CHAPITRE CINQUIÈME. 12J
lui écrivit ladite longue lettre comme tout un nouveau sujet dont elle n'avait oncques ouï parler'. «
La déclaration de Nau prouvait, il est vrai, que Marie avait eu connaissance de la conspiration de Babington dans toutes ses parties; mais elle ne contenait pas le moindre indice que la reine eût consenti au projet de meurtre, ce qui était le point essentiel pour l'accusation. Burghley, aussi déconcerté que mécontent du Mémoire autc^graphe de Nau, le mit de côté, comme une pièce « de peu de valeur * » , disait-il , et il se garda bien de le produire au procès, où il eût été justement considéré comme une pièce à décbarge. Un nouvel et dernier interrogatoire lui parut nécessaire pour arracher enfin à Curie et à Nau le mot fatal qui eût perdu leur maîtresse. Mais avant de le leur faire subir, i! voulut les terrifier l'un et l'autre par le spectacle de Ballard appliqué à la torture. Le lendemain de cette exécution, Nau et Curie comparurent devant le chancelier Bromley, assisté de Burghley et de Hatton, et ils furent interrogés de nouveau par des commissaires délégués à cet effet '• Il n'existe aucun procès-verbal authentique de ce dernier interrogatoire^ ; « mais dans une minute originale, dressée et arrangée par Phelipps % on suppose que Nau prétendit que Curie avait déchiffré la lettre de Babington à Marie; que lui, Nau, plus tard, avait pris note, sous la dictée de Marie ", des points de sa propre réponse, dans laquelle sa maîtresse requé-
1 Mémoire autographe de Nau, présenté a la reine Elisabeth, le 10 septembre 1586. (Labanoff, t. VII, p. 196 et suiv.) La lettre de Nau et son mémoire se trouvent au State Papers Office, Mary Queen of Scots, vol. XIX.
2 10 septembre, State Papers Office, Mss.
3 Apologie de Nau, Harl. Mss. cité par Jules Gauthier, t. II. ^ Tytler, t. VIII.
^ State Papers Office, Mss. 21 septembre 1586, cité par Tytler, t. VIII.
fi Le lecteur saisira facilement la contradiction qui existe entre cette déclaration de Nau et celle où on lui fait dire que sa maîtresse lui remit une minute autographe.
rait Babington de bien examiner quelles forces il pouvait lever, de quelles villes il pouvait s'assurer, où se ti'ouvaient les meilleures places pour s'assembler, quelles forces étrangères il pouvait espérer, quelles sommes d'argent il faudrait, quels étaient les moyens par lesquels les six gentilsliommes entendaient procéder, et de quelle manière elle pouvait être délivrée du pouvoir sous lequel elle se trouvait ' » . Nau était censé avoir ajouté qu'il y avait une autre clause dans la lettre de sa maîtresse à Babington par laquelle elle l'avisait de faire en sorte que les six gentilshommes eussent auprès d'eux quatre hommes solides avec de bons et rapides chevaux, afin, dès que leur projet serait exécuté, d'en donner avis au parti désigné pour enlever la rejne d'Ecosse. Cette déclaration de Nau, d'après la même pièce, avait été corroborée par Curie, lequel aurait ajouté que sa maîtresse avait désiré qu'il brûlât la minute anglaise des lettres envoyées à Babington *. Le document que nous venons d'analyser n'offre d'autre garantie que d'avoir été rédigé et cbntre-signé par Phelipps, le faussaire aux gages de Walsingham. Il faut noter encore une fois que ce ne fut ni l'original ni la copie intégrale de la lettre prétendue de Marie à Babington qui leur fut présentée, « et sur la fidélité de laquelle reposait toute la question ^ » , mais un extrait seulement des points principaux, et, entre autres, celui qui était relatif au meurtre \ Cette lettre, dont plusieurs passages avaient été évidemment interpolés, fut énergiquement qualifiée de faux par Marie Stuart devant les commissaires d'Elisabeth et par Nau dans son Apologie, qui est authentique. Il y déclare que, malgré les menaces de Walsingham , il soutint constamment « que les principaux
1 State Papers Office, 21 septembre 1586. Mss. cité par Tvtler, t. VIII.
2 Tyïler, t. VIII.
3 Histoire de Marie Stuart, par M. Jules Gauthier, t. II; Mary Qneen of Scols, etc., by James F. Melihe. London, 1872.
^ Hardwick; Lingard; Jules Gauthier.