CHAPITRE DIXIÈME
Jacques Gervais; de son pharmacien, Pierre Gorion, et de trois de ses filles de chambre , Gillis Mowhray, Jeanne Kennedy et Elisabeth Curie '.
En passant au milieu des seigneurs, qui la reçurent la tête découverte, la reine s'inclina et leur rendit leur salut d'un air majestueux. Remarquant alors que la chaise qui lui était destinée n'était pas placée sous le dais, mais un peu plus bas que le siège royal et à côté : « Je suis reine par droit de naissance , dit-elle d'une voix vibrante d'indignation et le front couvert d'une subite rougeur; ma place devrait être là, sous ce dais! »> Mais ce mouvement de noble orgueil fut prompt comme un éclair ; bientôt ses traits reprirent leur sérénité habituelle, leur expression mélancolique, et elle s'assit en promenant ses regards sur cette foule de dignitaires parmi lesquels elle ne put surprendre aucune marque de sympathie. « Hélas! dit-elle en se tournant tristement vers André Melvil, voici bien des conseillers, mais pas un seul qui soit pour moi ^ ! » Ainsi abandonnée à elle-même , sans avocat pour défendre sa cause , sans secrétaire pour prendre des notes, dépouillée de tous ses papiers, livrée à cette foule de politiques aussi astucieux qu'impitoyables, de légistes rompus à toutes les subtilités de la chicane, combien ce manque de toute protection légale dut sembler cruel à la généreuse princesse qui, pendant son règne, avait institué un avocat d'office pour les pauvres et les opprimés * !
Parmi les commissaires , il s'en trouvait un certain nombre <jui, autrefois, avaient été les secrets partisans de Marie, et dont les lettres, pleines de dévouement, adressées à cette princesse, avaient été saisies à Chartley. Parmi eux étaient les comtes de
* Journal inédit de Bourgoing et Ordre de la procédure , lors de t assignation de la reine d'Ecosse à Fotheringay : British Muséum, copie, Caligula, C. IX, fol. 336.
2 Howell's State Trials, t. I;Tïtler, t. VIII; Châteauncuf à Henri IJf, 30 octobre 1586, dans Life of Egerton.
^ Miss Strickland, t. VII.
Rutland et de Gumberland, et les lords Morlay, Compton^ Lumley, Saint-John de Bletsoe et Montagu, que Mendoza avait signalés à Philippe II comme les chefs principaux de la grande conjuration qui avait pour but la délivrance de Marie Stuart et le renversement d'Elisabeth. Un de ces lords, Morley, après la découverte de sa correspondance , avait obtenu , à force de supplications , d'être rétabli dans ses biens, et , comme preuve de sa loyauté , on avait exigé de lui qu'il se rendît à Fotheringay « afin d'y reconnaître publiquement , avec ceux de son parti , l'indignité de la personne pour laquelle il avait été sur le point de sacrifier son pays » . Combien, dans cette assemblée servile , imitèrent le triste exemple du marquis d'Exeter et d'un autre Montagu , qui , faisant partie de la Cour devant laquelle comparut Thomas Morus , n'eurent pas le courage de le proclamer innocent ! Combien , parmi les juges de Fotheringay, ne s'en trouva-t-il pas « qui, n'osant refuser leurs ignominieux services , se rangèrent du nombre des plus implacables ennemis de Marie Stuart, de peur qu'on ne se souvînt qu'ils lui avaient été autrefois favorables ' u !
Immédiatement derrière la reine étaient assis Paulet et Stallenge , chargés sans doute de la honteuse mission d'épier tous ses gestes et toutes ses paroles.
Avant l'ouverture des débats et pendant toute leur durée , on remarqua que Marie se penchait souvent vers son gardien. C'était pour lui demander les noms et les fonctions des seigneurs et des hommes de loi qui, pour la plupart, lui étaient inconnus*. Que de fois, durant ces longues heures, elle dut étudier d'un regard curieux la physionomie de ses juges , celle des lords qui lui avaient juré fidélité et celle de ses plus grands
1 Froude's Historj of England; Beign of Elisabeth, vol. VI, p. 276.
2 Parmi les commissaires, Marie Stuart ne connaissait guère de vue que Sadler, Mildmay, Hatton et le comte de Warwick, qu'Elisabeth avait autrefois délégués auprès d'elle pendant sa captivité.