ELLE, CONSTATÉE PAR LES MINISTRES D* ELISABETH
Bien qu'Elisabeth eût écrit à Paulet que Babington et les autres conjurés avaient fait des révélations sur la question du meurtre', que Walsingham eût dit, le 28 août, à Tambassadeur de France, Ghâteauneuf, que les deux secrétaires avaient avoué plus qu^il n'en fallait pour faire condamner la reine d'Ecosse *, ce qu'il y a de certain, c'est que cette preuve n'existait pas*. Il fallait se la procurer à tout prix. Walsingham avait feit enfermer séparément Nau et Curie dans son propre logis, à Westminster, afin de les avoir toujours sous sa main *. Il les avait mis au secret, entourés d'espions, et, alternativement, soit par des promesses, soit par des menaces, il s'efforça de leur arracher des aveux. Au commencement, ils résistèrent avec fermeté, bien que Walsingham, déployant
l Dépêche de Châteauneuf^ dans Eobrtox, p. 76 et 78 ; Mendoza à Phi^ lippe 11^ Papiers de Simanccu et Teulet, t. V, p. 395 et 421 ; Jalcs Gauthier, t. If.
^ Life ofEgerton,'p. 76-78; Miss Agnès Stricklaud, t. Vllf, p. 416.
^ Ce qui prouve à quel point Walsingham avait déguisé la vérité à Châteaaneuf, c'est que, sept jours après, le 4 septembre, Cecil écrivait à Hatton qu'il pensait que Nau et Curie étaient prêts à foire des révélations contre leur maîtresse, s*ils étaient persuadés qu'eux-mêmes pussent échapper. Mary Queen of Scots and fier latest English historian, etc., by James F. Melinë. London, 1872.
* Lettre de ChAteauneuf à Henri IJI, du 5 septembre 1586, Bibl. nat., Mw, Collection de Mesmes, n» 9513, t. III, lettre citée par M. Migmet; Hot&CK, t« H, p. 389.
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toutes les ressources de son esprit machiavélique pour les faire tomber dans le piège, eût mis sous les yeux de Tun les prétendues révélations de Tautre '. Interrogés devant le Conseil, ils soutinrent d'abord, malgré les moyens d'intimidation employés par Walsingham, qui s'emporta contre Nau jusqu'à lui porter le poing au visage', que leur maitresse n'était pas coupable. Pressés de plus en plus, ils avouèrent, le 3 septembre, si l'on peut ajouter foi à leurs confessions dont il ne reste que des copies, qu'elle était en relation avec les catholiques anglais, qu'elle avait adhéré au projet d'invasion, et, en termes généraux, qu'elle avait été en correspondance avec Babington. Nau confessa que la reine lui avait donné, écrite de sa main, la longue lettre du 17 juillet 1586, a pour la polir et la mettre au net » , et que la minute et la copie étaient entre les mains de ceux qui l'interrogeaient ';. mais ni l'une ni l'autre ne s'étaient trouvées parmi les papiers saisis.
^ « Quant à la nature de ces confessions, dit M. Hosack, nous n'en avons aucune connaissance, les originaux ayant disparu, et il serait extrayagant, lorsque Ton connaît les habitudes de Walsingham et de ses agents, de placer la moindre confiance dans les copies qui existent aujourd'hui. Même si elles étaient authentiques, ces confessions, arrachées par l'effroi de la torture et de la mort, ne seraient que d*un très-léger poids. Dans la forme qu'elles ont aujourd'hui, elles n'ont plus aucune valeur. » (T. II, p. 390.) Â ce propos, M. Froude, avec un cynisme qui dépasse toutes les bornes, soutient que toutes ces pièces sont authentiques, puisque, dit-il, elles sont contre-signées par deux ou trois membres du comité auxquels elles furent soumises, c'està-dire soit par Shrewsbury et par Cobham, soit par Walsingham et Burghley, etc. Vérification faite, dans les volumes XYIII et XIX du Record Office, qui renferment ces documents sur la reine d'Ecosse, M. Hosack déclare que M. Froude a sciemment induit en erreur ses lecteurs, et quune seule de ces pièces, d'ailleurs insignifiante, est contre-signée par les personnages dont il parle.
^ Apo ogie de Nau.
3 Confession de Nau, des 2 et 3 septembre, au State Papers Office. D'après des documents peu dignes de foi, Curie, le 2L septembre, avoua que la copie uglaise faite par lui fut brûlée par ordre de la reine. Hardiuick's Papers.