CHAPITRE PREMIER
Les lords du roi et ceux de la reine étaient à la veille d'en venir aux mains , mais Elisabeth eut Tart de ménager entre eux une trêve (30 juillet 1572).
A la nouvelle de la Saint-Barthélémy, le gouvernement anglais , feignant de croire à un projet de massacre général des protestants , redoubla de rigueurs envers les catholiques ; on agita même au sein du conseil la question de mettre à mort la reine d'Ecosse. Les casuistes de la Réforme et les jurisconsultes soutinrent d'un commun accord que rien ne serait plus juste et plus légal. Les deux Chambres menacèrent de la frapper tout au moins d'un bill de proscription , ou de voter une loi pour l'exclure de la succession à la couronne. Elisabeth , jouant la générosité, s'y opposa; toutefois, elle essaya d'effrayer Marie par un simulacre de procès. Tandis qu'elle faisait répandre à profusion la Détection de Buchanan , le plus immonde des pamphlets qui ait jamais été écrit contre la reine d'Ecosse, elle envoyait à Sheffield sir Kalph Sadier, Thomas Bromley et lord Delaware pour l'y interroger comme une criminelle. Treize chefs d'accusation furent articulés contre elle. Marie soutint que, lors de son projet de mariage avec le duc , elle n'était entrée dans aucun complot contre Elisabeth, et que, dans ses négociations avec le pape et le roi d'Espagne , elle n'avait eu en vue que Taffranchissement de son propre royaume. On parut se contenter de ses réponses , Elisabeth n'osant pas encore traduire devant ses sujets une reine son égale ; mais on reprit secrètement le projet de la mettre à mort. Il fut convenu entre Elisabeth, Burghley et Leicester, que, pour s'exonérer de toute responsabilité, ce n'était point en .Angleterre que Marie devait être exécutée, mais en Ecosse, par la main même des Écossais. Dans ce sinistre dessein, un agent anglais, aussi habile que peu scrupuleux, sir Henri Killegrew, fut envoyé en Ecosse pour y concerter avec Marr, le régent , et avec Morton le meurtre de la prisonnière. Ses instructions, écrites de la propre main de Burghlev, portaient que les comtes de Marr et
de Morton devaient réclamer Marie, au nom de leur gouvernement, sans qu'ils parussent y avoir été poussés par Elisabeth, et qu'ils devaient la faire massacrer sur-le-champ. Après quelques pourparlers , les deux comtes finirent par consentir à expédier la matière [the great malter) , c'est-à-dire la reine d'Ecosse, quatre heures après que remise aurait été faite de sa personne entre leurs mains. Ils exigeaient en retour que la reine d'Angleterre prendrait le jeune roi d'Ecosse Jacques VI sous sa protection , qu'une alliance offensive serait signée enlre les deux royaumes, que deux ou trois mille soldats anglais, ayant à leur tête les comtes de Huntingdon , d'Essex et de Bedford , assisteraient à l'exécution , et qu'enfin Elisabeth payerait l'arriéré de solde des troupes écossaises. On ne put s'entendre. Elisabeth désirait ardemment que sa rivale fût mise à mort, mais elle voulait que ce fût sans bourse délier et sans qu'il parût qu'elle fût complice du meurtre. La mort du comte de Marr mit fin à cette sanguinaire négociation, et Burghley, fort mécontent de la voir échouer, écrivit à Leicester qu'il ne fallait point hésiter à se défaire de la reine d'Ecosse, même en Angleterre. Elisabeth n'eut pas l'audace de suivre cet affreux conseil.
Cependant Mox-ton, que l'on soupçonnait fort de s'être défait de Marr par le poison , lui avait succédé en qualité de régent (24 novembre 1572). Quatre mois après, il signait à Perth^ avec les Hamilton et les Gordon , un traité de paix qui réduisait à néant le parti de la reine.
Etroitement gardée pendant cinq mois dans une prison humide , qui lui laissa au bras pour toute sa vie un rhumatisme fort douloureux, et qui aggrava une maladie de foie dont elle était depuis longtemps atteinte , Marie n'obtint quelque adoucissement aux rigueurs de sa captivité qu'après la ruine de ses partisans. Lorsqu'elle apprit qu'elle ne pouvait fonder en ce moment aucun espoir sur Philippe II et sur Charles IX, brisée, vaincue , désarmée , elle essaya de fléchir Elisabeth pour qu'elle