‹ Marie StuartChapitre 144 sur 231 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

« Ferai encore '. » Soyez bien assurés que «de toute foi et de « très-bon cœur je mourrai aussi contente que je fus jamais et « pour chose qui me soit advenue en ma vie » . Je prie Dieu qu'il veuille avoir pitié des pauvres catholiques de ce royaume, si affligés et tourmentés pour leur religion. Je ne regrette rien autre chose qu'il n'ait plu à Dieu , avant que je meure , de me faire cette grâce de les voir en pleine liberté de leur conscience, pour vivre avec la foi de leurs parents en l'Eglise catholique et servir Dieu comme ils désirent. Je n'ignore pas que, depuis longtemps, mes ennemis machinent tout ceci contre moi, et, pour le dire pleinement , je sais bien que ce n'est qu'à la poursuite de... (M. de Walsingham ^ ), qui a fait profession de m'étre ennemi, et qui, aussi bien, ne cessera jamais qu'il ne soit venu à bout de ses entreprises ; ce dont j'ai assez parlé devant les commissaires ^

— Le personnage que vous soupçonnez vous avoir été nuisible , madame , dit lord Buckurst en interrompant doucement la reine, ne se mêle pas plus particulièrement que les autres de vos affaires. On l'estime très-bon et très-fidèle serviteur, et je pense que ni lui , ni les plus grands seigneurs du royaume n'ont le pouvoir de faire quoi que ce soit , pour vous ou contre vous, si ce n'est dans le Conseil et l'assemblée des Etats *. »

Beale affirma de nouveau que la reine d'Ecosse était « venue à refuge » en Angleterre , et que la reine Elisabeth , la voyant en danger d'être massacrée parles Ecossais, avait cru devoir lui offrir un asile à Carlisle pour qu'elle y fût en sûreté. Mais

1 Journal inédit de Bourgoing .

2 Bourgoing, ayant rédigé son Journal en Angleterre, a laissé, par prudence, ce nom en blanc, mais il est évident qu'il ne peut être question que de Walsingham, que la reine avait accusé en face, devant les commissaires, d'avoir voulu la faire assassiner.

3 Journal inédit de Bourgoing. Conférer la lettre de Marie Stuart à l'archevêque de Glasgow, du 24 novembre 1586, dans Labanoff, t. VI.

* Journal inédit de Bourgoing.

Marie soutint, ce qui était vrai, « qu'elle y avait été menée par force et contre sa volonté ' » , — « Quant à vos évéques , poursuivit-elle, je loue Dieu de ce qu'il m'a permis de connaître sans eux mes offenses envers lui et de n'approuver pas leurs erreurs. Je ne veux communiquer en rien avec eux. Mais s'il vous plaît m'accorder un prêtre catholique , très-volontiers je l'accepte, et je vous le demande, au nom de Jésus-Christ , pour pouvoir disposer de ma conscience et participer aux saints sacrements, en partant de ce monde*.

— Vous avez beau faire, madame, lui répondirent avec un intolérant fanatisme Beale et lord Buckurst , vous ne serez ni sainte ni martyre , car vous mourrez pour le meurtre de la reine et pour l'avoir voulu déposséder.

— Je ne suis pas si présomptueuse, leur répondit Marie, que d'aspirer à ces deux honneurs. Mais bien que vous ayez puissance sur mon corps , par permission divine et non par justice, puisque je suis reine souveraine, vous n'en avez aucune sur mon âme, et ne pouvez m'empécher d'espérer que par la miséricorde de Dieu , qui est mort pour moi, il ne reçoive de moi mon sang et ma vie. C'est volontiers que je les lui offre pour le maintien de son Eglise, hors laquelle, ni ici, ni ailleurs, je ne désirerai jamais commander à royaume mondain pour perdre l'éternel. Je le supplierai que les douleurs et autres persécutions de l'esprit et du corps que j'ai endurées soient en déduction de mes péchés. Mais d'avoir conseillé ou commandé la mort de votre reine, je ne l'ai jamais fait, et ne souffrirais

1 Journal inédit de Bourgoing. Marie Stuart, dans sa lettre à l'archevêque de Glasjiow, en date du 24 novembre 1586 (Laba>off, t. VI), protestait de nouveau qu'elle n'était point venue en Angleterre contre son gré et ne pouvant se réfugier ailleurs.

2 Marie, dans sa lettre à l'archevêque de Glasgow, en date du 24 novembre 1586 (Labanoff, t. VI), lui rend compte d'une partie de sa conversation avec lord Ruckurst et Reale. Cette partie, que nous avons eu soin d'analyser, vient compléter le récit de Rourgoing.

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