‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 95 sur 226 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Elisabeth , soutint que , quel que iFÙt son rang , la nature du crime dont elle était accusée la rendait sujette des lois anglaises , et , partant , que sa protestation était nulle. Et comme les commissaires avaient consenti à Tinsertion de cette protestation dans le procès-verbal de la procédure , bien qu'elle ne f&t pas approuvée et sans qu'il en fût délivré d'expédition à l'accusée , le chancelier déclara que cet acte ne serait en rien préjudiciable à la dignité et au pouvoir suprême de la reine d'Angleterre , à la majesté du royaume ni à aucun autre privilège de la couronne. En conséquence , il demanda que ces réserves fussent enregistrées à la suite de la protestation de la reine d'Ecosse. Ce qui fut aussitôt ordonné par le Conseil '.

Lecture fut ensuite donnée, par un clerc, de la Commission rédigée en latin.

La reine protesta avec force contre cet acte, comme ayant pour base, disait-elle avec la plus évidente vérité, une nouvelle loi rédigée expressément contre sa personne , afin de la frustrer de ses droits à la couronne d'Angleterre et de la mettre à mort.

Les anciennes chroniques d'Angleterre n'offraient aucun exemple 4()u*une accusée de son rang eût été traduite devant une haute cour : la loi elle-même n'avait rien prévu pour une aussi étrange anomalie. Marie était souveraine indépendante; la détenir malgré elle et la rendre responsable des lois nouvelles d'un pays qu'elle eût voulu quitter à tout prix , n'était-ce pas la traiter plus cruellement qu'une prisonnière de guerre? Victime, depuis près de dix-neuf ans, d'une violence inouïe, ne lui avait-il pas été permis, en vertu de tous les droits, de recouvrer, par tous les moyens possibles, sa liberté? Et quelle puissance humaine pouvait être autorisée à rendre contre elle une sentence? Elisabeth, sur le trône, avait plusieurs fois projeté le meurtre de Marie Stuarl , sa prisonnière, et elle n'avait

* Journal inédit de Bourgoing,

cessé de lui fiaiire un crime d'avoir conspiré pour sa liberté. Et maintenant y afin d'atteindre plus &cilement son but, ce n'est pas devant un Parlement libre qu'Elisabeth faisait comparaître sa victime, c'était devant une Commission choisie avec soin et toute dévouée d'avance à sa pensée secrète •*

Le lord trésorier, qui ne pouvait s'appuyer que sur de misérables sophismes, répondit à la reine d'Ecosse que toute personne , dans le royaume , était obligée d'obéir aux lois récemment rendues tout comme aux plus anciennes, qu^elle ne devait pas parler contre ces lois, et que les commissaires, nonobstant toutes ses protestations et réclamations, jugeraient suivant cette loi nouvelle ' .

Marie finit par déclarer qu'elle consentait à répondre , mais en ayant soin de dire encore que c'était uniquement sur le chef d'accusation relatif au complot contre la vie de la reine d'Angleterre*.

Alors, parmi les justiciers , à la table du milieu, faisant face à la reine , se leva un personnage vêtu « d'une robe bleue v , ayant « un chaperon rouge sur l'épaule , avec le bonnet rond à l'antique ' » . C'était le sergent royal Gawdy. Apres s'être découvert, il lut l'acte d'accusation. Il expliqua les différents points de la Commission et soutint que l'illustre accusée avait violé la loi de l'association destinée à protéger la vie de la reine d'Angleterre. Puis, en violation des promesses formelles qui avaient été Ssiites à Marie, il fit l'historique de la double conspiration. Il l'accusa non-seulement d'avoir connu et approuvé, par ses lettres à Morgan, à Paget, à Mendoza, à l'archevêque de Glascovir, à Engelfield, aux docteurs Allen et Levais , le complot qui avait pour but l'invasion du royaume et sa propre délivrance , mais encore, par ses réponses à Babing-

1 Howell's Staie Trials, t. I, etc.; Gamdex.

2 Ibidem.

' Journal inédit de Bour^oing,

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