‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 197 sur 226 · CHAPITRE VINGT ET UNIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIEME

coussin y couverts de frise noire , pour la reine , et deux autres sièges pour les comtes. Une barrière ^devant laquelle se pro* menaient des arquebusiers et les hallebardiers du sbérif, commandés par Paulety défendait Tapproche de Téchafeud. Autour de cette barrière se pressaient trois cents spectateurs. G^étaient, pour la plupart, des ^gentilshommes des environs, des hommes de robe y des officiers de la reine Elisabeth.

Une foule immense * entourait le château. Elle était contenue par les deux mille cavaliers qui étaient arrivés pendjant la nuit.

Par un raffinement de barbarie inouï, afin d^exciter le fanatisme de la populace, on avait posté dans la cour du château des musiciens à gages, qui, au moment de l'entrée de Marie Stuart dans la salle, exécutèrent un vieil adagio, sorte de marche funèbre que Ton jouait ordinairement lorsqu'une sorcière était livrée aux flammes*.

La reine était arrivée au seuil de la grande salle. S'avançant de Tair le plus imposant, elle promena ses calmes regards sur le lugubre appareil de son supplice. Paulet lui ayant offert le bras, elle gravit Tescalier de bois', en lui disant d'un ton plein de douceur : a Merci de votre courtoisie, sir Amyas ; ce sera la dernière peine que je vous donnerai et le plus agréable service que vous m'aurez jamais rendu ^. » Elle s'assit sur la

eution de la royne tT Ecosse, Teulet, t. IV, p. 157; Fboudb's Uistory of England, etc., Reign of Elisabeth , vol. VI; Journal inédit de Bourgoing; Miss Stricklâkd, t. VII.

^ M. Froude Féyalue \ plusieurs milliers de personnes.

^ Cet adagio, d*uQ caractère analogue à la marche funèbre de Saûl, a été récemment découvert à Oxford, dans un vieux manuscrit, avec cette indication qu*il fut joué lorsque Marie Stuart entrait dans la grande salle de Fotheringay. (Note traduite de Miss Strickland.)

3 « Elle y monta si dispostement et si allègrement que vous eussiez dit, à la voir, qu'elle allait dîner en quelque festin... ■ Le Martyre de la. royne d^ Ecosse, dans Jebb, t. II, p. 306.

4 ChAteauneuf à Henri III, 27 février 1587, Teulet, t. IV, p. 171.

chaise basse et voilée de noir qui lui était destinée, avec la même grâce et la même dignité que sur un trône. A sa droite se placèrent les comtes de Kent et de Shrewsbury ; à sa gauche Beale et le shérif; devant elle étaient debout les deux exécuteurs. Alors Beale lut la sentence. Marie parut l'écouter avec attention, mais ceux qui étaient près d'elle purent s'apercevoir, à l'expression de son visage, que ses pensées n'étaient plus à la terre et qu'elles prenaient leur essor vers le ciel ' . A peine cette lecture fut-elle achevée, que la salle retentit d'un formidable : God save the Queen Elisabeth ! poussé.par les trois cents spectateurs. La reine ne parut pas s'émouvoir de cette sauvage démonstration et fit le signe de la croix.

Le comte de Shrewsbury, se tournant alors vers elle : « Madame, lui dit-il, vous entendez ce qu'il nous est ordonné delEaire? — Faites votre devoir» , répondit-elle simplement. Elle fit de nouveau le signe de la croix, u et avec une joyeuse contenance, le visage en sa vive et naïve couleur,... sa beauté plus apparente que jamais ' d , elle promena sur l'auditoire ses intrépides regards, et, d'une voix ferme, elle prononça ce discours, dont ses serviteurs ont recueilli le texte ou te sens :

« Milords, je suis née reine, princesse souveraine et non sujette aux lois, proche parente de la reine d'Angleterre et sa légitime héritière. Après avoir été longuement détenue prison-

1 Le Vray Rapport de l'exécution de la royne d'Ecosse, dans Teulbt, t. lY, p. 157, et Le Rapport de la manière de t exécution de la royne d^ Ecosse, dans Labaroff, volume spécimen, p. 238.

« Pendant cette lecture, la reine d*Éca8se écouta avec la plus profonde indifférence et avec une expression aussi joyeuse que si c'eût été la grâce de sa vie. ■ (Ellts^ t. III, p. 113; Rapport envoyé à lord Rurghtey,) Dans le Rapport donne par Teulet, elle est dépeinte comme « regardant toute rassemblée d*une joyeuse contenance » . Teulbt, t. IV, p. 157.

^ Ija Mort de la royne d^ Ecosse, dans Jebb, t. II, et dans Tbclet, t. IV, p. 157; £e Vray Rapport de C exécution de la royne d'Ecosse, dans Teulet; Le Rapport de la manière de texécution, etc., Labanoff, volume spécimen, p. 238; Ho8AGE<, t. 11^ p. 465.

Page 1