‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 117 sur 215 · EN FRANCE (AVRIL-JUIN 1584). H · texte numérisé non relu

EN FRANCE (AVRIL-JUIN 1584). H

avaient réussi , la mère et le fils « auroient déjà achevé leurs jours d'une piteuse tragédie. » Le seul moyen de résister à de tels dangers était l'appui d'un « bon , ancien et fidèle allié comme Sa Majesté très-chrétienne. » Les Écossais invoquaient les souvenirs d'une alliance de huit cents ans avec la France, leurs anciens services, et enfin la foi jurée. Secours pécuniaires , protection efficace contre l'Angleterre , renouvellement des traités précédents, entretien d'une compagnie d'hommes d'armes écossais, payée par la France, et servant en Ecosse , réorganisation de la garde écossaise des rois de France avec tous les anciens privilèges et honneurs a qu'elle avoit obtenus et acquis de son propre sang, » liberté commerciale pour les marchands écossais, enfin, intervention active en faveur de la reine prisonnière, telles étaient les principales demandes adressées à Henri III par lord Seaton. Il terminait son mémoire par d'énergiques prières en faveur de Marie Stuart , « pour le service de laquelle le roi son fils voudroit sacrifier non-seulement ses biens et tous ses moyens, mais même sa propre vie. »

Henri III fut loin de répondre aux espérances des Écossais. Il se borna à promettre à Jacques VI une pension de vingt mille livres, qui fut probablement très-mal servie*. Quant aux autres demandes de Seaton, elles furent rejetées ou éludées*. Catherine de Médicis voulut entamer une négociation matrimoniale , et , afin d'éloigner Jacques d'une union plus étroite avec l'Espagne ou l'Angleterre , elle lui fit proposer la main d'une princesse de la maison de Lorraine. Mais le roi d'Ecosse répondit qu'il fallait d'abord obtenir le consentement de la noblesse et des états d'Ecosse , et le seul moyen d'y parvenir était de montrer que le roi de France « ne faisoit pas moins état de lui et de ses sujets que ses

1. Le brevet de cette pension se trouve dans les archives de la famille d'Esneval.

2. Réponse du secrétaire d'État Pinart à lord Seaton; ms. de la Bibl. imp.» f. Béthune, n» 8807.

i16 SËATON EN FRANGE (158i).

prédécesseurs avoient fait des anciens rois d'Ecosse *. » Bref, Jacques ou plutôt Arran voulait avant tout l'argent et les secours de la France. Henri III , prodigue pour ses plaisirs et ses favoris, était sans aident pour ses alliés. Ainsi se perdait l'occasion de profiter de la révolution opérée en Ecosse et de la réaction favorable à Marie Stuart. Elle avait été si vive que les livres de Buchanan furent proscrits et brûlés*. Mais Arran , mécontent de n'avoir trouvé en France « que de froides et maigres ressources •, » se tourna vers l'Angleterre, et offrit de lui vendre Jacques et l'Ecosse.

Page 1