‹ Marie Simon drame en cinq actesChapitre 64 sur 90 · POSER · texte numérisé non relu

POSER

fe que vous demandez est impossible!... tant d’indices justifient ma désespérante conviction!...

MARIE

Ces indices, je n’y reviens pas... je ne songe pas à les contester, comme j9 l'ai fait... ce n'est plus une accusée qui est devant vous, c'est une condamnée ayant à peine une heure à vivre, c'est une femme qui n'a plus rien h attendre de la justice humaine, qui n’a plus rien à esperer dans cette vie, mais qui vous supplie de rendre votre estime et votre affection h sa tombe.

ROGBB.

Oubliez-vous que je suis ici pour venger la mort de mon père ?. . Mon père a qui vous avez versé te poison...

MARIS

Ce poison était pour moi, monsieur.

poser.

Pour vous?...

MARIE

Pour moi qui vous aimais et qui voulais, par la mort, me défendre contre le déshonneur.

C’est la première fois quo vous tenez ce langage ; et devant vos juges...

MARIE

Dorant mes jugoa !... on ne veut pas flétrir publiquement cofui qu’on aime, on tombe sa victime, accusoo par lui, terrassée devant tous de son mépris, plutôt que dodireà tous qu’il a mérité le vôtre.. Tenez, monsieur, regardez-moi... regardez-moi bien en face... etdites-moi si vous lisez encore dans mes yeux, ou l’infamio d'un crime, ou celled'un mensonge?... dites- moi si vous ôtes certain que de là haut votre père vous approuve?...

ROGER

Mon père !.. . Ah ! vous avez eu tort de prononcer ce nom.. . mon père I... Il me rappelle à moi-môme, il me dit que j'ai fait mon devoir... Adieu!...

marie.

Restez... ah ! restez encore. .. Est-il donc vrai quo ma voix et mes larmes ne puissent détruire cette affreuse conviction dans votre âme, Roger?. .. Eh! quoi... rien... pas un mouvement, pas un regard... mon Dieu! Un jour, tous m’avez fait trouver des paroles qui l'ont touché I... un jour. .. oh t mais, j'avais alors ma mainte relique... le livre donné par sa mère, devant lequel il s’arrêta...

ROGER

Le livre de ma mère !... oui, je m’en souviens...

MARIE

Je l'ai perdu... et, do là, peut-être, toute mon affliction, car, depuis sa rnort à elle, je n'avais plus que cela au monde pour rao porter bonheur.

ROGER

Qu'avez- vous dit, Marie?

Appelez cela de la faiblesse, de la superstition ; mais quand on va mourir à vingt ans, quand on est jetco sur l'échafaud par celui qu’on aime, il est permis d'ôtre faible et superstitieuse.

ROGER

Mais, ce livre! qu’est-il devenu?

MARIE

Je l'avais donné à votre père...

ROGER

A mon père?... on a mis les scellés sur tout, et nulle part on n’a trouvé ce livre, j’en suis certain I... mais, si vous l'aviez encore...

MARIE

Si je l’avais, je lui devrais un nouveau miracle... Quand je l’ai rois sous vos yeux, au château de Clavières, vous êtes redevenu lu digne fils de ma bienfaitrice... Si je pouvais vous le présenter aujourd'hui, vous verriez bien, vous, aue je n’ai jamais cessé detre digue do la protection de votre mère.

ROGER

Ma mère!.., O Marie! auriez-vous donc l’audace de mo par- 1er ainsi de ma mèro si vous étiez coupable... Marie, jurez-moi

donc par elle, par ses bienfaits, par sa mémoire, jurez à son fils que vous n’avez pas commis l’horrible crime dont il vous accuse...

marie, arec solennité.

Par la mémoire de ma marraine, la marquise Marie do Ciavières, je jure que je suis innocente.

ROGER, tombant à genoux.

Oh ! pardon, pardon ! Marie, je m'accuse do ta mort. mari a, arec amour.

Et moi, je vous absous !

aooBR, te relevant impétueusement.

Mais non... il est impossible quo lu meures... le ciel ne permettra pas que cet arrêt inique s'exécute!...

MARIE

Que mo fait à présent leur arrêt... leur supplice?... il peut venir, je suis forte!

ROGER

Ah I malheureuse t ne l’implore pas... car il Tiendrait! car il est sans appel, et tu mourras déshonoréo... et ta mémoire sera maudite..

MARIE

Pas par vous, ni par Dieu !

ROOER.

Mais l’horreur du bûcher...

MARIE

Le feu portera plus vite mon Ame au ciel... je ne crains plus rien. ..je no regrette rien... vous m’avezexaucée, mon Dieu! il me croit innocente... mon Dieul merci, merci, à deux genoux.

(Elle tombe à genoux et pris.)

ROGER, à part, pendant qu'elle prie.

Ohl c'est impossible. . il faut... à tout prix... et aucun moyen... aucun d’empêcher l'exécution do la sentence... de la retarder du moins... car un retard suffirait pour c hercher de nouvelles lumières... pouranéanlir cette fatale procédure... pour arriver aux pieds du roi, s'il le faut... un sursis'... un sursis! mais comment l’obtenir? à quel titre?... pour quel motif?... (Poussant un cri de joie qu'il étouffe aussitôt.) Ah! peut-être... oui, la loi est formelle... mai», cette loi... (Regardant Marie toujours agenouillée de l'autre coté du théâtre , et priant.) Elle, si chasto et si pure, no refusera -l-ollo pas de l'invoquer! et cependant, il le laul...si j’hésite encore, elle est morte.

marie, se relevant après avoir prié.

Et, maintenant, monsieur de Clavières, il me reste à implorer do vous un dernier service.

Lequel?...

MARIE

II est une autre personne, je voua croire criminelle.

l'ai dit, qui ne doit pas me

ROGER

Votre père?

marie.

Je voudrais lui fairo parvenir mes adieux dans uno lettre...

ROGER, fui désignant lu table d gauche.

Voici tout ce qu’il faut.

MARIE

Je ne sais pas écrire. (AfouvemanJ de surpriso et d'émotion de Roger.) Seulement... je le lui ai promis en me séparant de lui... une croix tracée de ma main au bas d'un billet dicté par moi... ROGER, dont l'émotion va toujours croissant.

Dicté par vous ! (Allant à la table, et à part.) Sans le lui dire, je puis accomplir mon projet... obtenir le sursis, et, je l’espère enfin, elle est sauvée!... (Haut, et prenant la plume.) J ‘attends, Marie... dictez, je suis prôt.

marie, dictant pendant que Roger écrit.

« Mon bon père, vous serez bien malheureux quand vous lires

• ces lignes, parce que votre fille sera morte sur un bû< hcr, a comme empoisonneuse... Mais vous vous consolerez en pen-

• snnt qu’au moment de mourir... ello vous assure qu’Hle n’est a pas coupable, et qu'elle mérite toujours votre tendresse... a Adieu... «

rogbr , se JmnmI et lui présentant la pluma.

Signez, Marie.

marie, prenant la plume.

Ici?

ROGER

Oui!... (Elle signe. A pari, avec /rvj.) Ah! sauvée!... '(A

MA Kl K SIMON.

tonne; tin huissier par ail; Roger plie la lettre rivement et la lui présente.)

MARIS* de loin à Roger.

A mon père, n’est-ce pas?...

Oui!... (Rat à l'huissier , en lui donnant la lettre.) Auprocureur général !... (la toile tombe.) *

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