CHAPITRE CINQUIEME
Le 5 septembre. Curie, travaillé par Walsîngham et par Hatton , reconnut ou crut reconnattre la copie de la première lettre adressée par la reine à Babington le 25 juin '. Quant à la lettre que Marie était censée avoir écrite à Babington le 17 juillet suivant, et de laquelle allait dépendre son sort, on montra aux deux secrétaires, non l'original en chiffres que Phelipps prétendait avoir envoyé à Babington , non une copie chiffrée, non pas même une copie du déchiffrement, — a bien que Fexactitude en telle matière fût le point capital, la seule question à résoudre » , — mais simplement un extrait des points principaux. Le rapport officiel établit qu'ils répondirent affirmativement ; mais , — à supposer que leurs réponses soient authentiques, — de fut en termes si ambigus, qu'il est impossible d'appliquer leurs aveux aux passages rejetés par Marie, et que depuis on a démontrés être faux : « C'était cela, ou à peu prés » t disaient-ils '. Nau, sans doute dans l'espoir de la liberté, entra ou était censé entrer dans de nouveaux détails
< I^BASOFF, t. Vf, p. 346. Curie avoua qu'il avait mis cette lettre en cbiffres. The Letter-Books of Àmias Poulet, etc., p. 283.
' Â la suite de la copie officielle de la lettre du 17 juillet, que Marie fut reosée avoir écrite à Babington, se trouvent ces notes, également en copie, attribuées à Nau, h Curie et à Babington, par le faussaire Phelipps, qui a endossé la lettre de sa main : ■ C*est la copie des leUres de la reine d*£cosse dernièrement à moi envoyées. Signé : Anthony Babikgton. » — « Telle ou semblable me semble avoir été la réponse écrite en français par M. Nau, laquelle j*ai traduite et mise en chiffres, comme j*en fais mention au pied d'une copie de la lettre de M. Babington, laquelle M. Nau a signée le premier. Signé : Gilbert Curle, 5 septembre 1586. » — « Je pense de vrai que c'est la lettre écrite par Sa Majesté à Babington, comme il me souvient, 6 septembre 1586. Signé : Nav. » Les mêmes attestations de Curie et de Nau, en termes à peu près semblables, se trouvent dans le registre où sont insérées leurs dépositions. (Voir ÏUistoire de Marie Stuart, de Jules Gac- THiEB, t. II.) Quant à Babington, si sa déclaration est sans réserve, c'est que nous n'en avons qu'une copie, attestée comme authentique par Phelipps. C'est là l'unique garantie que nous offre cette lettre, contre-signée par ce faussaire de profession.
sur la cortrespondance'de Marie, a La reine, dit-il, ne voulait jamais permettre que quoi que ce fût de secret ou d*important fût écrit ailleurs que dans son cabinet. Sa pratique habituelle était de dicter les points principaux; lui, Nau, les transcrivait sur le papier et les lisait de nouveau à la reine ; puis il rédigeait les lettres, et, après les avoir soumises à une nouvelle révision de sa maîtresse, il les [délivrait à Curie pour qu'il les mft en chiffres... C'est de cette manière, disait-il, qu'avaient été écrites les lettres interceptées de la reine à Tarchevéque de Glasçovr, à Charles Paget et à Mendoza, l'ambassadeur d'Espagne; mais quant à la lettre de la reine à Babington ', il déclarait que sa mattresse la lui avait remise écrite , pour la plus grande partie, de sa propre main '... C'était Curie, ajoutait-il, qui finalement traduisait les lettres en anglais et les mettait en chiffres, et ce même procédé avait eu lieu pour cette lettre-ci comme pour toutes les autres. » Une telle preuve était loin* d'être concluante. Burghley menaça Nau de la Tour, et la crainte de la torture lui dicta, le 10 septembre, une demande en grâce à Elisabeth , accompagnée d'une longue déclaration dans laquelle il s'efforçait de disculper sa maîtresse*. Dans l'espoir qu'on lui avait donné, disait-il, de s'échapper, a elle s'était laissée aller à l'accepter, et... à donner avis pour le support étranger, sans se mêler aucunement du troisième point (c'est-à-dire du projet d'assassinat d'Elisabeth), ne s'estimant, es termes où elle se croyait, être obligée de le révéler, n'étant chose par elle oncques désirée, inventée, préparée ni pratiquée... Car il est très-véritable, ajoutait Nau, que Babington
1 Celle du 17 juillet 1586. Labanoff, t. VI, p. 383.
3 Si la reine rédigea en minute la substance de la lettre, Nau^ évidemment, comme il est dit dans les Papiers dUardwicky n'en rédigea donc pas de son cota une minute. 11 y a contradiction manifeste.
> Labanoff, t. Vil, p. 194 et 209. C'est la seule déclaration des secrétaires de Marie Stuart qui existe en original.