre le nom, la profession et l'âge du bon jardinier, que ces paroles de Jésus-Christ, qui bien certainement méritent d’être tracées en lettres d'or: JE SUIS LA RÉSURRECTION ET LA VIE; CELUI QUI CROIT EN MUI VIVRA, MÊME AU SEIN DE LA MORT. (S. Jean, x1, 25.) Au-dessous de ces mots on voyail habilement représentée en bas-relief une image très exacte de la même corbeille de fleurs dont il avait plu à Dieu de se servir, en ce lieu même, pour terminer les cruelles infortunes de Marie. Au bas de la corbeille, on lisait encore cette belle parole de l'Ecriture sainte, parole digne d’être méditée: UNE VOIX ME DIT: CRIE... ET J'AI RÉPONDU : QUE CRIERAI- JE ? TOUTE CRAIR EST COMME LA FLEUR DES CHAMPS. L'HERBE EST SÉCHÉE ET LA FLEUR EST TOMBÉE, PARCE QUE LE SEIGNEUR L’A FRAPPÉE DE SON SOUFFLE. Nous SOMMES VÉRITABLEMENT COMME L'HERBE: L'HERBE SE SÈCHE, LA FLEUR TOMBE, MAIS LA PAROLE DE NOTRE DIEU DEMEURE ÉTERNELLEMENT. (lsaïe, xL, 6, 7 et 8.) Ce monument était surmonté d’une très belle croix dorée.
Le bon curé d’Erlebron, fort satisfait, le fit placer sur la tombe de Jacques. La sombre verdure des antiques sapins en relevait singulièrement l’éclatante blancheur ; et dans la saison où fleurit le rosier, lorsque les roses épanouies et les boutons entr'ouverts se
se MARIE
dessinaient sur ce marbre éblouissant, dont ils ne cachaient pas les inscriptions, on ne pouvait rien voir de plus élégant et de plus beau. Un pareil monument devait être et devint, en effet, le plus bel ornement de cet humble cimetière, et la curiosité la plus remarquable du pays. Aussi, toutes les fois que le bon curé recevait la visite de quelque étranger, il ne manquait jamais de le conduire à ce monument ; et si alors on faisait la remarque que c'était une très jolie idée d'avoir placé une corbeille remplie de fleurs sur la tombe d'un homme qui avait exercé de son vivant la double profession de jardinier et de vannier, le curé répondait : ‘* Oh! c'est bien plus qu’une jolie idée: cette corbeille a une plus sublime signification, et nos paysans la regardent avec raison comme le symbole d'une histoire touchante. Oui, le sol que foulent nos
ieds en ce moment a été arrosé des larmes du mal-
eur et de la piété filiale.” Alors il ne manquait pas de raconter l'histoire de Marie aux étrangers attentifs ; et presque toujours ceux-ci quittaient le tombeau du brave Jacques avec des résolutions et des sentiments tels, que nous serions trop heureux si les personnes des deux sexes qui liront ceci y puisaient des pensées aussi pures, d'aussi bumbles résolutions,