LES ÉCOSSAIS CATHOLIQUES
Ces vaines protestations ne firent pas illusion à la reine d'Ecosse. Elle éclata en plaintes amères contre Henri HE et Jacques. Elle accusait le roi de France de perfidie*, et voulait exécuter enfin cette menace de malédiction et de spoliation suspendue depuis longtemps sur la tète de son fils. L'Espagne l'excitait , et profitait de son ressentiment pour s'emparer , en Ecosse , du protectorat de la faction catholique. Ce fut à Philippe II que, suivant leur menace , s'adressèrent les chefs de ce parti. Ils le regardaient (ce sont les termes mêmes de leur lettre) « comme le protecteur de toute la chrétienté , et comme l'ancre de salut au milieu des tempêtes '. » Les demandes qu'ils adressèrent au roi d'Espagne ont été conservées parmi les papiers de Simancas. En voici le texte • : « Les princes et seigneurs catholiques du royaume d'Ecosse, pour l'exécution de l'entreprise et résolution qu'ils ont fait de rétablir la religion catholique au dit pays, et chasser la faction angloise , et délivrer le roi et la reine sa mère , supplient très-humblement au roi catholique de leur vouloir octroyer les choses qui en suivent, à savoir :
<E Six mille hommes soudoyés pour un an seulement pour s'opposer à la reine d'Angleterre, en cas que elle voulût entreprendre sur eux, se sentant assez forts d'eux-mêmes pour vaincre ce qui est du pays ; cent cinquante mille écus pour fournir aux levées et frais de cette guerre , lesquels , pour témoigner de la sincérité dont ils procèdent, ils ne deman« dent être mis en leurs mains, mais seulement qu'ils soient
1. Lettres de Marie Stuart, t. VI, p. 363, 392 et 394 : « Si ne doutes-je que son maistre (Henri III) ne tienne avec ceste royne>Ia (Elisabeth) ung aultre train tout contraire à nos intentions. »
2. oc Ad V. M., quem Deus singulari suo munere totius reipublics Chris- <c tianse columen esse voluit , tanquam ad sacram anchoram , in rébus adeo « afflictis, confugiunt. » Lettres manuscrites des nobles écossais du parti catholique à Philippe II, 20 mai 1586, archives de Tempire, cartons de Simancas , B 67»», 57^, 67«», 57»».
3. Archives de l'empire , cartons de Simancas, B 57*». Cette pièce n'est pas datée; mais elle accompagne une lettre du 16 juillet 1586; ibidem, B 57"^.
S'ALLIENT AVEC PHILIPPE 11 (1586). i4i
déposités , dont étant assurés ils emploieront leur crédit et engageront leurs terres pour satisfaire à cette dépense , de laquelle il sera remboursé après sur leurs personnes ;
« Et , afin de pouvoir maintenir leur parti et s'opposer aux desseins de ceux qui leur pourront être contraires , ils supplient aussi Sa Majesté de leur vouloir accorder telle autre somme de deniers qu'il lui plaira pour les deux années suivantes seulement ;
« Ils s'assurent , moyennant la grâce de Dieu et ce secours qu'ils espèrent et attendent de Sa Majesté catholique, d'exécuter heureusement leur sainte résolution et entreprise ;
« Et promettent , outre ce , à Sa Majesté d'empêcher pour l'avenir qu'il ne se fasse au dit pays aucune levée de gens de guerre contre sa dite Majesté en faveur de la reine d'Angleterre ni d'autre que ce soit ;
« De remettre au pouvoir de Sa Majesté , dès maintenant ou quand bon lui semblera, un ou deux bons ports en Ecosse , sur le bord de l'Angleterre , pour s'en servir contre la dite reine d'Angleterre, et de faire en sorte, leur roi étant délivré des mains des rebelles qui le forcent et détiennent, qu'il se rangera au giron de l'Église, (pour) reconnoître l'obligation qu'il aura à Sa Majesté catholique, et ne prendra alliance pour mariage que suivant l'avis de sa dite Majesté. »
Marie Stuart se livrait aussi à l'Espagne , et lui sacrifiait son fils et la France. Elle entretenait une correspondance active avec tous les agents de cette faction , avec les jésuites Holt et Parsons, avec Morgan, Paget, Fulgeam, Englesfield K Cette correspondance passait par l'intermédiaire d'un misérable, nommé Gifford, qui livrait les lettres de Marie à Walsingham '. Le secrétaire d'État en faisait prendre copie , et
1. Lettres de Marie Stuart, t. VI, p. 312, 323, 325, 330, 333, 337, etc.
2. Mémoire de L'Aubépine de Chftteauneuf , dans le Recueil des Lettres de Marie Stuart, t. VI , p. 274 et suiv.