‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 52 sur 226 · CHAPITRE QUATRIÈME. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. i

Stuart pouvait conjurer. Elisabeth, Burghley et Walsîngham , qui , entre tous , avaient le plus à craindre du triomphe de sa cause, et qui n'avaient jamais cessé de poursuivre sa mort, mirent à profit la fermentation des esprits. La conspiration de Babington leur offrait une occasion trop fevorable d'exécuter leurs sinistres desseins pour la laisser échapper.

Babington et ses complices, au nombre de quatorze, avaient été jetés dans la Tour. Afin de découvrir, le plus promptement possible, toute la vérité et de conjurer le péril par la terreur des supplices, leur procès fut instruit d'une manière sommaire. Les débats étaient sur le poiift de s'ouvrir, le 13 septembre , lorsque Elisabeth, en proie à une angoisse mortelle, envoya message sur message à Burghley * pour lui recommander expressément que, dans l'acte d'accusation et dans les pièces qui seraient lues au procès, aucun mot ne laissât supposer la complicité de la reine d'Ecosse et sa mise ultérieure en jugement. Elle craignait que quelque conjuré, échappé à l'œil pénétrant de Walsingham , et poussé par le désespoir et la vengeance , ne vint la frapper jusque dans son palais, à peine gardé par ses gentilshommes pensionnaires. En ce moment , elle hésitait encore à traduire Marie Stuart devant une haute cour*, tout en

^ Lettre de Burghley a IlattoUj 12 septembre 1586, citée par Tytler, t. Vllf, p. 299. « Elle (Élisaheth) a l'idée, écrivait Burghley à Hatton, que sa yie est en danger, si quelque révélation implique la reine d'Ecosse dans le procès; que cela pourrait conduire ù quelque tentative désespérée les amis de cette princesse, qui sont encore nombreux à Londres, et que, par conséquent, il faut éviter toute provocation inutile, m Ce Fut, sans doute, à cause (le ces instructions h Hatton, qui fai«ait partie de la commission spéciale cbaigée d'examiner l'affaire de Babington, qu'au procès de ce dernier, on ne fit aucune recherche sur la prétendue complicité de la reine d'Ecosse avec les conjurés. Hosack, t. II, p. 396.

^ ■ Elisabeth, dit M. Mignet, n'osa pas y comprendre encore (dans le procès) la reine d'Ecosse, dont la lettre n'avait pas été trouvée en minute originale, ainsi qu'on l'avait espéré, w Cette minute ne fut jamais découverte, et Marie n'en fut pas moins condamnée à mort.

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désirant qu'une dag[ue complaisante la débarrassât en secret de sa rivale et lui épargnât la signature d'un warrant d'exécution à mort.

L'interrogatoire des accusés dura trois jours. Jeunes et riches pour la plupart, appartenant à d'honorables familles, et jusque-là ne s'étant point mêlés d'intrigues politiques, peut-être , sans les conseils de Morgan et les coupables provocations des agents de Walsingham, n'ieussent-il s jamais songé à entrer dans une conspiration si criminelle \ Babington , Ballard , Savage et trois de leurs complices firent les aveux les plus complets. Les autres soutinrent n'avoir pa« donné leur consentement au meurtre de la reine. Tout en avouant qu'ils avaient connu le complot, ils nièrent l'avoir approuvé. D'autres allèrent plus loin ; ils prétendirent l'avoir condamné comme un acte impie ; s'ils avaient gardé le silence , c'était , disaient-ils , pour ne pas trahir leurs amis *. Reconnus coupables de haute trahison , ils furent tous condamnés à mort '.

Rendue encore plus cruelle par l'effroi du danger qu'elle avait couru, Elisabeth, avant le jugement, demanda à son Conseil que l'on inventât quelque supplice rafBné pour augmenter les tourments des coupables, et pour frapper le peuple d'une plus grande terreur *• Il lui fut répondu par Burghley que le

> Histoire de Marie Stuarl^ par Jules GAUriiiEn, t. II.

^ Histoire de Marie Stuart, par J. GAUTaiER. — Savaf^c, danâ sa confession qui I10U8 reste écrite de la main de Plielipps (Becord Office, Mss. Mary Qiteen of Scots, vol. XIX, p. 381), afKrma que ce fut Gilbert Gîfford qui le sollicita pour commettre le meurtre d* Elisabeth, en lui disant que le docteur Allen, supérieur du séminaire de Roims, approuvait ce projet. C*cst ce qui esè confirmé |)ar l'ambassadeur de France. Les conversations de Gifford avec- Savage, consignées dans la déposition de ce dernier, ont été sup|)rimées, on devine pourquoi, dans les State Trials,

2 En vertu des statuts barbares d*£douard III. on les jugea sommairement hors de la présence des témoins. Froude, t. XII.

* « Elle me commanda alors, disait Burghley ù llatton, dans sa lettre du 12 septembre, d*écrirc que, lorsque les juges auraient prononce leur sentence

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mode d'exécution prescrit par la loi serait aussi terrible que tout ce que l'on pourrait imaginer, pourvu que le bourreau , en présence de la multitude, prit soin de traîner le supplice en longueur jusqu'aux dernières limites de la souffrance bumaine'. Qui le croirait? Elisabeth fut peu satisfaite de cette réponse , et chargea Burghley de témoigner tout son mécontentement aux juges et aux membres de son Conseil.

Sept des conjurés furent exécutés, le 2.0 septembre, d'après Tatroce procédé de Burghley*. Le bourreau, après avoir détaché , vivants encore , les patients de la potence, les éventra et leur coupa les extrémités des membres'. Dans l'espoir d'animer la foule contre eux, Bur;;hley fit courir le bruit que

sur le {renre de supplice cjiraurnHMit à )tuljir les condnmiiéâ conFormémcnt n la loi, on ajoutât à la fin de ladite sentence cette disposition : « Que, considérant rhorrible trahison conituisc contre la personne de la reine comme une chose inouïe, on en référera pour les supplices à Sa Majesté et à son CousciL ». Tytler, t. VIII, p. 299; Hosack, t. II, p. 396.

^ • J*ai dit à Sa Majesté, écrivait Burghley à Ilatton, que si Texécution était bien et dûment faite avec tonte Tex tension des peines imposées par la loi, en vue de tout le peujile, leur genre .de mort serait au.sâi terrible qui; pourrait Tétre aucune invention nouvelle. Mais, malgré cela, Sa Majesté nu fut pas satisfaite, et m'a commandé de vous en écrire pour que vous le déclariez nux juges et aux membres du Conseil. » 12 septembre 1586; EcEnTOif, Miis. du British Muséum; Papiers de la conspiration de Babingtony de la rullociion de M. Leigh.

^ Babington, Savage^ Hallard, Barnwell, Tilney, Abington, Tichbournc. Ils furent conduits et exécutés à Saint-Gilles-aux-Champs, où ils avaient tenu leurs réunions. Howeli/s State Trials.

^ ■ Ballard fut exécuté le premier; il fut éventré, et ses entrailles furent arrachées pendant qu*il était en vie. Babington contempla l'exécution de Ballard sans être abattu le moins du monde ; les autres détournaient la tête et priaient à genoux. Babington, ayant été tiré des fourches patibulaires encore en vie, et sur le point d*être éventré ou écartelé, cria i\ plusieurs reprises, en latin : Parce mihi, Domine Jesu. Savage brisa la corde, tomba de la potence et fut saisi par Tcxécuteur. On lui coupa les extrémités et on TévenCra tout en vie. Barnweil, Tichbourne, Tilney et Abington furent exécutés avec, la même cruauté. • Howsll*s State Trials ^ t. I, p. 1157; ilosACK, t. II, p. 405, note.

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leur dessein avait été d'incendier Londres, denclouer tous les

canons , de détruire la flotte , et de marier la reine d Ecosse avec Babington. Mais le peuple, à la vue de ces malheureux jeunes gens livrés à un supplice aussi horrible qu'inusité jusquelà , passa bientôt de la pitié à la fureur, et devint si menaçant que , le lendemain , Elisabeth dut faire exécuter les autres condamnés suivant Tusage ordinaire \

Le matin du jour fixé pour son exécution, Babington fit une déclaration qui existe encore. Comme c'est la seule confessiez originale qui nous reste de tout ce procès, il est utile de la mettre sous les yeux du lecteur. Le pqpier sur lequel elle est écrite contient plusieurs alphabets en chiffres, et, sur le verso, on lit les lignes suivantes : « Je reconnais que le dernier des alphabets écrits sur ce papier est celui dont je me suis servi pour écrire à la reine d'Ecosse. Reconnu le 20 septembre 1586. Signé : Anthony Babington*. » Sans aucun doute, l'acte est authentique, et peut être considéré comme une confession que Babington fit de son crime, ce que, en fait, il avait déjà admis dans le procès. Qu'est-ce que cela prouve contre la reine d'Ecosse? Absolument rien. La question n'est pas de savoir ce qu'il lui écrivit, mais ce qu'elle lui écrivit. Or, sur ce point essentiel, la confession de Babington, qui a donné lieu à tant de fausses interprétations, nous laisse dans l'obscurité la plus complète.

^ Saliâbury, Doun, Jones, Glianiock, Travers, Gage, Bellamy. (Howell*s State Trials, t. I; Mendoxa a Philippe II, 20 octobre 1586; Papiers de Simancasy Cahdbn, Tttler, t. VUI; Jules Gauthier, t. II.) Ces derniers complices de Babington, dit M. Hosack, furent condamnés sur des preuves insuffisantes (t. II, p. 400). « Gilbert Gifford mourut peu de temps après, dans une prison française, digne fin de son infâme carrière! • (Hosack, t. II, p. 406.) Il y avait été enfermé, dit Camden, pour vie déshonnéte.

^ Record Office ; Domestic séries. La suscription de Babington est d'une

très-belle et très-nette écriture. Le reste est écrit d'une main différente, mais

attesté par Tattorney général Popham, le solliciteur général Egerton, lord

Hunsdon, sir Francis KnoUys, et autres personnes notables. Hosack, t. II^

p. Mfj note.

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