DISPOSITIONS DE JACQUES VI ET DE HENRI III. ORAISON FUNEBRE DE
MARIE STUART PRONONCÉE A NOTRE-DAME DE PARIS PAR RENAUD DE BEAUNE, ARCHEVÊQUE DE BOURGES.
Quelles furent les dispositions des princes de l'Europe à la nouvelle de la redoutable atteinte qu'Elisabeth venait de porter à l'inviolabilité royale?
En apprenant le meurtre de sa mère, Jacques VI, loin d'en être saisi de !douleur et d'indignation, ne montra au premier moment, dans l'intimité, que la plus froide indifférence. Cette mort fixait sur sa tête la couronne d'Ecosse.
« Je puis vous assurer, écrivait le 2 mars à Archibald Douglas le maître de Bolhwell, témoin de cette monstrueuse insensibilité, je puis vous assurer que la contenance du roi ne fut en rien altérée à la nouvelle de l'exécution de sa mère, et qu'il ne renonça pas plus qu'auparavant à ses distractions et à ses plaisirs ' . »
Mais comme l'attentat inouï d'Elisabeth avait causé en Ecosse, dans toutes les classes et au sein de la cour, la plus profonde émotion et les plus vifs ressentiments, Jacques, avec
1 Lettre inédite faisant partie des archives du château de Hatfield, appartenant au marquis de Salisbury, citée pour la première fois par le baron Kervyn de Lettenhove, membre de l'Académie royale de Belgique. (Extrait des Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 2* série, t. XXXIV, n° 7, 1872.) Voici le texte de ce curieux passage : « Last of ail I will assur zow that the king munir (altered) nether his countenance at the referfall off Lis mothers exécution, nor leift not his pastyme and huntine moir then off befoir. »
une précoce dissimulation, feignit de s'attendrir et déclara hautement qu'un tel crime ne resterait pas sans vengeance '.
Fort inquiète 'de ses dispositions et de celles des Écossais, Elisabeth se hâta de lui envoyer un de ses proches parents, sir Robert Garey, fils de lord Hundson, pour lui faire connaître, disait-elle, toute la vérité. Elle avait confié à Carey une lettre de sa main dans laquelle, s'abaissant aux plus humbles explications sur sa conduite, elle se livrait à la plus mensongère douleur « sur le déplorable accident » — c'est ainsi qu'elle qualifiait l'exécution de la reine d'Ecosse — qui était arrivé, disait-elle, si contrairement à sa volonté^. Et, avec une impudeur sans égale, elle prenait Dieu à témoin de son innocence. « Si j'avais donné un tel ordre, disait-elle en jouant la dignité blessée, j'oserais le reconnaître hautement ; car je n'ai point le cœur assez bas pour que la crainte de prince vivant puisse m'empécher de faire ce que j'estime juste ou m'induire à le désavouer. Je sors de tel lignage que je suis à l'abri de si
1 Tyïler, t. IX, p. 4 à 12. Malgré l'opinion des historiens les plus autorisés et les pi-euves qu'ils citent, M. Hill Burton prétend que l'exécution de Marie Stuart n'excita pas une indignation universelle à travers l'Ecosse. Il est certain pourtant qu'à part quelques fanatiques ministres presbytériens qui plaçaient l'esprit de secte au-dessus de tout patriotisme, les Écossais furent et durent être pour la plupart indignés d'un acte qui semblait consacrer la suzeraineté de l'Angleterre sur l'Ecosse. On peut même soutenir que quels que fussent leurs sentiments à l'égard de Marie Stuart, ce ne fut pas sans colère, sinon sans pitié, qu'ils virent tomber sa tête. ÇThe History of Scotland, by J. H. Burton, t. V.) M. Hill Burton, sans aucune espèce de preuve, va même jusqu'à prétendre que « l'indifférence au sort de Marie, si même on ne peut l'appeler vine approbation, était exprimée par une partie de la nation, sous une forme inconvenante et sans générosité ». (Ibidem.) Et, quelques pages plus loin, on est tout surpris de lire, dans le même ouvrage, que « les borderers, s'attendant à un conflit possible entre les deux pays, étaient sur Je qui-vive pour saisir cette occasion de reprendre leurs vieilles habitudes». M. Burton avoue même leurs dévastations sur le territoire anglais. Tout ne se passa donc pas aussi pacifiquement qu il le suppose un peu plus haut. 2 Ellis' Ori(jinal Letters, t. III; Miss Strickland, t. VII.