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CHAPITRE DIXIEME

ton, d'avoir consenti au projet du meurtre de la reine Elisabeth, et, qui plus est, d'avoir indiqué les voies et moyens de le mettre à exécution'. Gomme preuves à l'appui, Gawdy prit sur la table et présenta aux commissaires les] originaux des lettres de Marie oii il était question du premier complot, mais en copies seulement les lettres de Babington à Marie et les deux lettres de Marie à Bàbington.

Ces dernières pièces n'offraient d'autre garantie que d'avoir été certifiées, sans signature, par Phelipps, le faussaire aux gages de Walsingham ''.

Gawdy fît ensuite circuler, sous les yeux des commissaires, les copies des confessions de Babington et de ses complices, et les dépositions de Curie et de Nau, signées, disait-il, de leur propre main. Mais il y a tout lieu de croire que ces pièces avaient toutes été interpolées et falsifiées au gré de l'accusation, comme le fut indubitablement la réponse à Babington, attribuée à Marie. Ce qui le prouve, c'est le soin que l'on eut de ne produire ces pièces que hors de la présence du chef des conjurés et des deux secrétaires de la reine, dans la crainte que leur confrontation avec la royale accusée ne fît éclater la vérité au grand jour.

Gawdy parla ensuite du dessein qu'avait formé Babington , une fois le régicide consommé, de tirer de prison la reine d'Ecosse '. Pour exécuter ce projet, disait-il, six hommes devaient mettre le feu « aux granges, près de la maison de Chartley » , afin d'attirer les gardes au dehors « et de les amuser à éteindre le feu », pendant que les conjurés, se glissant dans le château, à la faveur du tumulte, enlèveraient la reine

1 Journal inédit de Bourgoing .

2 Labaîs'Off, t. VI, p. 394 et 395.

•^ Journal inédit de Bourgoing ; Howell's State Trials, t. I; Tyiler, t. VIII; British Muséum, Caligula, C. ix, fol. 333.

captive, et, de relais eii relais, disposés d'avance, la conduiraient en lieu sûr '.

Après avoir entendu la lecture de cette lettre, dont plusieurs passages avaient été évidennment falsifiés par ses ennemis, pour faire tomber sa tète, et dont on ne lui présentait qu'une copie, Marie se crut obligée d'abord d'en nier tout le contenu. Désavouer uniquement les passages relatifs à l'assassinat d'Elisabeth, c'eût été reconnaître, pour ainsi dire, tout le reste de la lettre. Comment eût-elle pu persuader ^à de tels juges qu'elle n'en avait dicté qu'une partie et que tout le reste était faux? A coup sûr, ils eussent refusé d'admettre de telles distinctions.

«Je n'ai jamais parlé à Babington, répondit -elle; bien que j'en aie entendu parler autrefois, je ne le connais pas et n'ai jamais trafiqué avec lui. Je ne sais ce que c'est que ces six hommes dont on parlée » Elle affirma qu'elle n'aA^ait point

^ « Cependant qu'on entrerait dedans pour enlever la reine d'Ecosse, pour la conduire ensuite jusqu'à deux ou trois milles, où des chevaux se devaient trouver pour l'emmener plus loin, et, de lieu en autre, devaient être appointés d'autres chevaux pour continuer jusques à ce que elle fût en sûreté. » Journal inédit de Bourgoing.

2 Le Journal de Bourgoing vient corroborer, dans ce passage et dans un autre non moins caractéristique, un fait de la plus grande importance, à savoir que Marie, pendant cette première journée du procès, se renferma dans des dénégations absolues. Il est complètement d'accord, sur ce point, avec les procès-verbaux des scribes de Cecil, qui assistèrent aux débats, et qui font dire à la reine » quelle ne connaissait point Babington , quelle n avait jamais reçu aucune lettre de lui et ne lui en avait jamais écrit aucune » (that shê never receved any letters front hitn, nor wrote any to him"). (^State Trials, t. I, p. 1174.) On trouve dans les Papiers d'Hardwick une autre version. Suivant ces documents tirés des papiers d'Etat, Marie « nia qu'elle eût jamais reçu de Babington une telle lettre, ni qu'elle lui eût jamais écrit une telle réponse; elle n'avait eu, disait-elle, aucune connaissance de ses desseins, et n'avait participé en quoi que ce fût à un projet quelconque tendant à la destruction de Sa Majesté ou au préjudice de sa personne » . Elle avoua, toutefois, d'après ces mêmes documents, qu'elle avait employé Babington pour transmettre ses lettres et ses messages; mais « elle ne pouvait être

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