DERNIERS MOMENTS DE MARIE STUART
Quand tout sommeille encor dans la nature entière, La fille d'Henri sept, des Stuarts l'héritière, Se pare pour aller au-devant du trépas. De cette reine osez suivre les derniers pas,
Vous tous qui du destin subissez le caprice. L'heure approche! Bientôt de son amer calice Vos yeux pourront la voir épuiser tout le fiel. D'avance résignée et ne pensant qu'au ciel, Aux porteurs de l'arrêt qu'une reine cruelle Va faire exécuter : « La mort est là, dit-elle, « Ce moment à venir ne s'est point trop hâté; • « Il fut mon seul espoir dans ma captivité; « Heureux moment! qu'il vienne! après lui je soupire. « T'avais-je méritée, ô grâce du martyre? « L'opprobre sur mon front va tomber, mais en vain. « Toute fière, milords, d'une si belle fin, « Je suis prête à vous suivre où m'attend le supplice. > Et sur le point d'offrir à Dieu son sacrifice. Elle fait appeler ses pauvres serviteurs, Les seuls, les seuls témoins de ses longues douleurs. Triste de leur chagrin et leur main dans la sienne : « Si vous m'aimez, pourquoi pleurez-vous? dit la reine.
« Ma mort n'est-elle pas un grand bienfait des cieux ?
« Pour qu'il me soit permis de mourir sous vos yeux,
« (De votre affection j'attends ce dernier gage)
«. Soyez calmes, surtout montrez plus de courage;
« De l'écliafaud je suis loin de craindre l'abord.
«. Que toujours parmi vous règne le bon accord,
« La paix! » Et chacun d'eux, l'âme émue, attendrie,
Reçoit un souvenir de la reine Marie,
(Comme si l'on pouvait ici-bas l'oublier!)
Puis, s' étant retirée à l'écart pour prier,
Le front humilié, courbé dans la poussière,
A Dieu la reine parle ainsi dans sa prière :
« Père des malheureux ! père infiniment bon !
« Sur moi du haut des cieux fais jaillir le pardon!
« Quel pécheur ne se voit absous de ses offenses,
« Dès qu'il t'implore? ô Christ! Oubliant tes souffrances,
« Le jour où le péché t'immola sur la croix,
« Au bon larron tu fis entendre cette voix
« Qui dans tout cœur contrit verse un précieux baume 1
« Oui, de même qu'il fut admis dans ton royaume,
« Daigne, ô mon Sauveur, daigne avoir pitié de moi,
« Et que j'aille bientôt habiter avec toi!
« Dans ton séjour béni le martyre transporte :
« Donne-moijusqu'au bout, donne-moi d'être forte.
« Pour tonnom rends-moi digne aujourd'hui desouffrir!
« Que rien. . . » La prison s'ouvre, on vient pour l'avertir
De se hâter, qu'elle est par les lords attendue.
« Je vous suis,» répond-elle. Et sur-le-champ vêtue
De ses habits royaux, un crucifix en main,
Du supplice avec joie elle prend le chemin,
Et près de l'échafaud, majestueuse, arrive.
A son aspect, soudain, une émotion vive
Parcourt, trouble les rangs des nombreux spectateurs,
La pitié trouve alors place dans tous les cœurs;
Et tandis qu'elle éclate autour de sa personne,
Sur l'échafaud, ainsi qu'autrefois sur son trône,
La reine monte ! Et là, pleine de dignité,
De calme, de sang-froid et de noble fierté,
Elle entend de nouveau la terrible sentence
Qui la condamne. Après un moment de silence,
Marie, avec un ton de grandeur dans la voix :
« Milords, je naquis reine et non sujette aux lois :
« Mais du malheur partout et toujours poursuivie,
« La liberté me fut injustement ravie
« Par ceux que je croyais être mes défenseurs;
« Et devenus pour moi de cruels oppresseurs,
« Au sein de ce pays, sans cause légitime,
« Je devins prisonnière, et dès lors un abîme
« Fut de leurs propres mains entr'ouvert sous mes pas.
« Mais, je l'afiBrme encore en face du trépas,
« Au montent où je vais abandonner la terre,
« Loin d'avoir pu trahir la reine d'Angleterre
« Ainsi qu'on m'en accuse, en l'appelant ma sœur,
« Je tressaillais d'amour. Oui, milords, oui, mon cœur,
« Ce cœur en amitié pour elle si précoce,
« Battit souvent de joie en pensant que l'Ecosse
« A l'Angleterre un jour pourrait se réunir.
« Milords, on ne ment pas au moment de mourir!
<i Dites, dites encore à votre souveraine
« Que je meurs dans la foi de l'Eglise romaine,
« Trésor que m'ont légué mes illustres aïeux! »
Et puisant dans son âme un pardon généreux,
Aux regards attendris de la foule surprise.
Pour tous ses ennemis, pour la paix de l'Eglise,
La reine prie avec effusion de cœur.
Et puis, sur le billot qu'elle voit sans horreur,
D'elle-même elle va poser sa belle tête.
Tout alors semble dire en elle : je suis prête;
Qu'atterids-tu donc, ô mort, qu'attends4u pour frapper?
Et ferme dans sa foi qui ne peut la tromper,
Sans pousser un soupir ni répandre une larme,
De la main du bourreau que la pitié désarme,
Quand de lever la hache il comprend le signal, Marie, en souriant, reçoit le coup fatal.
De cette reine en vain, pour flétrir la mémoire, Les fautes, les erreurs parlent haut dans l'histoire. L'on se plaint au destin d'avoir pu la haïr; Marie, on te pardonne en te vovant mourir !