CHAPITRE DIX-SEPTIEME
Stuart, avait chargé M. de Gourcelles, son ambassadeur en Ecosse, d'engager le jeune prince à intervenir énergiquement en faveur de sa mère '. Mais Jacques se montra d'abord aussi peu soucieux du danger qu'elle courait, qu'il avait témoigné de joie à Elisabeth de ce qu'elle avait échappé à celui qui l'avait menacée. 11 aimait, disait-il, sa mère autant que le lui commandaient son devoir et la nature ; mais il n'ignorait pas qu'elle avait pour lui aussi peu de tendresse que pour la reme Elisabeth. Sa vie d'ailleurs, ajoutait-il, n'était point en danger, et, malgré les instances de quelques membres du Conseil anglais qui, pour prévenir les effets de la vengeance de la reine captive, demandaient sa mort, il savait fort bien que la reine d'Angleterre n'y consentirait jamais. Enfin, ajouta-t-il, avec le plus révoltant cynisme, en faisant allusion à la dernière conspiration, il faut qu'elle se résigne " à boire l'aie qu'elle a brassé elle-même, et qu'elle ne se mêle plus désormais que de prier et de servir Dieu ^ » . De tels sentiments étaient loin d'être partagés par une partie de la noblesse et par le peuple écossais, qui étaient profondément humiliés de l'indigne traitement que subissait la mère de leur roi, et de l'insolente supériorité qu'usurpait Elisabeth sur la couronne d'Ecosse. Les principaux gentilshommes de la cour, même en face du roi , menaçaient hautement d'une rupture et d'une guerre à outrance plutôt que de souffrir qu'Elisabeth fît tomber la tête de Marie Stuart^. Jacques, fort indécis sur le rôle qu'il devait jouer, interrogeait tous ses conseillers sans oser prendre un parti. S'étant adressé un jour à l'un des principaux gentilshommes de sa cour,
1 M. de Courcelles à M. de Châteauneuf, 6 octobre 1586, dans Thorpe , Henri III à Courcelles, 21 novembre, Raumeh, Jules Gautuier; Hosack, t. II, p. 44-6.
2 Négociations de M. de Courcelles, édition du Banatync Club, p. 4. Jides Gauthier, t. II; Tytler, t. VIII.
^ Négociations de Courcelles, p. Il et 13, édition du Banatyne Club; Hosack, t. II, p. 447.
au jeune comte de Bothwell , pour lui demander ce qu'il avait à faire : « Si Votre Majesté permet que le procès se termine et que l'exécution ait lieu, lui répondit le preux et loyal chevalier, je pense qu'elle devra se pendre dès le lendemain '. » Un fidèle ami de Marie Stuart, le même qui avait si courageusement favorisé son évasion de Lochleven , Georges Douglas , remontra à Jacques, dans les termes les plus vifs, qu'il y allait de son honïieur de sauver sa mère. En même temps, avec une noble indépendance, il l'engagea à ne pas prêter l'oreille aux venimeuses calomnies répandues contre elle par quelques hommes dangereux auxquels il accordait trop de confiance et qui étaient soudoyés par Elisabeth pour entretenir entre la mère et le fils une inimitié mortelle *. Jacques resta sourd à ce généreux appel.
« Gomment m'est-il possible d'aimer ma mère, s'écria-t-il , ou d'approuver ce qu'elle a fait? N'a-t-elle pas écrit à Fontenay, l'ambassadeur de France, ici résidant, que si je ne me conformais à ses vœux et à ses désirs , elle ne me laisserait en partage que la seigneurie de Darnley? N'a-t-elle pas travaillé de toutes ses forces à m'enlever la couronne? à mettre à ma place un régent? Ne s'est-elle pas obstinée jusqu'à présent à garder sa religion papiste?
— La raison en est fort simple, repartit Douglas , consciencieux et ferme partisan de la Réforme, mais que n'aveuglait aucun fanatisme : elle tient à sa foi et la garde parce qu'elle a été élevée dans le sein de cette religion, de même que Votre Majesté garde la croyance qui lui a été enseignée dans son enfance... Et voyant la conduite de vos guides religieux, la reine votre mère croit plus convenable de vous amener à ses opinions que de partager les vôtres.
— La vérité est, dit le roi en souriant, que j'ai été élevé
* Miss Stuickland, l. VII; Tytler, t, VIII ; Hosack, t, II, p. 447, - HosACK, t. II, p. 447.