‹ Marie StuartChapitre 205 sur 231 · CHAPITRE VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIÈME

nière à tort en ce pays, où j'ai beaucoup enduré de peine et de mal, sans que l'on eût aucun droit sur moi, maintenant, par la force des hommes et sous leur puissance, près de finir ma vie, je remercie mon Dieu de ce qu'il a permis qu'à cette heure je meure pour ma religion, et m'a fait cette grâce, qu'avant de mourir, j'aie été devant une compagnie qui sera témoin que je meurs cathohque... Quant à ce que Ton m'impose de la mort de la reine, je ne l'ai jamais inventé, ni consenti, ni rien qui fût contre sa personne. Je l'ai toujours aimée et le pays aussi. Je me suis offerte, par beaucoup de bonnes conditions et plus que raisonnables, de faire cesser les troubles de ce royaume, et me délivrer de cette captivité. Vous, milords, et vous, Beale, vous le savez bien, sans que j'aie été ouïe ni reçue. Enfin, mes ennemis sont parvenus à la fin de leurs desseins pour me faire mourir; toutefois, je leur pardonne de bon cœur, comme à tous ceux qui ont fait ou attenté aucune chose à rencontre de moi, et à chacun, quel qu'il soit, qui me pourrait avoir offensée ou méfait; comme je prie à tous de me vouloir pardonner. On verra et connaîtra après ma mort à quelle fin ceux qui sont auteurs de me faire partir de ce monde ', ont poursuivi et procuré ma mort. Je n'accuse aucun, non plus que j'ai fait par ci-devant; ma langue ne fera mal à personne * . »

Le doyen de Peterborough, le docteur Fletcher, se plaçant alors au pied de l'échafaud, en face de Marie, lui dit, après lui avoir fait une profonde révérence, qu'il s'était rendu auprès d'elle par l'ordre de sa maîtresse, pour l'exhorter à la mort. « Monsieur le doyen, lui répondit doucement la reine, je n'ai que faire de vous , je ne ai^ous veux point ouïr, vous vous

• D'après ce passage, il est facile de comprendre que Marie Stuart voulait désigner Burghley et Walsinghana en première ligne.

2 La Mort de la royne d'Ecosse, dans Jebb, t. II. Ce discours de Marie Stuart a été communiqué par Bourgoing à l'auteur anonyme de cette Relation.

pouvez bien taire si vous voulez, retirez-vous d'ici. >> Et comme il recommençait son prêche, elle lui dit d'un ton plus accentué : « Vous ne gagnez rien, je ne vous ouïrai point ; taisezvous, si vous voulez. » Et elle lui tourna le dos. Mais le doyen, poussé par son aveugle fanatisme, alla se placer de nouveau devant la reine et l'engagea à se repentir « de ses méchancetés » . La scène était horrible, scandaleuse. Le comte de Shrewsbury en fut choqué ; il ordonna au doyen de se taire et de commencer à prier '.

Comme Marie accompagnait ses prières de fréquents signes de croix avec le crucifix, qu'elle tenait à la main : « Madame, s'écria d'un ton plein de rudesse le comte de Kent dans l'excès de son puritanisme, à quoi vous sert d'avoir entre les mains cette vaine image du Christ, si vous ne l'avez gravée dans votre cœur?

— Comment est-il possible, lui répliqua Marie avec douceur, d'avoir entre les mains une pareille image, sans que le cœur en soit profondément touché? Rien ne sied mieux à un chrétien qui va mourir que de porter dans ses bras la vraie marque de sa Rédemption *. »

Ce fut en vain qu'elle supplia de nouveau les comtes de permettre à son aumônier de venir l'assister à sa dernière heure'.

Shrewsbury, plus raisonnable que son collègue, proposa, puisque la reine d'Ecosse refusait d'écouter les exhortations du doyen, que l'on priât en commun pour elle.

1 Strype, Annals, t. III, Appendix, texte du discours du doyen. Lettre d'un témoin oculaire à Burghley, Ellis, Miss Strickland, t. VII; Uistory of Peterborough by Patrick, citée par Miss Strickland.

'^ Le Martyre de Marie Stuart, par Blackwood, dans Jebb, t. II, p. 307 ; La Mort de la royne d'Ecosse, dans Jebb, t. II ; Le Rapport de la manière de l'exécution, etc., volume spécimen du prince Labanoff, p. 240; Le Vray Rapport de l'exécution de la royne d'Ecosse, Teulet, t. IV, p. 158; Rapport officiel de l'exécution par les commissaires, Jebb, t. II, p. 641.

3 Elus, t. III, p. 115; Hosack, t. II, p. 467.

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