‹ Marie Simon drame en cinq actesChapitre 85 sur 90 · MARIANT · texte numérisé non relu

MARIANT

Non, ce le cruyez pas :

n le reçut de moi.

Ma surprise est extrême.

MARIANB.

Mon cousin m’aime, et moi, je le chéris de mémo.

Est-ce donc mal ?

RAYMOND

Ebl mais, cela n’est pas très-Ww

RAYMOND

Enfin, pris ou reçu, car cela n*y fait rien, l'avais donc ce portrait si cher à ma tendresse, Et que je tne plaisais à contempler sans cesse. Souvent en lui parlant je me trou vu» heureux.

RAYMOND

Supprime, s’il te plaît, ees détail» amoureux. Du récit que j’attends accessoire inutile.

ARNOULD

Une troupe d’acteure vint débuter à Lille :

Delaroee en était le plus bel ornement;

On raffola do lui... c’est un acteur charmant.

Quel oaturell quoi feut quel sang-froid 1 quel comique I mariane, à part.

O se traite assez bien.

Sols donc plus laconique.

ARNOULD

Enfin il me plut fort : d’une étroite amitié Avec ce beau talent je fus bientôt lié- On sait le sort errant de» acteurs de province :

En partant pour le Maine, il voulut que j’y ’nsae,

Du moins quand un congé m'offrirait le moyen D'accomplir son souhait qui devenait le mien.

Je l'aime tellement... pour moi c’est comme un frère; C'est plus peut-être encore, et si le sort contraire D'un trépas imprévu le frappait aujourd'hui, l’en suis sùr, je mourrais eu mèmu temps que lui,

RAYMOND

Quel coule I

ARNOULD

Non, je puis vous en répondre.

RAYMOND

' Peste!

Pylade â ce pomt-là n’aima jamais Ores'e

ARNOULD

Aussitôt que je pus, je courus vers le Mans Lui poi ter mes bravos «t mes embrassements.

Sachant que je pouvais compter sur sa prudence, 11 reçut de mou cœur l'entière confidence,

Et ce portrait charmant, aimé, malin et soir,

Je ne me lassais pointée le lui faire voir.

A force do montrer celte image cliério,

Au moment de partir, Je l'aurai, je |>arie,

Oubliée, et chez lui laissée étourdiment Voilà la vérité pure.

mariane, à part.

Dieul comme il cneotl

RAYMOND

Ainsi de ce monsieur je te vois idolâtre.

Mauvais* connaissance f un homme de théâtre.

Fil

LA FAMILLE POISSON

IU7MON1

AMUPr.N

• Do son amibe je n'eus qu’à me louer.

RAYMOND

Et comment?

ARNOULD

En province, il faut vous Tatouer,

On trouve à s’égayer une peine infinie.

Et pour charm i un peu celte monotonie Oui dans Lille pesait sur chacun de nos jours,

8Jn divertissement vint à noire secours.

RAYMOND

Lequel?

ARNOULD

M’associant quelques joyeux complices, Jl’un théâtre bourgeois nous fîmes les délices,

Et grâce à Delaruse, ù plus d'une leçon,

J’y tus digne du sang et du nom de Poisson.

Aussi quand je jouais on assiégeait les portes î RAYMOND.

Acte ir et militaîro I ah ! quel coup tu me portes! Toi, prendre des leçons d'un farceur ambulant î

ARNOULD

Ditrr plutôt un mettre, un modèle excellent.

Trt j heureux qui de près pourrait suivre sa tracoî Qu n ,d cm lui voit ioucr le Baron de la Crasse,

Lu ^ n, le Bon solau/, sans le vanter, je crois Qu 00 peut...

RAYMOND

Il jouait donc mes pièces quelquefois?

ARNOULD

Quelquefois? très-souvent : c était du répertoire Ce qu'il aimait le mieux.

RAYMOND, flatté.

Ah!

Vous pouvex m'en croire est qu avec du talent il a du guût aussi.

RAYMOND

Ce que tu me dm IA m’en fait juger ainsi.

ARNOULD

Souveol il vous trouvait plus plaisant que Moîièro.

RAYMOND

Bb I c’est aller bien loin; Molière a sa manière.

J’ai la mienne : entre nous, de ce fameux airteui Je n’ai jamais été fort grand admirateur.

Lo cher monsieur Scarron était bien autre chose.

ARNOULD

Voilà précisément ce que dit Delarose.

RAYMOND

Pour Molière, en un mot, sans on dire de mal,

Jo ne partage point l'engoûment général

Il ne charme, après tout, que des esprits vulgaires.

Et dan9 cent ans d’ici l’on n'en parlera guères.

ARNOULD

Quoique de son génie on vante la hauteur,

Eût-il fait lo Baron' de la Crasse ?

RAYMOND, tOUriml.

Flatteur!...

La pièce ta plaît donc?

ARNOULD

Je la trouve divine.

Qu’elle nous amusai t’en souviens-tu, cousine?

En y pensant; J'en rts encor de souvenir.

RAYMOND

L'ouvrage n’esl pas mal, je dois en convenir.

Il était bien joué, dis-tu, par ce jeune homme?

ARNOULD

C’est dans ce rôle-là surtout qu’on te renomme.

RAYMOND

11 n’est pea très- facile â remplir, sur ma foi.

ARNOULD

le do l'ai pas trop mal joué non plue.

Qui, toi?

Comment te tirais lu de la seèno d 'ivresse?

Cor pour s’en acquitter sans trop de maladresse Ccrlo, il faut. .

ARNOULD

Voulez-vous que j'essaie à vos yeux ?

RAYMOND

De juger ton talent je sera» curieux.

C’est que je le jouais un peu bien, je m’en vante.

(// s'assied.)

Mais --i dans Ih scène un rôle de servante :

Pour d . nner la réplique et seconder ton jeu Il faudrait une actrico...

arnould, montrant Mariant.

*Ello en peut tenir lieu.

Ello a tant vu la pièce, et sa mémoire est telle Que la savoir par cœur est uno bagatelle :

N'esl-cc nas?

MARIANB.

Oui, je crois pouvoir me souvenir...

RAYMOND

Les “Jfa en sont, d'ailleurs, aisés à retenir.

MARIANt.

Pour uno débutante ayez de l'indulgence.

RAYMOND *

Jo t’en promets à force : allons, que l’on commence.

(Il va s'asseoir.)

MARIANB.

« Notre baron, pour moi plein do tendre&e,

» Assidûment courtise mes appas.

* Moi je do» prendre un parti; cela presse:

• Faut-il céder, ou bien ne céder pas 1 a Mais balancer offense la sagesse :

» De mon honneur le soin doit m'être cher.

» Si je cédais, hélas! de ma faiblesse » l'aurais bientôt un repentir amer.

Bien parlé. (A Arnould.) Ton grand-père a du moins sur la bc6om F ait entendre toujours une morale saine.

MARIANB.

a J'ai beau l’aimer : un devoir inflexible a Dicte ses lois à mon cœur combla tu.

» Pour un cœur tendre il est souvent pénible a D’étrc obligé d’avoir de la vertu.

RAYMOND

C'est un peu moins moral, j’en conviens; mais c'est franc. Elle parle .selon son état et son rang.

MARIANB-

a Ah I s’il voulait épouser su servante, a Qu’un tel honneur me comblerait de bienài » Hélas! son nom dont toujours il se vante,

» L’empécbcra de former ces liens.

> Il oubllrail pour mot sa noble race; a Et me carrant au tond de son château,

» Je deviendra» Baronne de la Crasse/

» Est-il un sort, ost-il un nom plus beau t

RAYMOND

Avec ce jeu piquant, cet œil plein de malice,

La petite ferait une charmante actrico.

MARIANB. .

a Mais de trop boire il a pris l'habitude ;

» Cela dégrade un homme comme il faut, a J’emploie en vain mes soins et mon étude » A le guérir do ce petit défaut, a O Dieu d’amoyr. entends mes vœux, de grâce! a Par toi l’on vil bien des héros vaincus :

a Viens arracher la coupe de Bacchus a Aux nobles mains du baron de la Cres-o I RAYMOND.

Mon pauvre ami Molière, avec’ tout ton esprit,

Dans un style pareil tu n’as jamais écrit. I

• C’est lui.

MARIASt.

ARNOULD

a Corbleu! ven’reblcu 1 aarpcbleu I

LA FAMILLE POISSON

» Il est, ma foi, Crois choses qu’on renomme • A juste titre, cl qu'un bon gentilhomme i Doit préférer, savoir : le vin, le jeu » El le beau sexe. Oui, nargue de la gloire I » En ce monde le vin me rend heureux ,

» Spirituel, et surtout amoureux :

» J aime beaucoup les femmes après boire.

» Mais n’est-ce pas Svzclto q»o je voi?

» Eh! le voilà, ma belle; embrasse-moi.

ravmo.no.

Cp n'est vraiment pas mal : du mordant, de la verve. Mais voici, mon garçon, les défauts que j’observe.

Ta télé, tout ton corps se laissent trop aller.

Si le vin aux regards doit partout ciiculcr,

L'ivresse est orgueilleuse : aux autres, à soi-mémo Elle se dissimule uvec un soin extrême.

Comprends- lu?

AilKODLÇ.

Très-bien.

RAYMOND

Vois sortir d'un long repos.

Ce convive, en chemin faisant mille faux pas.

So rcprochcra-l-il son déb ut d'équilibre?

Accepte l- il un bra9? non, il veut marcher libre; L'appui qu'on lui piupuse est par lui rejeté :

(I accuse du jour la trop faible clarté;

Il maudit les pavés et la nature entière.

Vou- lu verrez demain à jeun, l'Âme moins flère, fX;s erreurs d’aujourd hui s’accuser franchement î D'un tort que l'on n'a plus on convient aisément.

Il faut, pour rendre aux veux l'ivrease naturelle,

Qu'on vuie à U us moments que nous luttons rentre cHo, Et que c'est en dépit de noe ronsLmis efforts Que 1 la raison sc troublu et que fléchit le corps.

L'homme ivre d'un nuage a la vut* obscurcie,

Et la parole manque à sa tangue épaissit).

Un ennemi puissant, son vice, l’a vaincu;

Lui seul do sa défaite il n'est point convaincu.

Il veut, en affectant une attitude altière,

Tenir son corps debout et sa téîe en arrière :

Mais son corps accablé, sont front appesanti Donnent à son orgueil un houleux démenti.

AAHOUI.D.

le comprends au mieux.

RAYMOflD.

Oui ; mais regarde-moi faire:

Car plus que la leçon l'exemple est salutaire.

. Raymond, faisant l'homme ivre.

• Corbleu! ventrebleu! Kirpebleul Raymond, rimitanl .

> Corbleu ! ventrebleu I sarpebleu I »

Que veut dire ?

RAYMOND

Eh nui, (on fils, ma foi, Fur la scène serait tout 8u$si bon que toi.

Puisqu'on n'a pas voulu le mettre au séminaire, J'aimerais mieux le voir acteur que militaire.

Il joûrait mon théâtre, et vous l'abandonnez :

Cela vaut bien pourtant tout ce quo vous donnez.

PAUL

Quoi!... do se faire acteur aurait-il donc l’envio?

RAYMOND

Et quand cela serait?

PAÜt.

Tant qu'un souffle de vio Animera mon corps, il ne le sera point.

HAYMOND.

Si j’avais comme toi pensé sur un tel point.

Le public t'cûbil vu succéder à Ion père?

Pourquoi priver ton (ils des succès qu'il espère?

PAUL

Qu'il espère?

RAYMOND

El dont, moi, je suis presque certain.

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