STVART. PROCES DE BABINOTON ET DE SES COMPLICES. LEUR
Le 4 septembre , Walsingham écrivait à Paulet : « J'ai reçu hier la lettre de M. Waad contenant des instructions de Sa Majesté sur la manière dont vous devez vous conduire envers cette dame (Marie Stuart). Sur quoi j'ai pris occasion de récrire que 9 si cette manière d'agir était mise à exécution avant son changement de résidence ' , cela pourrait la rendre de nouveau malade et£aire avorter notre projet '. Mais n'ayant pas reçu de réponse à ma lettre, je crois utile de vous faire connaître quel est le bon plaisir de Sa Majesté à Tégard de cette reine , envers laquelle elle n^est nullement disposée à montrer de Tindulgence. Nous sommes en pourparlers pour qu^elle soit conduite à la Tour, ce que Ton juge fort nécessaire ; puis on instruira son procès suivant le dernier Statut édicté par le Parlementa S'il en est ainsi, il est inutile de réparer et meubler Fotheringay. En attendant, vous ferez bien de suspendre la saisie de son argent et le renvoi de ses serviteurs ' . »
Mais Elisabeth était impatiente d'user de rigueur, et, le lendemain même, Walsingham écrivait de nouveau à Paulet : « Sa Majesté persiste à vouloir que Targent de cette dame soit saisi
^ On avait projeté déjà de transférer Marie de Cbartley à Fotheringay et de lui enlever, préalablement, la plupart de ses serviteurs. ^ Le projet de traduire Marie devant une baute cour. 3 Walsingham a Paulet, The Letter-Books of Amîas Poulet, p. 285-286.
et ses serviteurs éloignés... et par conséquent, puisqu'elle le veut ainsi, je ne vois pas pourquoi on différerait. S'il en advient quelque inconvénient, Sa Majesté ne pourra blâmer qu^elIemême. Je suis absent de la cour par suite d'une inflammation que j'ai à la jambe droite, à cause d'un clou, et par conséquent je ne puis débattre cette affaire avec Sa Majesté comme je le voudrais. Cette après-midi, le chancelier, le trésorier et le vice-chambellan se réunissent à Londres , et vous serez promptement averti de la décision prise, soit pour transférer cette dame à Fotheringay, soit pour qu'elle soit directement conduite à la Tour '. »
En conséquence des ordres qu'il venait de recevoir, Paulet, le 9 septembre , envoya chercher Bourgoing , le médecin de la reine, pour lui annoncer qu'il avait à parler à sa maltresse. Les terribles émotions que venait de traverser Marie avaient ranimé ses douleurs de rhumatisme. Elle fit répondre à Paulet « qu'étant prise d'un bras et d'une jambe , couchée au lit et en mauvais point pour parler d'affaires » , elle le priait de la laisser reposer pour ce jour-là et de remettre sa visité au lendemain '. Le dur geôlier n'était pas homme à se laisser attendrir pour si peu. 11 dit hypocritement à Bourgoing qu'il ne s'agissait que d'une affaire de peu d'importance, mais qu'il était pourtant nécessaire qu'il pût en parler à la reine hors de la présence de ses serviteurs. « Je vous promets d'ailleurs, ajoula-t-il, que mon compagnon, M. Richard Bagot, et moi» aurons bientôt feit, et que nous ne molesterons point Sa Grâce, s'il lui platt d'être tranquille ' et de ne se troubler point elle-même *. » Et aussitôt, sans attendre une réponse, sir
> The Letter-Books of sir Amias Poulet, etc. (5 sept. 1586), p. 286-287.
3 Journal inédit de Bourgoing.
3 • Quiète a, du latin quieta^ tranquille.
* Journal inédit de Bourgoing.
CHAPITBE OUATRlEMIi. 97
Aipyas suivi de son fils Georges, de Richard lingot \ de ses
serviteurs et d'une nombreuse suite de ses gardes , armés de
dagues et d'épée», se présenta à la porte de la reine. Il laissa
bon escorte dans Tantichambre, et ayant pénétré seul avec
Bagot dans la chambre de I*auguste prisonnière, il en fit sortir
ses femmes et ses serviteurs, non moins surpris qu'alarmés
d'une action si étrange et si menaçante. Bourgoing, a fort triste
et pensif » , s'était attaché à la porte, et, à force d'instances,
avait obtenu la permission d'y rester avec le chirurgien Ger-
vais. Alors sir Amyas s'acquitta de son message. Il dit à la
reine d'un ton rude qu'elle était formellement accusée d'avoir
bUbcitë les troubles qui venaient d*agiter le royaume, et que
Targent qu'elle avait entre les mains était cause de tout le mal.
« C'est par ce moyen, lui dit-il, que vous avez suborné, en
Angleterre et sur le continent, nombre d'hommes qui ont été
traîtres à leur patrie. Aussi, le ^Conseil a-t-il ordonné que c^t
argent me serait remis en dépôt '.
— Je n'ai point d'argent et n'ai jamais suborné personne, lui répondit là reine, non moins émue qu'indignée de cette nouvelle violence. Ayant reçu parfois des services, j'ai cru de mon honneur de m*en montrer reconnaissante; mais je me soumettrai à tout ce qu'on voudra ^ s'il se peut prouver que j'ai tenté de corrompre qui que ce soit. Ce n'est point à vous ni au Conseil de me gouverner; il n'a point d'autorité sur moi, et je ne vous livrerai point mon argent.
— 11 faut que je l'aie, répondit froidement Paulet, et j'ai amené pour témoin M. Bagot, gentilhomme respectable et solvable. 11 ne vous sera fait aucun tort et vous ne perdrez rien... Ne vous troublez pas davantage; mieux vaut donner
* Le magUtrac qui avait assisté Waad dans la perquisition des papiers de
la reine, à Chartiey.
2 Journal inédit de Bourgoing,
cet argent de bonne volonté que si vous y étiez forcée et en disiez plus grand bruit » .
Marie lui répondit d'im ton de résolution encore plus accentué qu'elle s'y refusait absolument. Et comme il répétait que, si elle ne le lui livrait , il le prendrait de vive force : « Vous le pouvez faire, s'écria-t-elle , mais je ne reconnais h personne le droit de me commander.
— Je ferai rompre la porte, dit Paulet d\in ton menaçant.
— Ne répargnez pas » , lui répliqua Marie.
11 insista avec force pour qu'elle commandât à Elisabeth Curie de lui livrer la clef.
a Je n'en ferai rien » , lui déclara-t-elle d'un ton de plus en plus énergique.
Exaspéré de ce refus , Paulet sortit pour demander la clef à Elisabeth , mais cette courageuse fille refusa de la lui donner, à. moins d'un ordre formel de sa maîtresse. Alors, ne pouvant plus maîtriser sa colère, l'implacable geôlier chassa de l'antichambre tous les serviteurs de Marie. Ces pauvres gens , qui ne pouvaient se rendre compte du motif de ces violences et qui craignaient que la vie de leur maîtresse ne fût en extrême danger, lui demandaient, tout tremblants et les larmes aux yeux, « ce qu'il voulait faire de cette princesse ainsi malade et affligée » .
Bien qu'inaccessible à tout sentiment, de pitié , le vieux puritain, qui se révoltait à la seule pensée qu'on pût le croire capable d'un assassinat, s'écria d'un ton bref : « Votre maîtresse n'aura point de mal , qu'on me croie sur ma parole et mon ser^ ment, et que personne ne s'en fiàche ou trouble davantage. »
11 ne tarda pas à revenir, escorté de ses gardes , armés de barres de fer ', et, comme il faisait mine de vouloir enfoncer la porte du cabinet, la reine, brisée par cette lutte, fit appeler Elisabeth Curie, et lui donna l'ordre de livrer la clef. L*i]>>
1 Journal inédit de Bourgoing,