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CHAPITRE DEUXIEME

tint dans la plus grande réserve ' , lui conseillant toutefois la prudence si, comme il le disait, il était un partisan de la reine. Gifford essaya de dissiper ses soupçons ; mais à peine fut-il sorti de l'hôtel de l'ambassade qu'il se réfugia dans la maison de Phelipps avec lequel il demeurait. C'est de là qu'il fît remettre à Marie la lettre de recommandation qu'il tenait de Morgan pour cette princesse, lettre dans laquelle celui-ci conseillait à la reine , sa maîtresse , d'user des services de Gifford et de ses parents en toute confiance et sécurité^.

Marie, sous le coup de l'acte d'association et des bills édictés contre elle par le Parlement, engagea Morgan à n'agir qu'avec une extrême prudence , à ne se mêler de rien qui pût le compromettre et accroître les soupçons que l'on avait conçus contre lui. « Je vous remercie sincèrement pour ce messager, lui écrivait-elle. Bien qu'il me semble fort disposé à tenir la promesse qu'il vous a faite, pour des raisons que je ne puis vous faire connaître présentement, je crains qu'il soit découvert^. » Gifford séjourna à Londres pendant tout le mois de janvier. Il parvint à se glisser parmi les catholiques dévoués à Marie , et comme il leur témoigna la plus vive sympathie pour sa personne et pour sa cause, il fut bientôt maître de tous leurs

' « Quand il fut introduit auprès de M. de Cliâteauneuf, qui avait succédé a Castelnau, Gifford répéta son histoire avec les expressions du plus profond attachement à la cause de la religion catholifiue et à celle de la reine d'Ecosse. Mais soit qu'il dépassât le but, soit que Ghàteauneuf fût trop défiant pour se confier à un étranger, que, dès l'abord, il soupçonna d'être un des espions de Walsingham, Châteauneuf refusa de lui confier un paquet de lettres adressé à la reine d'Ecosse, qui était resté à l'ambassade, jusqu'à ce qu'il eût de nouveaux renseignements sur son véritable caractère et sur ses projets. » Mémoire de Châteauneuf, Labanoff, t. VI, p. 282; Hosack, t. II, p. 335.

2 The Letler-Books of sir Amias Poulet, keeper of Mary Queen of Scots, edited by John Morris, priest of the Society of Jésus. London, 1874. Lettre de Morgan à Marie, 15 octobre 1585, p. 113 et 114.

3 Marie a Morgan, 17 janvier 1586, Labanoff, t. Vf, p. 253 et 254.

secrets'. De temps à autre, il se rendait à l'hôtel de l'ambassade française pour y demander s'il ne lui serait pas venu de France quelques lettres sous son faux nom de Cornélius^. Ayant annoncé un jour à Châteauneuf qu'il était sur le point d'aller à Chartley, celui-ci, toujours défiant, voulut mettre sa fidélité à l'épreuve : il lui confia pour la reine d'Ecosse une lettre chiffiée insignifiante. Après l'avoir reçue, Gifford se mit en route pour le comté de Stafford, et logea chez un de ses oncles, à quelques milles de Chartley. Là, ayant appris qu'un brasseur de Burton fournissait de la bière à la maison de la reine, après s'être concerté avec Paulet, il proposa à cet homme de servir d'mtermédiaire entre Marie et ses prétendus amis. Le brasseur, dans l'espoir d'une forte récompense, se prêta facilement à tout ce que lui demanda Gifford. Ce dernier dans toutes ses lettres le désigne sous le nom dérisoire de : l'honnête homme. D'après les instructions de Gifford , le brasseur introduisit dans un double fond du baril de bière qu'il fournissait à Chartley une fois par semaine, une petite boîte contenant les lettres adressées à la reine. Ces lettres avaient été préalablement lues et copiées par Gifford. Le sommelier fut averti de retirer cette boîte pour la remettre à l'un des secrétaires de Marie. La semaine suivante, lorsque t honnête homme revint, la boîte contenant la réponse de la reine fut replacée dans le tonneau vide, et peu après livrée à Gifford. Marie n'avait pu résister à la tentation. Comme toute sa correspondance était en chiffres, les lettres étaient d'abord envoyées à Londres pour être déchiffrées. Des copies en étaient faites, puis les lettres originales chiffrées étaient ou retenues ou envoyées à leur adresse.

Lorsque Gifford retourna à Londres (1" mars 1586) , Marie eut l'imprudence de lui confier un nouveau chiffre et un paquet

1 HosACK, t. II, p. 236.

2 Ibidem,

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