‹ Marie StuartChapitre 52 sur 231 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

côtes de Sussex. Dans l'imagination du peuple, les flottes de Philippe II cinglaient déjà vers l'Angleterre. De jeunes avocats, soi-disant catholiques, formaient des rassemblements parmi le peuple , et poussaient l'audace jusqu'à faire des quêtes pour célébrer des messes. On distribuait de grandes feuilles imprimées dénonçant l'anglicanisme « comme une religion politique digne de l'approbation de Machiavel ' » . C'étaient autant de manœuvres de Walsingham '.

Elisabeth et ses ministres n'étaient pas au fond sans inquiétudes du côté de l'Espagne et de la France. Ce qui, sur un point, semblait justifier leurs craintes, c'est que la Ligue avait alors en Normandie une armée qui , d'un moment à l'autre , pouvait fondre sur l'Angleterre. Des courriers furent expédiés à toute bride pour faire appel à la noblesse dévouée, et, en peu de jours , trois cents des principaux gentilshommes des comtés du nord se rendaient à Londres avec leur suite en armes. Des ordres furent transmis en Ecosse pour y organiser la défense , et de fortes garnisons jetées dans Portsmouth et dans Plymouth. On passa la revue de chaque corps, et bientôt neuf mille miliciens furent rassemblés pour couvrir la côte sud. A Ghatham, à Portsmouth, les flottes, grâce à l'activité de sir John Hawkins , furent équipées et envoyées en croisière devant les ports de France '. « Parmi les catholiques , la terreur n'était pas moins grande. Après tant d'efforts restés infructueux, ils avaient résolu de n'avoir plus recours aux conspirations. Bien que l'affaire de Babington ne fût qu'un acte isolé , ils n'en furent pas moins suspects de complicité dans la conjuration ourdie contre la vie de leur souveraine ; leurs chefs

■* Froude's History of England, etc., Reign of Elisabeth, vol. VI.

'^ Ce qui le prouve, c'est que M. Froude lui-même avoue qu'en ce moment les catholiques n'étaient pas moins terrifiés que les protestants.

•^ Notes des choses devant être mises à exécution , écrites de la main de Walsingham , et analysées pour la première fois par M. Froude, dans son Histoire d'Elisabeth, t. VI.

furent arrêtés , eux-mêmes regardés comme des bétes venimeuses, des traîtres, des ennemis de leur pays. N'osant se montrer ni daijs les rues des villes ni dans les villages , ils se réfugiaient, tout tremblants, au fond de leurs maisons, et s'attendaient d'un moment à l'autre à l'exécution de la reine d'Ecosse et à leur entière extermination'. »

Walsingham n'avait rien négligé pour semer dans l'âme des protestants la terreur et le désir de la vengeance. Malgré l'extrême tolérance dont Marie avait donné tant de preuves à l'égard des presbytériens écossais, rien n'avait pu calmer les soupçons et dissiper les craintes des puritains et des anglicans. Ils n'avaient cessé de considérer son avènement au trône comme un fléau qu'il fallait conjurer à tout prix. Les détenteurs des biens du clergé catholique se croyaient surtout menacés dans leur existence et leurs possessions, comme au temps de Marie Tudor. Si Marie, pensaient-ils, devait succéder à Elisabeth, plus de sécurité pour eux, ou une tolérance précaire sans cesse menacée , ou la persécution par le fer et par le feu , peut-être même, comme pour les huguenots de France, un immense massacre. La conspiration de Babington leur parut le signal d'une nouvelle Saint-Barthélémy que la mort seule de Marie.

1 Froude's History of England, vol. XII : Avertissements secrets adressés a Walsingham, août 1586, manuscrits particuliers analysés par M. Froude :

« A l'intérieur, dit M. Froude, que l'on voit, non sans surprise, se porter garant du patriotisme de ses adversaires, la plupart des sujets catholiques, dans l'espoir qu'un jour viendrait où Marie, héritière immédiate de la reine d'Angleterre, rétablirait le culte proscrit, avaient gardé fidélité à Elisabeth, Ils savaient trop bien que, s'ils avaient recours à la violence, Marie Stuart serait infailliblement mise à mort, et que ce qu'ils pouvaient prévoir alors de moins dangereux, c'était une nouvelle guerre des Deux Roses^ aggravée par le fanatisme religieux. Us avaient donc préféré attendre patiemment la restitution de leurs droits légitimes, et les nombreux seigneurs campagnards n'avaient point oublié, tout en restant catholiques, qu'avant tout ils étaient Anglais ; la propagande secrète des émissaires de la cour de Rome et de Philippe II n'avait eu aucune prise sur eux. » Froude's History of Englaïul , etc., vol. Xlï.

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