CHAPITRE HUITIÈME
qui, après l'avoir félicitée d'avoir échappé au fer des conspirateurs, blâmait, en termes fort modérés, l'emploi des mesures de rigueur envers la reine d'Ecosse. Elisabeth lui répondit, d'un ton hautain, « que la faute de Marie Stuart était trop évidente pour que le moindre doute fût permis... J'aurais souhaité, dit-elle, être assez aveugle pour croire à son innocence. Pendant vingt ans, j'ai protégé sa vie et sa réputation, et trois fois elle a conspiré ma perte; trois fois je lui ai pai'donné, en l'avertissant de ne pas recommencer. J'ai aussi averti Nau, lorsqu'il était à la cour, mais aujourd'hui je ne puis donner aucune promesse sur ce que je ferai ou ne ferai pas '. « Elle envoya sur-le-champ à la cour de France Edward Wotton, afin qu'il mît sous les yeux de Henri III les papiers de la reine d'Ecosse, « auxquels, disait Burghley, il verrait tant de méchancetés, qu'il ne voudrait plus s'employer pour elle*. » Ce fut en vain que Châteauneuf fit appel à l'honneur et à la dignité du monarque ^. Henri III borna son action à ces vaines remontrances. Châteauneuf, livré à lui-même, et sans instructions précises de son gouvernement, prit sur lui d'agir dans la mesure des pouvoirs attachés à ses fonctions. Dés qu'il eut appris qu'Elisabeth avait nommé une commission pour interroger sa prisonnière, il lui écrivit pour lui demander que la reine d'Ecosse fût au moins assistée par un conseil, « ce qui, disait-il, en nulle province du monde, ne fut jamais refusé à ceux qui sont chargés de crime papital *. » Enhardie par la
1 Dépêche de Châteauneuf, du 24 septembre 1586 (3 octobre, n. s.), Teulet, t. IV.
2 Mémoire de d' Esneval ; Châteauneuf à d'Esneval, 23 septembre, dans Teulet, t. IV, p. 106; Ghéruel, Marie Stuart et Catherine de Médicis, pièces justificatives; Mendoza à Philippe II, 8 novembre 1586; Papiers de Simancas, cités par Jules Gauthier, t. II.
3 Châteauneuf à d'Esneval, 4 octobre 1586, Teulet, t. IV, p. 108, et CuÉnuEL.
^ Châteauneuf à Elisabeth, octobre 1586, Teulet, t. IV; Chéruel, p. 387-390; Jules Gauthier, t. II.
pusillanimité de Henri III, Elisabeth fit répondre insolemment à son ambassadeur, par Ilatton, « qu'elle savait ce qu'elle avait à faire, et n'avait, par conséquent, besoin d'aucun conseil étranger ' ; que la loi anglaise considérant une personne dans la situation de la reine d'Ecosse comme indigne d'un conseil, elle agirait d'après les formes ordinaires de la justice*, n
Chàteauneuf ne se tint pas pour battu. Il écrivit à d'Esneval, l'ambassadeur de France en Ecosse, qui se trouvait alors à Paris, pour qu'il demandât instamment quelles étaient « les intentions de son maître, afin de s'y conformer... Je fais, ajoutait-il, ce que je pense être raisonnable et de la dignité du roi, dont j'ai la mauvaise grâce des Anglais, qui me prêtent des choses pleines de mensonges et de calomnies... Le fait de la reine d'Ecosse les occupe tellement, qu'il ne se pai'le ici d'atitre chose. Je la tiens pour perdue... J'en ai averti expressément et diligemment; j'en demeurerai déchargé'. »
Quant au jeune roi d'Ecosse, Elisabeth s'en embarrassait aussi fort peu. Sachant à quoi s'en tenir sur les sentiments dénaturés qu'il n'avait cessé de montrer depuis longtemps à l'égard de sa mère, et qu'elle avait odieusement entretenus avec une application persévérante, elle était certaine d'avance qu'elle n'avait rien à craindre de ce côté-là. D'Esneval, l'ambassadeur de Finance à Holyrood, constatait, en effet, dès cette époque, qu'il [y aurait peu d'opposition de la part de Jacques au procès de sa mère. Il était revenu à Londres pour y consulter Chàteauneuf, et comme il avait laissé en Ecosse, pour le remplacer, M. de Gourcelles, il écrivit à ce dernier pour le prier de dire au jeune roi que, s'il permettait que sa mère fût
' Dépêche de Chàteauneuf dansi Egkutok, p. 84 et 85, cité par M. Jules (tAUIHIEH, t. II. ■
^ Mary Queeii of Scots, etc., by James Mei.ine.
S Chàteauneuf à d'Esneval, 28 octobre 1586, Teulet, t. IV, et CuÉbukl, p. 391.