‹ Marie StuartChapitre 14 sur 231 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

cinq mille livres, ne lui en fait délivrer que quatre mille, et il exprime le désir que le roi d'Ecosse prenne des garanties à l'égard de la reine d'Angleterre'. « Il ne s'agit point, s'écrie-t-il d'un ton mécontent, des dépenses d'une maison ordinaire, mais d'une affaire d'Etat. » Plus loin , il s'indigne de la façon mesquine dont il est traité, ainsi que tous les serviteurs de la reine d'Ecosse. L'avarice d'Elisabeth est telle que les choses les plus nécessaires doivent lui être arrachées^. Dans cette même lettre, il demande qu'on lui envoie un bon marchand de nouveautés pour que la reine soit pourvue de tout ce dont elle a besoin pour la saison, les marchands de Stafford n'ayant que des étoffes grossières. Puis, comme s'il se repentait de se montrer trop humain, il interroge le secrétaire sur la manière dont sa captive doit distribuer ses aumônes et sur l'argent qu'elle doit y consacrer. Il lui conseille d'enlever à l'aumônier de Marie le choix des nécessiteux, pour le confier aux officiers du canton. Un jour, Elisabeth, dans sa basse parcimonie, envoie à Chartley une fourniture de serviettes faites de vieux draps de lit usés et rapiécés. La reine d'Ecosse et ses gens s'indignent, refusent le linge, et Paulet, partageant leur indignation, réclame avec vivacité du linge neuf. Mais si l'administrateur se montre parfois attentif à pourvoir aux besoins de sa prisonnière, le fanatique ne perd jamais l'occasion de laisser éclater sa mauvaise humeur contre ce qu'il appelle les superstitions et abominations papistes. « Ghérelles, écrit-il à Walsingham, le 10 avril, a envoyé à cette reine une boîte pleine de choses abominables, des chapelets de toutes sortes, des images de soie, des Agnus Dei, etc. Comme j'aurais désiré les brûler plutôt que les remettre! Je suis voisin des choses les

1 Paulet a Walsingham , 22 mars 1585, The Letler-Books of Amias Poulet, etc.

2 Paulet a ^Walsingliain , 9 mars 1585, The Lelter-Books of Amias Poulet, etc., p. 155.

plus blâmables, et j'espère vivre assez longtemps pour les voir arracher par la racine ' . »

Sir Amyas Paulet constatait dans sa correspondance le déplorable état de santé de Marie Stuart. « La reine est trèsaffligée pour le présent, écrivait-il le 30 janvier 1585, dormant peu et mangeant moins encore. L'humeur va d'une place à l'autre et quelquefois s'étend sur plusieurs points tout d'un coup*. » Et le 2 février : « La reine a gardé le lit depuis six ou sept jours, fort affligée de douleurs dans tous les membres, de sorte qu'elle ne peut quitter le lit sans beaucoup d'aide, et quand on la remue, elle souffre beaucoup. » Il annonçait qu'elle était fort mal couchée , et réclamait pour elle avec instance un lit de plume*. Le 17 février, il disait : « Cette reine reste confinée dans son lit, et tout ce mois et plus, elle a été sujette à des fluxions douloureuses. Depuis deux jours, elle souffre extrêmement dans le côté, de sorte qu'on a envoyé chercher tous ses meilleurs serviteurs en toute hâte *. » Le 22 mars, il annonçait un mieux : « Cette reine, ayant gardé la chambre neuf ou dix semaines, est maintenant délivrée de ses douleurs, mais elle ne peut encore ni marcher, ni se tenir debout, ce qui la tourmente beaucoup '. » Plus tard, le 25 avril, il parlait d'une rechute : « La reine n'a pas quitté la chambre ce mois-ci, elle est toujours tourmentée par des enflures de divers côtés". » Il ajoutait qu'il entendait « toutes les nuits remuer les gens de la reine » pour lui donner des soins. Le 3 juin, il écrivait à Walsingham ' : « Cette reine a

^ Paulet à Wahingham, The LeUei-Books ofsir Amias Poulet, etc., p. 135.

2 Ibidem, p. 137.

3 Ibidem, p. 137.

* Ibidem, p. 139.

5 Ibidem, p. 164.

6 Paulet à Walsitifjham , ibidem, p. 198, « Il est vrai, disait-il dans la même lettre, que cette reine a un cautère à cliaquc jambe, ce qui est son dernier remède. »

7 Ibidem, p. 201 . •

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