‹ Marie StuartChapitre 203 sur 231 · CHAPITRE VINGT ET UNIÈME. UOt · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIÈME. UOt

« Hélas ! pauvres âmes, elles ne feront rien de ce que vous craignez, milords, dit Marie, je vous le promets en leur nom. Non , votre maîtresse, qui est une reine vierge, n'a pu donner cet ordre cruel de refuser aux filles d'une autre reine la consolation de l'assister à sa mort. Assurément, vous ne voudrez pas me refuser une si juste requête; mes chères filles ne demandent qu'une seule grâce, celle d'assister à mes derniers moments. » Gomme elle prononçait ces paroles, on vit quelques larmes jaillir de ses yeux. C'étaient les premières qu'elle versait depuis la lecture du warrant.

Les deux comtes semblaient hésiter encore : « Oubliez-vous donc que je suis cousine de votre reine! s'écria Marie d'un ton de voix où vibrait une noble indignation; que je suis issue du sang royal de Henri VH*, que je suis reine douairière de France et reine sacrée d'Ecosse ' ! »

A cette pathétique remontrance,, au nom d'Elisabeth, la résistance des comtes fut vaincue : ils permirent aux deux filles de la reine d'assister à son supplice*.

Le triste cortège se remit en marche. En tète s'avançait le shérif et son escorte, suivie de Paulet, de Drury, de Beale et des deux comtes; puis venait Marie Stuart, accompagnée de Melvil , qui portait la traîne de son manteau , de ses deux femmes, de Bourgoing et des autres serviteurs.

Pour aller à la mort, la reine s'était vêtue comme aux jours de fêtes solennelles. Son costume, riche et de couleur sombre,

1 Récit de l'exécution de la reine d'Ecosse, dans une lettre à Burghley ; Ellis, 2» série, cité par Miss Strickland, t. VII.

2 La Mort de la royne d'Ecosse, dans Jebb, t. II, p. 609 à 669; Le Rapport de la manière de l'exécution de la royne d'Ecosse, traduction de l'anglais du temps, volume spécimen du prince Labanoff. L'auteur anonyme du Vray Rapport de l'exécution de la royne d'Ecosse (dans Teclet, t. IV) tronque ici les noms comme les faits. Comme l'a avancé M. Froude, cet anonyme ne peut être le médecin de Marie Stuart. — Voir aussi la Lettre de Châleauneuf a Henri III, du 27 février 1587, dans Teulet, t. IV, et Le Martyre de la royne d'Ecosse, par Blackwood, dans Jebb, t. II, p. 397,

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était celui d'une reine douairière. De sa coiffure de crêpe blanc tombait jusqu'à terre un long voile du même tissu, garni de dentelles , et dont l'usage était réservé aux dames du plus haut rang. Elle portait un grand manteau de satin noir gaufré, tramé d'or, doublé de taffetas noir, à parements de martre zibeline, à manches pendantes jusqu'à terre et à longue traîne. Le pourpoint ou corsage et la jupe de sa robe étaient aussi de satin noir et recouvraient un jupon de velours cramoisi brun, ainsi qu'une vasquine de taffetas velouté ; une chaîne de boules de senteur, ornée d'une croix d'or, était suspendue à son cou, et un chapelet d'or à sa ceinture.

La belle et noble tête de la reine reposait sur un large collet à l'italienne. La pâleur habituelle de son teint avait fait place à une légère rougeur, et ses grands yeux brillaient d'un éclat extraordinaire ' .

A l'extrémité de la grande salle basse du château , entièrement tendue de noir, près d'une large et haute cheminée gothique , où flambait un grand feu de bois , se dressait l'échafaud tout couvert de frise noire*. Il avait deux pieds de hauteur et douze pieds de largeur en carré. Il était entouré d'une balustrade basse et à jour. Devant le billot, placé à l'une des extrémités et voilé sous un crêpe noir, étaient debout le maître des oeuvres de la Tour et son aide , l'un et l'autre masqués de noir, vêtus de longues robes de velours noir avec des tabliers blancs. L'exécuteur était armé d'une large hache à manche court ^. En face du billot, étaient placés une chaise basse et un

* La Mort de la royne d'Ecosse, dans Jebb, t. II. L'auteur anonyme de cette Relation, qui tenait de Bourgoing la plupart des détails qu'il donne, complète ainsi le costume de Marie Stuart : « Caleçons de futaine blanche, des bas de soie bleue, jarretières de soie et des escarpins de maroquin. » Miss Strickland, d'après un manuscrit du Vatican, donne une description de ce costume, qui offre quelques variantes.

- Etoffe de coton fabriquée en Angleterre.

3 La Mort de la royne d'Ecosse, dans Jebb, t. II ; Le Vray Récit de Vexé-

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