MON A!<;CIEN>'E MAÎTRESSE, NEUF ANS APRÈS LA MORT DE SOX FILS
Madame , pour ce fils dont tous pleurez la perte ; C'est peu de vous marquer mon sincère regret ; Sur le gazon fleuri dont sa tombe est couverte , Triste, je m'agenouille, et priant en secret;
Je dis à l'indiscret qui trouble ma prière : « De grâce, éloignez-vous, ne foulez pas ces fleurs ; « Car leur ombre jalouse entoure cette pierre « Qu'une mère pieuse arrosa de ses pleurs. »
Elle eut pour cet enfant une tendresse extrême ; Jadis , j'en fus témoin , vingt fois en un seul jour, Par ces mots répétés : « mon ange , que je t'aime ! » De son cœur maternel s'exhalait son amour.
0 Mère , que de fois , aux jours de son enfance , Tes beaux yeux sur mes bras le regardaient dormir 1 Puis , d'un tendre baiser la magique influence , Sans troubler son sommeil , le faisait tressaillir.
Plus tard, ne fus-tu pas son guide , sa lumière? Ta voix l'encourageait dans ses premiers travaux ; Et moi je l'admirais ! comme toi j'étais fière De lentendre louer par de nombreux rivaux.
Près de moi, dans ces jours de touchante mémoire. Il venait, le front ceint d'un glorieux laurier ; Et ])0ur y déposer ses palmes de victoire , Il ne dédaignait pas mon humble tablier.
Sans peine il défricha le champ de la science , Toujours (m prompt succès couronnait ses clTorts ; I) un brillant avenir la trompeuse espérance Livrait sou jeune ccrur à de joyeux (rausi)orts.
Il ressemblait au lys de la verte prairie. Hélas ! il eut le sort de cette tendre lleur!
Moissonné par la mort au matin de la vie , Il n"est plus qu'un objet déternelle douleur.
Mais non, il vit encor, ton fils , o tendre mère ! Il n"a fait qu'échanger la terre pour le ciel. Calme donc ta douleur, la foi veut qu'on espère , Car d un juste ladieu ne peut être éternel.
Mai 1846.