‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 225 sur 226 · DE MARIE STUART A ELISABETH · texte numérisé non relu

DE MARIE STUART A ELISABETH

[ Fotheringay, 12 (22) janvier 1587.]

Madame, in'estant, sellon ce qu'il vous a pieu me faire sigfniffier, préparée à la mort, donnant lieu à mes [ennemys*] de se descharger.... que ma vie peult estre à leurs desseing^s, je me suis sy vol un ta i rement résolue de laisser ce faulx monde, que je proteste à Dieu et à vous que, 'despuis, je n'ay aspiré et ne désire autre contentement mondain synon ceulx dont, pour descharger ma conscience , je vous ay feict requérir pour ' Mylord Brotcheist * et Beale, et ce que, par ma dernière prescription de ma main, je vous ay demandé, deppendant de votre seulle henevollance et qui ne peult offencer aulcun. Quant aux prières et requestes, j'en ay esté aulcunement gratiffiée, assavoir d'un aulmosnier, d'une partie de mon argent; mais de mes pappiers je n'ay receu que certains estroics * ; et pour ce que je pense que vous n'entendez pas que ce qui me touche, que les affaires de mon domaine tombent en atitres mains, ne tous pouvant servir et nuisant à l'efFect de ma dernière volunté, je vous supplie que tous mes estatz, livres de comptes et autres pappiers ne parlant que de mes affaires en particullier, me soient renvoyez et le reste de l'argent rendu , pour en ordonner et

' Cette lettre^ que nous publions pour-la première fois, se trouve en copie en tête du Journal de Bour^pinff, avec cette mention : « Encore de la propre main de la dicte dame a la Royne d^ Angleterre », ce qui veut dire qu'elle fut copiée par Tauteur sur Toriginal autographe. Malheureusement, en la transcrivant sur la minute du Journal de Bourgoingy le copiste l'a si mal lue qu'elle est tout hérissée de fautes, de non-sens et de lacunes.

^ Il y a dans le manuscrit : emigeren, ce qui n'a aucun sens.

3 Par.

* Buckurst.

* Extraits. ^

laisser l'exami nation à ceulx de mon conseil et aux exécuteurs de mon testament, à qui ilz pourront servir, après mon trespas, comme à moy à présent, pour estre seure de ce que j'ay despensé, m'est à disposer, ou puis justement debvoir, [sans] ' me pouvoir servir sans eulx des extraictz de Nau seuls, luy estant prisonnier, sy je n'avois liberté de communicquer avec luy, ou, pour le moîn^, par escript, de m'informer de luy de plusieurs ' particnllieres dont j'ay besoing^ d'estre esclaircie. J'ai faict entendre quelques poinclz à Messieurs Amiaz Paullet et de Drury, lesquelz m'ayans promis en escripre, je suis attendant leur responce deppuis le xxii* décembre qu'ils m'envoyèrent quelques pappiers avecq ung^ mot de Nau, mon secrétaire. [Eulx] n'estimant raisonnable de vous en importuner et de mes dernières requestes, je crains ou que ma lettre ne vous aye esté rendue, ou que n'ayez voullu prendre la peyne de la

lire* la façon de laquelle j'ay esté dejectée peult-estre [leur]*

persuada que je vous debvois demander quelque g^rande g^ace, et mesme craig^nant que vostre bon naturel vous causast mesme de ceste remonstrance quelques reg;retz de réduire vostre propre sang, ensemble et qualité, à telle estraincte. Mais, Madame, ilz n'ont que faire de craindre de tant de pusilla[ni]mité d'une part, et, d'autre, vous leurs pouvez oster tout mescontentement qu'ilz pourront avoir de vostre trop grande douleur, leurs sigpiiffiantma prière. Et vostre intention n'estant que de gratiffier à la mort, laquelle leurs estant accordée, ilz ne vous peuvent blasmer d'accorder sépulture au corps, quelque debvoir de parenté, synon au moings de charité cbrestienne. Par quoy je vous requiers derechef, Madame, en l'honneur de la passion de Jhesus Grist , de ne me retenir plus en ce misérable suspens, plus cruel que toutte peyne terminée, mats plainement me faire entendre vostre volunté, laquelle estant de m'accorder ma requeste, je vous prometz d'en faire, une à la mort, pour vostre salut et prosperitté en ce monde, en la grâce de Dieu. Et sy vous me le refusez, je ne lairray de le porter patiemment, vous remerciant encores de ne me avoir tant faict languyr à oeste

^ r^ou» aTons cra devoir ajouter ce mot entre crocliets pour rendre U pLrase intelligible.

^ Choses, soufl-entendu.

* Mot illisible.

^ Mot omis dans le manos^ît.

misérable condition dont je souhaistois que sceussiez au vray la pitié de mes pauvres serviteurs, perdant leur temps et santé. Au reste, sy à l'heure de mon trespas, je vous vouUois mander quelque secret, et qui pourroit importer à vous mesme de n'estre communicqué à aucun , cstans mes dernières parolles , je désire sçavoir à qui je m'en pourrois fier, comme il y en a qui, à la coustume, pourroient dire et en retenir pour plusieurs respects. Or bien. Dieu vous doint aultant d'heur en ce monde que je en attens le laissant pour sa miséricorde, laquelle invocque sur moy et sur tous ceulz qui me pourchassent, [ayant] ce bien de sortir de tant de misères par une mort innocente, et veuille pardonner à qui aultrement me calomnye et aux miennes' s'il y en a, et qui ayent plus de respect aux commodittés de ce monde que [à leurs *] conscience et debvoir, vous estre saignes et pour vous conseiller, et apprès ma mort et prendre garde particullierement d'en tirer proffict, ayant esçard au but ausquels les ungs et les autres peuvent tendre, faisant deffense ' de la mesme vertu d'avecq la fausse apparence d'icelle, et le debvoir d'avecq les particullieres passionnées inten-» cions^. Et espère que, pour ma mort tant souhaittée, vous et plu* sieurs autres recepvrez une expérience qui servira et çsclaircira beaucoup de choses dont Dieu pourra estre gloriffié. Je supplie sa divine Majesté que le tout advienne à son honneur et votre ediffication et perseveration avecq celle de toute ceste Isle, pour le salut desquels je n'espargneray jamais ma vye, ny refuseray je l'abandonner, voire quant je seroys en meilleur estât. Tant s'en fault que je ne parle voluntiers de celluy auquel je suis inutille à son service et au bien de nostre patrye, ne vostre particuUier que je

< Au Heu de aux miennes, mots très-lisibles dans le manuscrit, il faudrait lire : à mes ennemis, ce qui rendrait la phrase intelligible.

^ Il y a dans le manuscrit : que ailleurs conscience,

«^ Il y a deffense dans le manuscrit; il faudrait peut-être : différence.

4 Cette phrase, depuis ces mots : tjui autrement me calomnie^ est à peu près inintelligible, ce qui tient à la mauvaise lecture du copiste. Tout ce qu'il est permis de comprendre, c'est que Marie Sluart semble dire à Elisabeth qu'elle est victime de ses conseillers, •• qui ont plus de respect aux commo* dites de ce monde qu'à leur conscience et à leur devoir ■ ; qu'ils ne poursuivent sa mort que pour en tirer pro6t, et qu'Elisabeth doit se rendre compte de la différence qu'il y a entre la vertu et la fausse apparence de la vertu, entre le devoir et les intentions passionnées.

582 MARIE STUAHT.

souhaitte, vous touchant sy près en sang, et voyant au contraire que à aulcuns je servis de coulleur, defferans leur malice contre moy et les miennes pour certains respects dont je laisse le jugement au juste juge et de touttes mes intentions.

De ma prison de Fortringain le douzîesme janvier mil v^ un*' vu. Votre seur et prisonnière cousine,

Marye.

Page 1