CHAPITRE SEPTIEME
essayons d^esquisser les traits, de peindre la physionomie de Marie Stuart à cette époque. Malg^ré les angoisses et les doulears d^une captivité si longue, sa rare beauté, célébrée par les poëtes de son siècle, et dont npus pouvons encore nous rendre compte par les meilleures peintures du temps , n^avait rien perdu encore de son charme et de son éclat ' • Elle avait conservé, comme aux beaux jours de sa jeunesse, ce noble front où rayonnait Tintelligence ; ces grands yeux d'un brun clair, aux: longues paupières, aux regards à la fois si pénétrants et si doux ; ce nez aquilin à la courbe élégante , dont les mobiles narines exprimaient tour à tour la fierté de la race , le courage invincible, le mépris de la mort. C'était toujours cette bouche fine , gracieuse , bienveillante , mais un peu contractée ^ par les amertumes de la vie; c'était toujours, bien qu'un peu aminci par les souffrances, ce pur ovale, d'une blancheur plus éclatante que la fraise et le bonnet de dentelles à l'italienne qui lui servaient de cadre , et d'où s'échappaient alors des cheveux noirs enroulés sur les tempes.
Il n'est pas un de ces traits, pas un de ces coups de pinceau, que nous n*ayons empruntés aux peintres et aux poëtes contemporains de Marie. A combien de dissertations ne se sont pas livrés les érudits pour reconstituer la beauté d'Hélène et celle de Gléopàtre? Marie Stuart n'est'-elle pas aussi intéressante pour nous que ces deux autres reines de la fable et de l'histoire antiques? «
On a beaucoup disserté sur la couleur des yeux de Marie , et ceux de ses portraits qui n'ont pas été peints d'après nature, sont venus augmenter la confusion et l'incertitude. Ses yeux étaientrils noirs, bruns,j][ris ou bleus? Car toutes ces couleurs ont
1 Etiam, post taediosi carceris molestiam, priatinum oris decus ac pulchri* tado, qao tôt bomines in sui amorem rapueral, intègre adhuc relucebant. Thcasi Hist, sui temporis.
été mises en avant. Il existe de nombreux témoignages pour la couleur grise. Byron se prononçait pour cette couleur. « Qu'importe bleus ou gris, disait-il. Les derniers', s'ils ont Tâme, scot aussi beaux, ainsi que le prouvent les plus grands exemples; les yeux de Napoléon et de Marie , reine d'Ecosse , prêtent à cette teinte le suprême rayon ' ». Quant à nous, il ne nous parait pas douteux que Marie avait les yeux d'un brun clair, ce que les Anglais nomment chestnut,
Ronsard , qui avait beaucoup connu la reine d'Ecosse dans sa jeunesse , ne laisse aucun doute sur ce point :
Vos yeux,
Doux, beaux, courtois, plaisants, délicieux,
Un peu brunets, où la délicatesse
Rit, non aux verts qui sont pleins de rudesse.
Aussi les Grecs, en amour les premiers^
Ont à Pallas, déesse des guerriers.
Donné l'œil vert, et le brun à Cythére,
Gomme d* Amour et des Grâces la mère.
L'homme qui a vu le plus de portraits originaux de Marie Stuart, le prince Labanoff, était du même avis.
On sait ce que Ronsard et Buchanan ont dit de l'éclat et de la douceur des yeux de Marie '.
La couleur de ses cheveux n'a pas été moins discutée que celle de ses yeux. Pour résoudre la question, il convient avant
* . Blue eyes or grey,
Napoléon s y Maryt (^Queen of Scotland) shouid Lend to that colour a transcendent rajr, ^ Quand vos yeux étoiles, deux beaux logis d*amour
Qui feraient d'une nuit le midi d*un beau jour , etc.
Ronsard.
Aspice..,
Quant mitis flaifttna décor ii
Fulgeret ex oculis,,, «
Francisci Valesii^et Mariœ Stitartœ, Regum Franciœ et Scotiœ Epithalamum , à Buchanano, Silvj:, iv.