‹ Marie StuartChapitre 142 sur 231 · MARIE EST DÉGRADÉE DES INSIGNES DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

MARIE EST DÉGRADÉE DES INSIGNES DE LA ROYAUTÉ

Ce fut à lord Buckurst, membre du Conseil privé, et à Beale, clerc de ce même Conseil, que fut confiée la mission de notifier à Marie Stuartla fatale sentence '. Descendant de l'une des nobles familles qui suivirent en Angleterre Guillaume le Conquérant, proche parent d'Elisabeth , Sackville, lord Buckurst, était l'un des plus parfaits gentilshommes et l'un des esprits les plus cultivés de son temps. D'une taille haute et bien prise, d'une figure pleine de finesse, d'intelligence et d'aménité , telle est l'idée que donne de ce grand seigneur un magnifique portrait, chef-d'œuvre de Garrard, que l'on a fort admiré à l'Exposition universelle de Londres. Il était à la fois homme d'État habile, orateur éloquent, poète dramatique de mérite '. Le jeune lord, caractère chevaleresque, s'était noblement refusé d'abord , bien que parent de la reine d'Angleterre, à siéger parmi les commissaires de Fotheringay et à ratifier la

* Instructions to lord Buckurst and M. Beale sent to the Queen of Scots, l7-(27) novembre, Mss. Mary Queen of Scots.

2 Avant l'âge de vingt-cinq ans, il avait fait représenter, à Whitetall, devant Elisabeth, une tragédie : Ferrex et Porrex, fils de Gordobuc, roi de Bretagne, dans laquelle on trouve quelques scènes d'un style facile et qui ne sont pas dénuées de naturel. C'est, dit-on, la première pièce dramatique, par ordre de date, qui ait paru avant Spencer et Shakspeare. Miss Strickland, t. VII, et Causeries d'un curieux, etc., par M. Feuillet de Conches, t. IV.

sentence de la Chambre Étoilée ' . L'ombrageuse Ébsabeth ne pardonnait pas de tels actes d'indépendance. Pour le punir, elle le condamna à signifier l'arrêt de mort. Plus tard, elle lui donnera la mission de présider au procès du comte d'Essex. Forcé d'obéir, lord Buckurst, saisi de crainte, s'acquitta cette fois de sa pénible tâche en courtisan peu soucieux de jouer sa tête pour crime de félonie. Suivi de Beale, il arriva à Fotheringay le 18 (28 n. s.) novembre, dans la soirée, et il eut avec Paulet un secret entretien*. Le lendemain, après avoir fait demander à la reine d'Ecosse la permission de lui parler de la part d'Elisabeth, il se rendit auprès d'elle dans l'après-midi, suivi de Beale, de Paulet et de Drury ^. Il lui annonça que le Parlement, ainsi que les commissaires, après avoir examiné toutes les preuves à sa charge , les dépositions formelles de ses secrétaires, les révélations de Babington et de ses complices, et enfin ses propres lettres chiffrées, qu'elle-même, prétendait-il , n'avait « pas déniées » , l'avait déclarée coupable d'avoir ourdi une conspiration contre la vie de la reine d'Angleterre, et qu'étant « sous la protection de la reine » , et par conséquent soumise aux lois du pays, le Parlement avait prononcé contre elle une sentence de mort. « Ma maîtresse, ajouta lord Buckurst, n'a pris encore aucune décision, mais il règne une telle agitation dans le Parlement , elle est si importunée par les États du royaume qu'il est impossible qu'elle ne consente pas à faire exécuter la sentence. Les Etats ne cessent de lui remontrer que, depuis le séjour de Votre Grâce en Angleterre, il y a eu si constamment des troubles , que jamais ni la reine , ni le royaume, ni la religion n'ont été en sûreté. Ils soutiennent donc que pour les sauver, « il est impossible que vous puissiez « toutes deux vivre ensemble , et qu'il faut que l'une ou l'autre

• Jacob's Peerage, vol. I, p. 413.

2 Journal inédit de Bourcjoing .

'^ La plupart des détails inédits que nous donnons sont empruntés au Journal de Bourgoing .

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