UNE ENTREVUE AVEC PHILIPPE II
lesquelles deux choses peuvent, avec le temps, apporter incommodité et danger. Vous pourrez aussi vous servir de l'envie que j'ai, que tout le monde connoisse que le dit roi catholique prend mon fils en sa tutelle et protection, et que cela le dispose, en cet flge tendre, à le plus aimer, sachant que ce qui est accru en la jeunesse, difficilement ou point se peut jamais altérer ni changer, et là dessus aviser tous moyens par où vous pourrez bâtir cette entrevue que je desire plus que chose de ce monde, pour le fruit qui en sortiroit, comme je m'assure, et principalement à moi et à ce royaume, ne voyant rien qui puisse tant commander et contenir toutes choses que cela. Ce que vous prie bien considérer, et, sur tout le service que desirez jamais me faire, le conduire en sorte que j'en puisse tirer quelque satisfaction pour en toute diligence m'en avertû* par ce dit porteur qui aura charge de retourner trouver votre dit frère chez lui, où je lui ai donné congé d'aller pour quelques jours, afin que de là il me fasse entendre secrètement la résolution que vous en aurez tirée. Car, jusques après votre réponse, je n'y disposerai rien. Bien connois-je les choses assez à propos pour venir là, comme à l'improviste, d'autant que je vois par vos lettres que le roi catholique est pour aller aux courses de Mousson*, à cette septembre; et, vers la fin de juillet, l'entrée du roi mon fils se fera à Paris au retour de son sacre à Reims, où je le mène lundi prochain pour être couronné le xi« de mai, et les états seront achevés à la mi-août. Après lesquels, selon votre réponse, je me pourrois acheminer en Touraine sous ombre d'aller voir Chenonceau; et de là le roi de Navarre a envie nous mener en Gascogne pour faire voir le roi à ses sujets, d'où nous ne serions pas loin pour faire le dit voyage que je désire tant, duquel je ne parlerois point tant que nous fussions par delà ; aussi il y auroit peu de compagnie et penseroit-on la chose non préméditée.