CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
« Milords, dit-elie, si vous voulez prier pour moi, je serai reconnaissante de vos prières, mais je ne puis m'unir à vous d'intention, car votre religion n^est pas la mienne '. »
Aussitôt, le doyen commença une prière en anglais, pour que Dieu donnât le repentir à Tauguste condamnée et pour quMI béntt la reine Elisabeth, en lui accordant une longue vie, la victoire sur ses ennemis et le triomphe de la religion protestante. Cette prière fut répétée en chœur par tous les assistants. Pendant ce temps^là, Marie, agenouillée et tournant le dos au doyen et aux comtes, récitait en latin et à haute voix les psaumes de la Pénitence les plus conformes à sa situation : Miserere mei, Deus...; In te. Domine ^ speravi.,.; Qui habitat in adjutorio^ etc. Lorsque le doyen eut fini ses prières, il se fit dans la salle un morne silence.
La reine toujours à genoux, se frappait souvent la poitrine de son crucifix d'ivoire, et elle le baisait avec ferveur*.
Elle continua ses oraisons à haute voix et en anglais. Aucune de ses paroles n^était perdue . Les mains jointes et les yeux levés au ciel, elle improvisa cette sublime prière : « Envoyez* moi. Seigneur, votre Esprit-Saint pour qu'à Theure de la mort il m'illumine et me fasse comprendre le mystère de votre Passion ' ; pour que je persévère dans votre foi jusqu'à mon dernier soupir et que j'endure avec patience le supplice que Ton inflige, en ma personne, à l'Église catholique. Faites, Seigneur, ajoutait-elle avec de grands élans de ferveur, que ma mort assure le repos et l'union de toute la chrétienté, la paix entre
1 Le doyen ne récita pas Toffice pour les mourants on le service des morts de la liturgie anglicane, mais nne amère diatribe de sa composition, qui ne tendait ni à consoler ni à édifier. Miss STRiCKLAno, t. VII.
2 La Mort de la royne d'Ecosse, dans Jebb, p. 609 à 669; Le Vray Rapport de V exécution de fa royne tT Ecosse, dans Teulbt, t. IV, p. 158.
<^ Cette pensée, digne d*un Bossnet ou d*un Shakspeare, a été négligée par la. plupart des bistociens, qui la passent sous silence. Elle se trouve dans la Mort de la royne d'Ecosse, Jebb, t. IT, p. G09 à 669.
kik MARIE STUART.
les princes chrétiens, la conversion de TAngleterre à la vraie religion, la persévérance des catholiques dans leur foi et leur constance dans le martyre. »
Elle invoqua la Vierge Marie et tous les saints, les conjurant d'intercéder pour elle. Elle recommanda à Dieu son fils, le roi d'Ecosse, et même la reine Elisabeth. Elle déclara, en toute humilité, que, bien qu'elle fùt une grande pécheresse, elle espérait être sauvée par les mérites de Jésus crucifié, aux pieds duquel elle désirait répandre tout son sang '•
Jamais victime n'avait montré une plus noble résignation en foce de la mort ; jamais âme chrétienne n'avait surmonté ^rec une plus héroïque intrépidité les dernières défaillances deia nature humaine. Ainsi agenouillée, les mains jointes, les yeux levés au ciel, Marie ressemblait à une martyre des premiers âges du christianisme. Peu à peu, par un de ces étranges retours qui se produisent parfois au sein de la foule, une indicible émotion, une admiration profonde, avaient succédé aux sentiments les plus hostiles. Le plus grand nombre de ces mêmes hommes qui venaient de saluer l'arrêt de mort par de
^ La Mort de la royne ttÉcossey dans Jbbb, t. II ; £e Vray Récit de Fexécw tion de la royne d* Ecosse, Teulet, t. IV, p. 159 ; Labaroff, yolume spccimen, p. 241 ; Camdeit, p. 536.
« Quant à la victime, dit M. Hill Burton, qui cède, maigre lui, à l'admiration qu'éveille le récit d*nne telle mort, aucun martyr, en possession d'une vie de pureté sans tache, ne fit face à son destin avec une dignité pla< grande. L'Église à laquelle elle appartenait, poursuit-il avec une intenùon ironique, pouvait entreprendre de la justifier de tout crime. Elle fit son expiation avec une noble simplicité. » Puis, renchérissant sur les brutalité* du doyen de Peterborough et du comte de Kent, et dans un langage ^6°^ de M. Froude, il donne à celle qu'il appelle parfois la victime le nom àt • Moderne Jézabel ». Dans un chapitre précédent, M. Hill Burton trouve mauvais que Marie ait pu se plaindre de son logement, de sa nourrit^^ii^ ^^ des mauvais traitements de ses geôliers. A l'en croire, elle se serait rendue coupable de la plus noire ingratitude en retour des bontés d'Elisabeth. Voila où peut entraîner, même de nos jours, le fanatisme. {History of Scot^^» t. y.) Quelle vérité peut-on espérer de tels sectaires?