CHAPITRE VINGTIÈME
des Borgia. Si elle était torturée, ce n'était pas par le remords du crime, c'était uniquement par Tanxiété des représailles.
Le même jour, Davison courut à Londres chez Walsingham, lui montra le &tal parchemin , revêtu de la signature d'Elisabeth, et le consulta sur Tinfernale communication que Tun et Tauti'e étaient chargés de faire à Paulet et à Drury. Puis, s^étant rendu auprès du chancelier, il fit revêtir le warrant du grand sceau, ce qui le rendait exécutoire, et il le laissa entre ses mains. Walsingham se chargea de la rédaction de la lettre; il la signa avec Davison, et le même soir elle fut portée à Fotheringay par un messager spécial. Cette lettre, dont une copie a été trouvée dans les papiers de Paulet, appartenant à un de ses descendants directs , était conçue en ces termes froidement sinistres ' :
u Nous avons compris à un discours tenu récemment
par Sa Majesté qu^elle ne remarque en vous ni le zèle ni le dévouement qu'elle était en droit d'attendre de vos mains , en ce que vous n'avez pas , en ces derniers temps , de vous-mêmes et sans invitation , trouvé quelque moyen d'abréger la vie de cette reine, en songeant au grand péril auquel, à toute heure, est exposée Sa Majesté, aussi longtemps que la susdite reine sera en vie. En ceci, outre un manque d'amour pour elle, Sa Majesté note fortement que vous n'avez pas montré, pour votre sûreté personnelle , ou plutôt pour là conservation de la religion, du bien public et de la prospérité de votre pays, cette vigilance que la politique commande ; surtout lorsque vous avez en main, pour la satisfaction de vos consciences envers Dieu et la décharge de votre conscience et de votre réputation
^ Li/e of Davison by sir Harris Nicolas, p. 85; Hearne'8 Robert of Gloucester, vol. II; Tytler, vol. VIII; Miss Strickland, vol. VII; IIo8AGK,t. II, p* 454. Sir H. Nicolas suppose que Walsingham se tenait éloigné de la cour soas prétexte de maladie, sachant qu'Elisabeth avait résolu de sacrifier la reine d'Ecosse et espérant qu'elle chercherait à faire retomber le blâme sur Qn antre de ses ministres. Hosack, t. II «p. 454.
à regard des hommes, un warrant aussi explicite , et un terrain aussi solide que le serment de Tassociation que vous avez solennellement prête l'un et Tautre ; surtout enfin lorsque le crime dont cette reine est chargée est prouvé d'une manière si claire et si manifeste. En conséquence, Sa Majesté voit avec le plus grand mécontentement que des hommes qui professent pour elle Famour dont vous vous dites pénétrés font en sorte, pour échapper à leur devoir, que le fardeau retombe tout entier sur elle, quoique vous connaissiez fort bien son horreur à répandre le sang, et surtout le sang d'une personne de son sexe, de sa qualité , et d'une si proche parente. Ces considérations, nous devons vous l'avouer, troublent grandement Sa Majesté, qui, à plusieurs reprises , a protesté que, si la vue du danger de ses bons sujets et de ses fidèles serviteurs ne la touchait pas plus que son propre péril, on ne l'aurait jamais forcée à consentir à verser le sang de cette reine. Nous avons pensé qu'il était utile de vous communiquer ces discours sortis récemment de la bouche de Sa Majesté, nous en rapportant du reste pour tout ceci à votre bon jugement. Et sur ce , nous vous recommandons à la protection du Tout-Puissant. Vos plus assurés amis : Francis Walsingham , William Davison. Londres, 1" février 1586 (v. s.)'.»
Peu d'heures après, Davison, qui treniblait qu'une telle lettre ne fût plus tard mise au jour, expédia un nouveau coturrier, porteur d'un post-scriptum dans lequel il recommandait instamment à Paulet et à Drury de la jeter au feu, et, en retour, il leur promettait facétie usement de traiter leur réponse en hérétique".
* 10 février 1587, nouveau style.
2 Tttler, t. VIII. M. Hill Burton, il faut lui rendre cette justice, dit de cette lettre qu'elle est une des plus horribles taches de Thistoirc d'Angleterre. {The History ofScotland^ t. V.) M. Froude, au contraire, dit que • ccn'éuit