‹ Marie StuartChapitre 107 sur 231 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

Nous rappellerons au lecteur qu'il n'a pas été conservé d'ori- ■ginaux ou même de copies authentiques de tous les interrogatoires de Nau et de Curie, si ce n'est un seul, l'une des confessions de Nau, qui disculpe entièrement Marie de toute adhésion au complot de meurtre. Nous savons de plus que l'une des <;onfessions de Babington , dont l'original existe encore , est -complètement muette sur la complicité de la reine d'Ecosse '.

On interrogea surtout Marie avec insistance sur le prétendu passage de sa lettre à Babington, du 17 juillet 1586, où il est question « des quatre hommes de cheval qui étaient appointés à Londres pour la venir avertir, quand le coup serait fait * », et pour la délivrer. « Sa Majesté, ajoute Bourgoing, dit qu'elle ne savait ce que c'était. » Se tournant alors vers l'homme pervers qui , pour la perdre , avait tissu cette abominable trame , ■elle prononça ces mots caractéristiques, si bien justifiés aujourd'hui par la découverte des faux commis par son ordre : « Il

pressions qui semble plus conforme à Ja vérité, que Marie » nia avoir reçu -de Babington une telle lettre , et bii avoir écrit une telle réponse, et qu'elle avoua, toutefois, qu'elle avait employé Babington pour transmettre ses lettres et ses messages ». Rien de semblable à ce dernier aveu ne se lit ni dans le Journal de Bourgoing, ni dans les minutes du procès. — Il n'est pas impossible d'expliquer ces différences de langage. 11 est probable que la reine -commença d'abord par tout nier d'une manière générale, ne voulant pas répondre à des juges à qui elle ne reconnaissait aucun droit de l'interroger. Puis, dans le cours des débats, elle admit ses lettres, même celle à Babington, mais non point telle qu'on la produisait. Camden et Howell ont emprunté leur récit aux procès-verbaux rédigés par les scribes de Cecil; Hardwick a puisé ses documents dans les papiers d'État. Suivant M. Jules Gauthier, qui a bien voulu , sur ma demande , me faire part de son opinion sur ce point, Burghley, dans sa lettre du 15 octobre, « tenait à faire croire que Marie avait tout nié pour montrer le peu de confiance qu'on devait avoir à ses jparoles, car il était bien connu qu'elle avait été autrefois en relation avec Babington, alors qu'il était page chez le comte de Shrewsbury » .

* HosACK, t. II, p. 423.

2 Journal inédit de Bourgoing. C'est l'un des passages que le prince Labanoff suppose, avec raison, avoir été interpolés par Phelipps. Labanoff, t. VI, p. 389.

est facile de contrefaire les chiffres et les caractères de l'écriture d'une autre personne, comme l'a fait récemment en France un jeune homme qui se vante d'être le frère hâtard de mon fds. Je crains que tout ceci ne soit l'oeuvre de M. de Walsingham pour me faire périr, lui qui, j'en suis certaine, a déjà tenté de m'arracher la vie ainsi qu'à mon fils '. Quant à Ballard , que vous accusez d'avoir été l'un des six conjurés qui avaient « entrepris le meurtre » de votre reine, il est vrai que j'en ai entendu parier par les uns comme d'un « très-ferme « catholique qui désirait me rendre service » ; mais on me prévenait d'autre part « qu'il avait de grandes intelligences avec « M. de Walsingham et que je m'en donnasse de garde. Je ne «sais rien autre chose de lui*. » Je proteste que je n'ai pas même songé à la ruine de la reine d'Angleterre et que j'aurais cent fois mieux aimé perdre la vie que de voir tant de catholiques poursuivis à cause de moi et condamnés à une mort cruelle en haine de ma personne. » En achevant ces mots, la reine se mit à fondre en larmes.

Le sceptique Burghley, qui avait envoyé au supplice tant de catholiques et même de puritains , eut l'impudeur de répondre à Marie : « Nul, s'il a été sujet fidèle, n'a jamais été mis à mort pour cause de religion : quelques-uns l'ont été pour trahison , parce qu'ils maintenaient la huile et l'autorité du pape contre notre reine.

— Et pourtant, reprit Marie, j'ai ouï dire tout le contraire, et je l'ai lu dans des livres imprimés.

— Les auteurs de tels livres, répliqua brusquement Burghley pour détourner la question , écrivent aussi que la reine a forfait à la dignité royale ^. »

Walsingham , blessé au vif par la grave accusation que Marie

* Howell's State Trials, etc., t. I.

2 Journal inédit de Bourgoing.

3 Ibidem.

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