‹ Marie Stuart, tragedie en cinq actesChapitre 61 sur 77 · ACTE IV, SC ÈNÈ VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SC ÈNÈ VIII

Vingt ans dans la prison , dans la douleur passés ,

Quel que soit son forfait, l’en punissaient assez.

Voilà ce que va dire et répandre l’envie.

Mais quoi ! j’épargnerais celle qui veut ma vie î Qui tend jusqu’en ma cour ses pièges séducteurs !

Qui détourne de moi mes propres serviteurs !

Leicester ! qui l’eût dit ?... Mais je garde à ce traître Une épreuve où du moins je pourrai le connaître.

Allons , qu’elle périsse : il iiy faut plus penser.

( Elle s'approche de la table sur laquelle est la sentence; elle prend la plume , et, prête à signer, elle s'arrête.)

A ce trait décisif que ma main va tracer ,

Je frissonne. Il me semble en ce moment suprême • Que de ma propre main je la frappe inoi-même.

Le monde me regarde : oh 1 pourrai-je achever!

( Elle se tait an moment. )T Devant lui, de quel air elle osait trie braver !

Quelle orgueilleuse insulte elle a sur jfhoi lancée !

Ne lui semblait- il pas qu’elle m’eût terrasséè ?

D’une haine impuissante ô faible et vain effort !

La mienne est plus- fidèle : elle porte 1» mort.

( Elle ressaisit avidement la plume. )

Je suis, a-t-elle dit, le fruit de l’adultère !

J’usurpe insolemment le trône d’Angleterre !

Malheureuse ! ta mort éclaircira mes droits.

Quand tu ne seras plus , qu on n’aura plus,de choix .

Le doute disparaît; je règne alors sans crime.

( Elle signe avec un mouvement rapide et Jerrne. )

Je suis de Henri huit la fille légitime. , .

( Des qu'elle a signé , la plume échappe des mains (C Élisabeth , et elle tombe comme épouvantée sur son fauteuil. Bientôt elle se remet , et fait signe aux pages de laisser entrer les lords qui étaient demeurés en-dehors de la salle , mais toujours en vue du spectateur.)

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