CHAPITRE TROISIÈME
nom de Marie ' . A ce nom^ quMI abhorrait, le ferouche puritain, en qui le fenatisme avait étouffé tout sentiment de pitié, répondit à la demande de la reine par un refus brutal. Mais elle, se souvenant alors que TÉglise catholique permet aux laïques et même aux femmes d^administrer le baptême, en cas d'urgence, elle prit Ten&nt sur ses genoux , se fit apporter de Teau , et , la répandant sur la tète du nouveau-né , au grand scandale de Paulet, elle prononça les paroles sacramentelles *.
Lorsque , rentrée chez elle , la reine s'aperçut que ses armoi* * res avaient été forcées , que ses papiers les plus secrets avaient été saisis , que ses cassettes et ses écrins avaient disparu , elle ne put contenir son indignation : « II y a deux choses , s'écriat-elle d'une voix frémissante de colère, que Ton ne pourra me ravir : mon sang anglais et ma religion catholique, que je garderai jusqu'à la mort *. » Puis, se tournant vers l'escorte de Paulet, elle ajouta : « Plusieurs de vous le regretteront *. » Le vieux puritain , alors absent*, fut troublé par cette menace,
* • L'enfant de Curie n'étant pas baptisé, elle demanda que le niini.sti*e pât lui administrer le sacrement avec des parrain et marraine que je procurerais, et qu'il portât le nom de Marie. Ceci ayant été refusé, elle vint dans la cbambre de la femme de Curie, et, plaçant l'enfant sur ses genoux, elle prit de l'eau dans une cuvette et en jet«i'8ur la tête de l'enfant, en disant : Je te baptise, etc., et en nommant l'enfant de son propre nom, Marie. Cela ne doit pas étonner de la part d'une femme qui ne se fait pas conscience à enfreindra toutes les lois divines et bumaines. » Lettre de Paulet à Walnngham^ Î7 août; The Letter-Boohs, etc., p. 275.
2 Paulet h Walsinghamy Tf août 1586 ; State Papers Office, ' Paulet à Walsinghamy 27 août; The Letter-Booh of sir Amias Pow- Uty etc., p. 276.
* Ibidem,
^ ■ Elle ajouta encore ces mots, dit Paulet : • Plusieurs de vous le regret- • teront ! a C'était à propos de la saisie de ses papiers. Je n'étais pas présent lorsqu'elle dit cela, mais ces propos me sont revenus. Elle seule sait ce qu'ils signifient. Je pourrais être inquiet pour d'autres cboses, mais je sais bien qu'il n'y a rien dans ses papiers qui puisse m'inspirer des craintes pour moi* même. ■ The Letter^Books of sir Amias Poulet, etc., p. 276; lettre du 27 août i Walsingbam.
qui lui fut rapportée. Tout brave qu'il était, « il y avait quelque chose dans cette noble femme qui lui imposait et Teffrayait » . Il avait hâte de se dégager de la grave responsabilité qui pesait sur sa tète. 11 craignait un soulèvement dans le comté. Il demanda le départ de la reine pour une place plus forte ; il en fit une question d'urgente nécessité. « Je vous supplie de tout mon cœur, écrivait-il à Walsingham dans un post-scriptum de cette même lettre, d'avancer autant que possible notre changement de résidence, car il y va grandement du service de Sa Majesté *. n
Marie Stuart fit une nouvelle tentative auprès de Paulet pour qu'il transmit une lettre d'elle à Elisabeth. Il s'y refusa, comme à Tixall. «J'avais cru, écrivait-il à Walsingham ' , qu'elle aurait désiré me parler; je me suis trompé, elle ne désire ni me voir ni m'entretenir. Elle m'a iait demander si je voulais envoyer ses lettres à Sa Majesté , ce que j'ai refusé , en disant que pas une lettre ne sortirait d'ici sans un ordre d'en haut. Je ne doute pas qu'elle n'ait besoin d'écrire après l'examen de ses serviteurs. Elle m'a fait la même demande chez sir Walter Aston; j'ai refusé, en attendant vos instructions '. >}
Marie fut très -courroucée d'apprendre que l'on avait trouvé dans un coffre une promesse de mariage sur parchemin, entre Elisabeth Pierrepont, une de ses demoiselles d'honneur, et son secrétaire Nau , qui était éperdument amoureux de cette jeune fille. Marie, qui savait à quoi s'en tenir sur la passion de Nau, avait &it jurer à Melvil, protecteur d'Elisabeth Pierrepont, que Nau ne l'épouserait jamais ^. Nau, qui
^ LeUre du 27 août, The LeUei^Books of Amias Poulet, etc., p. 277; Froude^s History of England, t. XII.
2 Paulet à Walsinghamy 27 août 1586; The Letter-Books ûf sir Amias Poulet, etc., p. 277.
^ Journal inédit de Bourgoing,
^ Mias Strickland, d'après des documents contemporains, donnede curieux , deuils sur cet épisode, t. VH.