A M. LEBRUN
SOUVENIR DE SON VOYAGE EN GhECE
Le jour luit sur chaque tourelle.
Aux champs le travail me rappelle.
Arbre voisin de ce ruisseau Où vont se mirer tes fleurs blanches,
De mon fils qui dort à tes branches Je viens suspendre le berceau.
De sa frêle vie,
Arbre, je t'en prie,
Fais-toi le gardien.
A ton ombre amie
Je livre et confie
Mon unique bien.
Sers-lui d'abri contre l'orage; Que l'épaisseur de ton feuillage Dérobe aux ardeurs du soleil Ses bras mignons, sa bouche ronde, Ses yeux d'azur, sa tête blonde, La fraîcheur de son teint vermeil.
De sa frêle vie, etc., etc.
Vents dont la bienfaisante haleine
Rafraîchit les monts et la plaine, Bercez mon enfant, mon amour, Que protège cette verdure !
Puisse-t-il à votre murmure Sommeiller jusqu'à mon retour!
De sa frêle vie, etc., etc.
Qu'ici tout charme l'enfant rose!
Tandis que paisible il repose Au bruit de l'insecte importun, De la fleurette prinlanière.
Autour de lui, brise légère, Répands le suave parfum.
De sa frêle vie, etc., etc.
Comme il est heureux dans ses langes!
Que je le trouve beau ! Des anges Le sourire n'est pas si doux.
Sous ton feuillage qui s'incline, Cache bien sa grâce enfantine ; Le destin en serait jaloux!
De sa frêle vie,
Arbre, je t'en prie,
Fais-toi le gardien.
A ton ombre amie
Je livre et confie
Mon unique bien.