‹ Marie StuartChapitre 36 sur 231 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

C'était sir Thomas Gorges, l'envoyé d'Elisabeth. Il descendit de cheval, et, s'approchant de Marie : «Madame, lui dit-il, la reine , ma maîtresse , trouve fort étrange que , contre l'accord et pacte que vous avez fait ensemble, vous ayez conspiré contre elle et son État, ce qu'elle n'eût jamais pensé, si elle ne l'eût vu elle-même et le tient pour sûr. Et comme elle sait que quelques-uns de vos serviteurs sont coupables de ce crime , vous ne trouverez pas mauvais s'ils sont séparés de vous. Le reste, sir Amyas vous le dira '.

— Bien loin d'avoir conspiré contre la reine d'Angleterre , dit Marie , contenant à peine son émotion , je n'en ai même jamais eu la pensée. On l'a mal renseignée; je me suis toujours montrée envers elle bonne sœur et bonne amie, et je sais bien que ce n'est pas la première fois que j'ai été desservie auprès d'elle et que l'on m'a rendu de mauvais offices *. "

Ces paroles échangées , sir Thomas Gorges remonta à cheval.

« Je vois bien qu il faut retourner au logis » , dit la reine. Et elle appela Nau , son secrétaire. Mais à peine celui-ci se fut-il approché de sa maîtresse , que Gorges, poussant vivement son cheval entre eux, s'écria : « Arrêtez! arrêtez! ne le laissez pas parler à elle ^. m

Non moins surprise qu'indignée de cet acte de violence , Marie éclata en reproches amers contre sir Thomas et sa maîtresse, et, ne pouvant plus contenir sa juste colère, elle ordonna à ses serviteurs de tirer l'épée * : « Souffrirez-vous , si vous êtes

1 Journal inédit de Bourgoing, Gomme on le voit par ces paroles de Gorges, ce ne fut pas lui qui signitia à la reine l'ordre de sa translation à Tixall, comme le supposent la plupart des historiens, mais ce fut Paulet qui fut chargé d'exécuter cet ordre, sans faire connaître à Marie le lieu où l'on devait la séquestrer. Mémoire de Waad, State Papers Office.

2 Journal inédit de Bourgoing , ^ Ibidem.

* Cela « la mit dans une telle colère qu'elle l'outragea fort (sir Thomas Gorges) de paroles et sa maîtresse; même voulut que les siens se missent en

des hommes, s'écria-t-elle , que des traîtres portent la main sur votre reine , sans prendre sa défense? » Mais ses gens n'étaient qu'une poignée, et toute résistance eût été aussi dangereuse qu'inutile. Nau , malgré les plus énergiques protestations , fut entraîné loin de sa maîtresse ; il en fut de même de Gurle , et l'un et l'autre , après avoir été désarmés sur un ordre de Paulet, furent emmenés sur-le-champ par Thomas Gorges dans un village voisin, et mis au secret , en attendant qu'on les conduisît à Londres '. En même temps, sir Amyas commanda que l'on enlevât à tous les autres serviteurs de la reine leurs épées et leurs dagues, que d'habitude on leur avait laissées jusquelà , lorsqu'ils montaient à cheval , et tous furent confiés à la garde des hommes de l'escorte. Melvil, le maître d'hôtel de Marie , celui de tous ses serviteurs en qui elle avait le plus de confiance, fut aussi éloigné d'elle et remis entre les mains d'un gentilhomme du .voisinage. Il en fut de même de Didier, le sommelier de la reine , qui , par erreur, et à l'insu de sir Amyas, fut reconduit à Chartley.

Déjà l'escorte de Paulet avait parcouru un ou deux milles , en pressant le pas, lorsque le fidèle médecin de la reine, à qui nous devons ces dramatiques détails, inconnus jusqu'à ce jour, parvint à se glisser auprès d'elle. Il l'avertit à voix basse qu'on ne suivait pas le même chemin par lequel on était venu , et qu'on la conduisait autre part qu'à Chartley. A ces mots, la reine appela sir Amyas : « Quoi ! lui dit-elle avec étonhemént, nous n'allons pas au logis! » Paulet ayant répondu que non, la reine, de plus en plus surprise, lui demanda avec viva-

défense ». D'Esneval à Courcelles , 7 octobre 1586. Mss Scotland. — Reign of Elisabeth, by James Anthony Froude, vol. VI. — Lives of the Queens of Scotland, etc., by Agnes Strickland, vol. VII, p. 408. — Histoire de Marie Stuart, par Jules Gai:tiiier, t. 11.

' Ce lut le 19 août (n. s.) que Nau et Curie furent conduits à Londres sur des chevaux de Marie Stuart, que l'on envoya chercher à Chartley. En route, ils furent iraités fort rudement. Journal inédit de Bourgoing,

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