‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 154 sur 226 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

livrer à la malsaine influence du maître de Gray, et de traiter avec lui seul comme roi d'Ecosse, tandis qu'à elle seule appartenait la souveraineté. « Je n'ai permis à mon fils, dit-elle, de prendre le titre de roi qu'à la condition qu'il suivrait mes conseils dans les af&ires importantes et qu'il ne ferait rien sans moi. Comme il a agi autrement, je le désavoue... Les princes étrangers ne l'ont reconnu qu'à cette condition ; comme il l'a violée, je ne l'avoue plus pour roi.

— Le roi d'Ecosse, votre fils, répondit Paulet , a les plus

moment où elle faisait des traités et des offres d'amitié, quelques complots avaient été découverts.

— Vous pouvez penser, reprit-elle, que j*ai quelques amis; quoi qu'ils aient fait, cela ne me regarde pas.

— Madame, lui dis-je, cela tous regardait, et, pour Tamour de vous, je vendrais que vous les en eussiez empêchés, liorsque vous avez été avertie que Morgan complotait pour tuer une reine sacrée, vous l'avez considéré comme votre serviteur.

— Elle répondit qu'elle pouvait agir ainsi à bon droit puisque la reine d'Angleterre soutenait les Écossais rebelles.

— Sir Drue Drury lui répondit que le cas était tout différent.

— Elle laissa ces discours, continue Paulet (qui, chose étrange! ne lui dit pas un mot de Babington), et elle revint à sa condamnation. Elle dit qu'elle avait été condamnée avec partialité et que les commissaires savaient qu'une fois condamnée, son fils ne pourrait plus avoir de droits, et que la reine d'Angleterre ne pouvant plus avoir d'enfants, ils mettraient sur le trône qui bon leur semblerait.

— Je lui dis qu'elle s'oubliait grandement en accusant la noblesse d'Angleterre de si graves fautes : 1^ de l'avoir injustement condamnée; 2° de vouloir disposer à son gré de la couronne.

— Elle répondit que cela lui était indifférent, qu'elle remerciait Dieu de ce qu'elle mourait sans regretter aucun de ses artes. (J'emploie ses propres expressions.)

— Je la priai de se repentir du tort qu'elle avait fait à la reine, ma maîtresse.

— Que chacun réponde pour soi, dit-elle, je n'ai rien à faire là-dedans.

— Elle me demanda alors si j'avais pensé à ses affaires d'argent.

— Je lui répondis que je ne les avais pas oubliées. •

The Letler-Books of Amias Poulet, etc., Paulet à Davison^ 21 décembre 1586, p. 335 et 336.

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sérieux motifs de respecter la reine d'Angleterre et d'être reconnaissant envers elle , « car elle lui a toujours été bonne « mère ». Ce ne sont pas les Anglais qui l'ont éloigné de votre amitié , mais c'est lui-même qui n'a pas voulu signer de ligue où vous fussiez comprise. On a traité avec lui comme avec le roi d'Ecosse , et il n'y en a point d'autre avec qui traiter que lui , qui a été reconnu pour tel par tous les pays étrangers et en pleins Parlements d'Ecosse et d'Angleterre. »

Marie ajouta que la nouvelle enquête que Paulet dirigeait contre elle , à l'instigation de ses ennemis , n'était de leur part qu'une « invention pour la fâcher davantage et pour essayer de tirer quelque chose d'elle » . Elle se plaignit de nouveau des machinations de certains conseillers d'Elisabeth, répétant ft qu'elle dirait cela , jusqu'à la mort , de quelques-uns d'entre eux qu'elle nommerait, mais auxquels nonobstant elle pardonnait de tout son cœur ' » .

a Vous faites mal , s'écria vivement Paulet ; il faut mourir en charité. Il n'y a personne dans le Conseil qui veuille mentir à sa conscience pour vous &ire tort, a et vous faites contre « Dieu en retenant en vous telle opinion » .

— Je ne sens nullement pour cela ma conscience chargée , lui répondit la reine, car Dieu ne défend pas de hiourir dans une opinion dont on est certain, et de dire en mourant ce dont on a parfaite connaissance. Il commande seulement de pardonner, comme je le fais, ainsi que je l'ai déjà dit. Résolue à mourir et me préparant à la mort, je n'ai aucun souci de racheter ma vie ou de poursuivre aucune grâce par flatterie. «Je ic n'en donne ni n'en sollicite, et que mes ennemis fassent selon « leur volonté. » Ce que je demande à votre reine ne touche en rien ma délivrance, mais uniquement ma religion, les choses de ma conscience, le règlement de mes afEatires, mon

' Allusions à Bui^ghley et à Walsingham.

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