‹ Marie StuartChapitre 211 sur 231 · CHAPITRE VINGT ET UNIÈVIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIÈVIE

de sa victime lui échappât, et c'était d'après ses ordres que Paulet agissait de la sorte '.

Pendant une heure, la tête fut exposée, dit-on, sur un coussin de velours noir, à la vue de la multitude , à l'une des fenêtres de la grande salle. Mais ce barbare spectacle ne parut éveiller que des sympathies pour la victime et qu'un sentiment d'horreur pour les meurtriers*. Le cadavre, recouvert d'un vieux tapis, fut emporté avec la tête dans la salle haute où s'étaient assemblés les commissaires, et, le lendemain, sans aucun respect, sans aucune pudeur, en présence de Paulet, du shérif et de quelques soldats, ils furent grossièrement embaumés par un médecin de campagne , assisté d'un chirurgien de village. Tous deux déclarèrent « que jamais ils n'avaient vu

^ « Les bijoux , la vaisselle et autres choses appartenant à la feue reine d'Ecosse, écrivait-il à Walsingham, le 25 février suivant, étaient déjà partagés en plusieurs parts avant la réception de votre lettre, comme vous le verrez par l'inventaire ci-inclus. Toute la maison de cette reine, excepté Kennedy et la sœur de Curie, deux de ses femmes, ayant déclaré qu'elles n'ont rien à montrer d'écrit pour ces objets, et que toutes les plus petites etoses ont été distribuées de la propre main de la feue reine, j'ai, suivant vos instructions, commis la garde desdits bijoux, vaisselle et autres objets à M. Melvil, au médecin et à mistress Kennedy, une des femmes. » The Letter-Books of Amias Poulet, p. 366.

2 Miss Agnès Strickland, qui donne beaucoup de détails inédits, puisés sur les lieux et à des sources originales, est la première qui parle de ce fait. Dans Le Viay Récit de l'exécution, etc. (Teulet, t. IV, p. 163), on lit cette phrase, qui semble venir à l'appui de l'assertion de Miss Strickland : « Sitôt que la tête fut tranchée et mise sur la place, etc.. « Ce qui vient encore la confirmer, c'est l'existence d'une peinture du temps. La tête coupée de Marie Stuart y est posée sur un plat qui est placé sur une table couverte de velours écarlate. Au-dessous du plat, sur une mince banderole de parchemin, on lit cette inscription : « Maria Scotiœ Regina, 9 février 1587. » Cette peinture est signée Amyas Cawood, probablement le frère ou le neveu de Marguerite Cawood, femme de Bastien Pages, qui obtint de sir W^iJIiam Fitz William, le châtelain de Fotheringay, la permission de l'exécuter d'après nature et à la date indiquée. Cette curieuse peinture fut offerte à Walter Scott par un gentilhomme prussien. On la voit aujourd'hui à Abbotsford. Ce portrait

un plus beau corps, plus net et de plus belle conformation ' » . Les entrailles furent enterrées secrètement par le shérif. La tête et le corps, placés dans un double cercueil de chêne et de plomb , en attendant qu'on les transportât dans l'église de Peterborough pour y être inhumés, restèrent jusqu'au mois d'août dans le plus triste abandon au milieu de cette grande salle déserte. Inaccessible à tout sentiment de pitié après la mort de la reine comme pendant sa vie , Paulet défendit à ses malheureux serviteurs de venir prier auprès du cercueil, et,

posthume offre une grande ressemblance avec ceux qui furent peints du vivant de Marie Stuart et d'après nature. Seulement les narines sont amincies, avec cette contraction particulière que donne la mort; les paupières sont closes et les lèvres placides. Un calme solennel est répandu sur le front, blanc comme le marbre ; les tresses brunes de la chevelure font encore mieux ressortir la pâleur grise et morbide des chairs. C'est une œuvre d'art, à la fois belle et terrible, dont il est impossible, paraît-il, de nier l'authenticité. Miss Strickland, t. VII.

Au Muséum du Club du Service-Uni est un autre portrait plus pénible encore à regarder. Il représente la tête coupée de Marie avant que ses traits eussent repris le calme de la mort. Les paupières, à moitié fermées, laissent entrevoir une partie des prunelles sombres et fixes; à travers les lèvres entr'ouvertes , on aperçoit deux petites dents blanches de la mâchoire supérieure. Une boucle, ornée d'une perle et teinte de sang, pend à l'oreille, à moitié arrachée par la main du bourreau. Derrière le tableau, on lit cette inscription : « La tète de Marie, reine d'Ecosse, le lendemain de son exécution. Lient. -col. Birk. » Note de Miss Strickland, t. VII. '

1 La Mort de la royne d'Ecosse, dans Jebb, t. II; voir aussi Le Vray Récit de t exécution, dans Teulet, t. IV, p. 163. L'auteur anonyme semble avoir été bien renseigné par le médecin chargé de l'embaumement. « Elle était, dit-il, d'une belle charnure et grasse, et la poitrine ronde, etc. »

o Le soin d'embaumer le corps de la feue reine, écrivait Paulet à Walsingham, le 25 février suivant, a été commis au shérif de ce comté qui, sans doute, désirait que ce fût bien fait, et qui a demandé l'avis d'un médecin demeurant à Stamford, avec l'aide de deux chirurgiens. Cependant, d'après l'ordre donné que le corps devait être couvert de plomb, le médecin a jugé bon d'ajouter quelque chose à ce qu'il avait fait, et prend sur lui d'affirmer que la chpse durera longtemps. — Je me propose, par la grâce de Dieu, de partir d'ici pour Londres lundi prochain, le 27 courant... » The Letter-Books of Amias Poulet, etc., p. 366.

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