CHAPITRE DIXIEME. tl
venait de feire peser sur lui , se leva dès que Burghley eut cessé de parler y et s^étant découvert : « Je proteste, s'écria-t-il, que mon àme est dégagée de toute malice. Dieu m'est témoin qu*en tant que personne privée je n*ai rien fait qui ne convienne à un honnête bomme, et en tant que secrétaire d'État, rien qui soit indigne de ma charge. C'est donc , madame , sur deSsiux rapports, ajouta-t-il en se tournant vers Marie Stuart, que vous avez pu croire que « j'avais dit beaucoup de choses « à votre désavantage » , «que je m'étais confessé votre ennemi,
> jusque4à qu'on vous a &it apparaître que j'avais entrepris de « vous fidre mourir, vouset votre fils, en un même jour '» . Sache donc Votre Grâce « que je ne porte de mauvaise volonté à per* « sonne, que je n'ai attenté à la vie d'aucun, et que je suis
> hommede bien et fidèle serviteur de ma maltresse * ». Je confesse, poursuivit-il, que très-vigilant pour tout ce qui touche au salut de la reine et du royaume , j'ai surveillé.attentivement toutes les machinations ourdies contre eux. Quant à Ballard , s'il m'avait offert son aide , je n'aurais pu la refuser et je Taurais même récompensé. Si j'ai eu quelque pratique secrète avec lui, pourquoi ne l'a-^-il pas déclaré pour sauver sa rie'?»
On remarquera avec quelle prudence significative Walsing-^ ham, tout en se défendant des accusations portées contre lui par la reine, resta muet sur celle de £buax qu'elle lui avait lancée à la &ce à mots couverts. De quelle valeur pouvaient être d'ailleuvs les protestationa d'honnêteté de cet homme, qui avait si notoirement conspiré la mort d'Esmé Stuart et du comte d'Ârran; qui avait approuvé le projet de mettre à mort,
^ Journal inédit de Bourgoing.
' ^ Ibidem,
' Howbll's Siaie Triait, t. I, etc. Gamden, par erreur, place cet incident à la première séance qui eut lieu le matin.
sans jugement, la reine d'Ecosse, et qui bientôt en donnera par ëcrit le criminel conseil à Paulet^?
Marie , cfi&ayée d^ayoir blessé au vif un homme si dange^ reux, et ramenëe bientôt au sentiment de sa triste situation , lui déclara « qu'elle ne pensait aucunement à ce qu'on lui avait dit de lui et qu'elle n'y avait pas cru » . En même temps elle le pria de ne pas ajouter plus de crédit à ceux qui la calomniaient qu'elle n'en accordait elle-même à ceux qui Taccusaient*.
« Si vous n'avez pas été reçu en Ecosse, poursuivit-elle, comme vous le méritiez, ce n'est pas ma faute, et je ne pense pas que vous ayez voulu vous en venger sur moi qui ne savais rien de cela*. Les espions sont gens d'un crédit équivoque, qui cachent une chose et en disent une autre , et leur témoignage ne peut suffire pour me convaincre que j'ai pu consentir à la ruine de votre reine. Non, ajouta-t-elle avec émotion, je ne voudrais pas faire naufrage de mon âme en conspirant sa perte*.»
A peine avait-elle prononcé ces paroles que Burghley, pour toute réponse , lui cita encore la phrase interpolée de sa lettre à Babington où il est question « des quatre hommes de cheval qui étaient appointés à Londres pour la venir avertir quand le coup serait fait ^ » .
Elle protesta encore « qu'elle ne savait ce que c'était * » .
D'après le témoignage vrai ou supposé de Curie, on l'accusa d'avoir envoyé un chiffre à Babington ainsi qu'à d'autres personnes. Sans nommer Babinglon , elle avoua qu'elle écrivait en chiffres quand bon lui semblait, et déclara qu'il lui était aussi
^ HosACK, t. II, p. 423.
3 Howell's State Trials j t. I.
3 Journal inédit de Bourgoing.
* Howell's State Trials, t. I.
^ Texte donné par Bourgoing.
' Journal inédit de Bourgoing»