‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 85 sur 215 · INQUIÉTUDES DE LA FRANGE · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDES DE LA FRANGE

affermi sa puissance dans la péninsule, il marcherait à la conquête de toute la chrétienté.

Gastelnau partageait ces craintes. Il signalait les vastes préparatifs de Philippe II, c soit pour le Portugal qui ne seroit pas petite entreprise avec les Indes-Orientales, et davantage essayer de mettre fin à la guerre de Flandres comme est son dessein, et, par même moyen, d'allumer le feu en Irlande pour avoir plus de commodité un jour de travailler F Angleterre et peut-être la France ^ » L'union étroite de la France et de l'Angleterre paraissait le seul moyen d'arrêter cette Puissance envahissante. Telle fut la pensée de Catherine de Médicis et de l'ambassadeur *. Es voulaient consacrer cette alliance par un mariage et la fondation d'un royaume de Belgique sous le protectorat de la France et de l'Angleterre. On croirait cette pensée moderne, si elle n'était attestée par des documents authentiques du XVI* siècle.

Malheureusement ce double projet reposait sur un prince indigne du rôle qu'on lui réservait. François d'Alençon, destiné à la main d'Elisabeth et à la souveraineté de la Belgique , était aussi avide de renommée qu'incapable d'actions glorieuses et de pensées élevées •. Gouverné par quelques favoris, il prenait les tentations de la vanité pour les inspirations du génie , l'inquiétude de l'esprit pour l'élan

« regnandi natio, ubi se paululum confirmarint, nequaquam in tantapo- « tentia quieturi , sedreliquaeditionischhstianaeimperiumaffectaturi sint. ' Btubequii epist., p. 550, éd. d'Amsterdam, 1660. Bûsbeck, ambassadeur de l'empereur Rodolphe II en France , était parfaitement au courant des bruits et de l'opinion publique.

1. Lettre autographe de Gastelnau du 13 août 1579; ms. de la Bibl. imp., f, Béthune, n» 8782, fol. 46 recto et verso.

2. € J'ay remédié aultant que j'ay peu aux oraiges et traverses qui se préfentoient ; j'ay teneu ces deux royaulmes en amitié ; je me suis proposé le but de la paix en toute sincérité.» Lettre de Gastelnau, ibidem y n« 8781 , fol. 33 recto et verso.

3. « Hominem obnoxium pravis futilium ministrorum consiliis , qui adu- ' « latores a veris amicis non discemeret, et qui magnam famam adfectaret, « sed quamcumque potiusquam bonam. » Busbequii epist., p. 545.

FRANÇOIS D*ALËNÇON. 81

d'une âme généreuse*. Sans convictions, sans principes politiques ou religieux, jouet de femmes perverses*, insolent dans la prospérité ', objet de mépris pour les méprisables courtisans de Henri III *, il poursuivit la gloire et ne trouva que le ridicule. Chef de parti, il trahit les siens* ; amant de la couronne d'Angleterre , il fut dupe de la politique d'Elisabeth ; Français , il sacrifia à son ambition les intérêts de sa patrie ^ ; duc de Brabant , il abusa odieusement de sa puissance pour violer les libertés nationales , et, après une vie méprisable, succomba à une mort obscure'. Mais cet odieux caractère ne s'était pas encore dévoilé , lorsque Castelnau et Elisabeth voulurent faire du duc d'Alençon le lien des deux royaumes.

D'abord , tout parut lui réussir. Elisabeth l'accueillit deux fois en Angleterre, caressa sa vanité ^ simula l'amour sous les ombrages de Richmond', et le renvoya en Belgique comblé d'espérances. Les Français accouraient en foule sous les drapeaux du nouveau duc de Brabant , avides de venger la défaite de Terceire". Les protestants La Noue, Turenne ,

1. flcVita ejus inconstans , mobilis, inquiéta, etc.» Bushequii episLy p. 545.

2. Mémoires de Marguerite de Navarre , édit. Petitot, p. 58, 89, 158, etc. — Mémoires de Nevers, 1. 1, p. 90.

3. Ibidem j I, 80 : «Monsieur, qui se croyoit déjà d*estre roy, passa par la chambre sans saluer personne , etc. »

4. Mémoires de Marguerite de Navarre , édit. Petitot , p. 141 et 143 : « Maugiron le bravant et mesprlsant, etc. »

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