CHAPITRE NEUVIEME
On lui proposa une seconde lecture de la commission : « Ce sont là des lois nouvelles, rëpondit-elle, et je refuse de m'y soumettre. Elles ont été faites expressément contre moi, et par des hommes qui sont mes ennemis et qdi prétendent me déposséder de mon droit à la couronne d* Angleterre ^ »
Il lui fiit répondu que bien que ce fussent de nouvelles lois, ■ elles étaient justes et équitables autant que; celles des autres pays, selon Dieu et justice; qu'elle savait bien que de temps en temps, et suivant les occasions, il en fallait abroger quelquesunes et en faire de nouvelles '.
— Les nouvelles lois que vous faites , leur répliqua Marie , ne me peuvent préjudicier en rien, à moi qui suis étrangère, partant non sujette à ces lois , et, de plus , je suis d'autre religion que vous. Je confesse que je suis catholique, et, pour cette religion , je veux mourir et répandre jusqu'à la dernière goutte de mon sang. Si tel est votre dessein, ne m'épargnez pas, je suis prête et m'estime bien heureuse si Dieu me fait la grâce de mourir pour sa querelle '. »
Les lords, étonnés de sa constance et de son intrépide fermeté , ne jugèrent pas à propos de la presser plus vivement sur cette question ^.
Comme elle ne cessait de soutenir qu'elle n'était pas justiciable des lois anglaises, puisqu'elle n'avait jamais joui de > leurs bienfaits » : « Si Votre Majesté, lui dit un des lords, était en son royaume, paisible et régnante, et si quelqu^un , fût-il le plus grand roi de la terre, conspirait contre vous, le reconnaîtriez- vous pour roi et ne procéderiez -vous pas contre lui?
— Jamais, répondit Marie avec force, jamais je ne procéde-
* Journal inédit de Bourgoîng i Howell's State Trials, t. I.
* Journal inédit de Bourgoing,
* Ibidem*
* Ibidem, Tous ces détails ne sont ni dans Howcll ni dans Hardwick.
rais de telle façon , et je vois bien que vous m^avez déjà con-' damnée, et que ce que vous faites n*est qu'une pure formalité, mais je ne* fais pas cas de ma vie. Je n'entre en débat que pour mon honneur, celui des miens et de TÉglise '• » Elle demanda le texte de la protestation qu'elle avait £Eiite autrefois à Sheffield. «Je suis, dit-elle, la même personne que j'étais alors; ma qualité ni mon rang ne sont changés ni diminués, et la cause pour laquelle avait été faite cette protestation est presque semblable à celle-ci. »
Le chancelier et le trésorier, ainsi qu'ils le lui avaient promis le matin sur sa demande , firent donner lecture de cette protestation , mais ils refusèrent de la recevoir et de l'approuver, déclarant qu'ils n'en avaient pas le pouvoir. Le chancelier convint pourtant que, lorsqu'il fut envoyé à Sheffield comme député, lors [de l'affaire du à^c de Norfolk, il avait reçu la protestation de Marie, et l'avait présentée à la reine Elisabeth, • Mais Sa Majesté, ajouta-t-il, ne l'a ni reçue ni approuvée. Nous ne sommes point autorisés non plus à la recevoir, et vous ne pouvez en faire usage. La reine d'Angleterre a droit de puissance en son royaume sur toute personne qui formera contre elle des entreprises criminelles , sans aucun égard pour la qualité ou la dignité de ses ennemis. Toutefois, parce que Ton sait bien qui vous êtes , la reine y procédera honorablement. Pour instruire cette afbire , elle a choisi un certain nombre de seigneurs et de grands de son royaume. Nous vous donnons l'assurance que rien n'^a été décidé d'avance contre vous, et que nous ne sommes pas venus pour vous juger, mais seulement pour vous examiner '• »
Ces discussions, entamées dès le matin, se prolongèrent jusqu'à la nuit tombante. Alors l'un des favoris d'Elisabeth , sir Christophe Hatton , homme d'un esprit aussi souple que fer*
^ Journal inédit de Bourgoing.
B Ibidem, Tous «res détails ne se trouvent pas dans les Staie Triait*