‹ Marie StuartChapitre 72 sur 231 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La dernière prison de Marie Stuart, située sur un léger monticule, auquel on arrivait par un pays de plaine', était une forteresse entourée d'un fossé double et d'un très-difficile accès. Le fossé extérieur, formé par une rivière, le Nen, et par le bief d'un moulin, avait au nord soixante-quinze pieds de largeur, le fossé intérieur en avait soixante-six. La façade du château, dans laquelle était percée la grande porte, regardait le nord. Après avoir franchi le pont-levis, se présentait un escalier conduisant à de vastes appartements, à la garderobe et au donjon de forme octogone, situé à l'angle nord-est du château, et dans lequel se trouvaient des chambres aux divers étages. Au milieu du château régnait une cour très-vaste, sur laquelle avait jour une salle spacieuse (hall), située au rez-de-chaussée , et dans laquelle devait se dresser, plus tard, l'échafaud de la royale prisonnière. A gauche , dans cette même cour, étaient la chapelle, quelques beaux logements, la grande salle à manger et une vaste pièce ornée de tableaux *.

1 Je tiens ces détails de la bouche même de M. Jules Gauthier, qui, pour préparer sa remarquable Histoire de Marie Stuart, a visité tous les lieux rendus célèbres par les séjours de cette princesse. M. Froude dit que le château était sur une légère éminence qui domine le pays.

2 D'après Miss Strickland, qui doit elle-même ces détails, jusque-là peu connus, à M. Edouard Branley, lequel a recueilli, sur place, plusieurs documents et traditions intéressants sur le château de Fotheringay.

Les appartements qui furent assignés à Marie et à ses serviteurs se trouvaient aux e'tages supérieurs. A son avènement au trône d'Angleterre, Jacques VI fit raser ' le château de Fotlieringay, et, depuis ce temps-là, on ne voit plus sur son emplacement qu'un amas de ruines *.

Dès le jour de son arrivée, et le lendemain, aussitôt après le départ de sir Thomas Gorges, qui était retourné à Londres afin d'y rendre compte de sa mission à Elisabeth, Marie Stuart, se trouvant trop à l'étroit, elle et ses gens, fit adresser de vives réclamations à sir Amyas et à Stallenge pour qu'on lui donnât plus d'espace. Elle croyait sa demande d'autant mieux fondée, qu'elle avait aperçu, dans le château, «beaucoup de beaux et grands logis » inhabités. Comme Paulet fit à peine droit à ses réclamations et que le bruit courait d'ailleurs que ces vastes salles vides étaient retenues pour des lords , la reine comprit sur-le-champ qu'elle ne tarderait pas à être interrogée. Elle s'était toujours doutée d'un semblable dénoûment, et, plus d'une fois, elle l'avait fait pressentir à ses serviteurs. Cette prévision ne la troubla nullement. « Elle ne s'en émut non plus que rien, dit dans son langage naïf son fidèle médecin, mais plutôt semblait le cœur lui élever et se réjouir plus que de coutume et se porter mieux de sa santé. »

Avant de passer outre, avant d'entrer dans le vif du drame,

* Notice sur la collection des portraits de Marie Stuart, par le prince Labanoff. Saint-Pétersbourg, 2^ édition.

2 Un poète anglais du dix-liuitième siècle a consacré quelques vers émus au souvenir de l'arrivée de Marie Stuart dans le cliâteau : « Que la nuit la plus noire voile pour toujours la scène de l'entrée de la reine captive dans tes froides murailles, ô Fotheringay ! car, à cause d'elle, le temps a voulu t'effacer de ses pages, et la justice, à la fois pieuse et vengeresse, s'est abattue sur tes tours princières comme une mer furieuse, afin qu'aucun vestige n'en pût conserver le cruel orgueil. » (Antoa's Bancks, Poem., Mss., 1797.) Ces vers sont cités dans une copie de l'Histoire de Fotheringay, de l'archidiacre Bonney, et ont été publiés, pour la première fois, par Miss Strickland.

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