CHAPITRE DIXIEME
et s'est faite perturbatrice de la religion ef du repos public du royaume et des autres pays au delà de la mer, à cette cause, Sa Majesté, qui est tenue de remplir ses devoirs de souveraine, a convoqué cette assemblée pour examiner cette affaire. Ce n'est point assurément par méchanceté ou par désir de vengeance que Sa Majesté a ordonné cette enquête, c'est uniquement par sentiment de son devoir, par respect de sa dignité et de sa personne, que Dieu veuille préserver; car si la reine d'Ecosse a consenti au fait mentionné dans la commission, si elle en est coupable , et que Sa Majesté la reine d'Angleterre eût été assez négligente pour laisser passer un tel Jait sans examen, elle eût commis une grave offense envers Dieu, elle eût manqué à tous ses devoirs envers ses sujets, elle se fût oubliée elle-même, et c'est en vain qu'elle porterait l'épée de justice'. En conséquence, Sa Majesté a ordonné cette Commission, sur la lecture de laquelle , et après avoir entendu ce qui sera proposé par le sage Conseil du royaume, « ladite reine d'Ecosse sera ouïe amplement pour dire tout ce qui lui semblera bon pour sa défense et déclarer son innocence^ » . Puis, adressant directement la parole à Marie Stuart, le chancelier lui dit : « Vous avez entendu , madame , pour quelle cause nous sommes venus ici; vous écouterez, s'il vous plaît, la lecture de notre Commission, et, je vous le promets, vous direz tout ce qu'il vous plaira ^. u
Aussitôt la reine, sans se lever, prononça d'un ton ferme ces paroles dont Bourgoing a reproduit la substance : « Je suis venue en ce royaume , dit-elle , non comme sujette, mais dan& l'espoir d'obtenir des secours contre mes ennemis , secours qui m'avaient été formellement promis , comme je le prouverais si
* L'épée, symbole du droit souverain de haute justice. Journal inédit de Bourgoing.
2 Journal inédit de Bourgoing.
3 Ibidem,
198 MARIE STUAUT.
j'avais en main mes papiers qui m'ont été enlevés, et, depuis, j'ai été retenue prisonnière. Je proteste hautement et en public que je suis souveraine et princesse indépendante, ne reconnaissant d'autre supérieur que Dieu seul. Partant , je demande , avant qu'il soit passé outre, qu'il soit constaté par acte que, quoi que je puisse dire en répondant ici aux commissaires de la reine d'Angleterre, ma bonne sœur (laquelle j'estime avoir été mal et faussement informée contre moi) ne puisse me préjudicier non plus qu'aux princes mes alliés, au roi mon fils, ni à quiconque pourra me succéder. Ce n'est pas pour sauver ma vie ni pour éviter une enquête que je fais cette protestation , c'est uniquement pour sauvegarder mes prérogatives, mon honneur et ma dignité de princesse ; car je n'entends pas, pour avoir comparu devant les commissaires de la reine d'Angleterre, être déclarée sa sujette. Mon intention est seulement de me laver du crime qui m'est imputé, et, par mes réponses^ de faire connaître à tout le monde que je n'en suis pas coupable. C'est uniquement sur ce point, et non sur d'autres, que je veux répondre '. Je désire donc et requiers, afin que chacun en ait souvenance , que cette protestation soit rédigée sous forme d'acte public, et que tous les lords et nobles ici présents me servent de témoins, maintenant et dans l'avenir. Et adonc je proteste devant le Dieu vivant que j'aime la reine comme ma très-chère amie et sœur, et que j'ai toujours porté bonne volonté à ce royaume *. »
Le chancelier , après avoir nié absolument que la reine d'Ecosse fût venue en Angleterre sur une promesse de la reine
* Cette partie du discours de Marie Stuart résume parfaitement toutes ses réponses durant le cours des débats : « Elle n'a pas attenté à la vie d'Elisabeth, mais elle ne nie pas ses relations avec les princes étrangers. » C'est le même langage qu'elle a tenu dans un précédent discours que Bourgoing nous a conservé à la première personne, tel qu'il fut prononcé par la reine.
2 Journal inédit de Bourgoing. Cf. Howell et Camden, dans Kennet, t. II, p. 522.