‹ Marie-ThereseChapitre 18 sur 40 · Drojseo, t. 11, p. 511. — Pal. Corr., t. V, p · texte numérisé non relu

Drojseo, t. 11, p. 511. — Pal. Corr., t. V, p

Des diverses allégations de l'instruction prussienne, la dernière peut-être était un peu surprenante de la part d'un prince qui, au moment où il incriminait les engagements pris par l'électeur de Bavière, se mettait en mesure d'en contracter lui-même à Hanovre de tout semblables. Mais Frédéric, on le sait, était l'homme du monde le moins embarrassé pour reprocher amèrement à autrui ce qu'il faisait lui-même sans scrupule. A cela près, les griefs étaient assez fondés : ils auraient même pu être plus nombreux. Il en était un en particulier dont on pouvait remarquer l'absence : c'était le plus fort, le plus populaire, celui qu'on pouvait tirer de la qualité personnelle du grand-duc, étranger à l'Empire par sa naissance, et n'y possédant qu'une puissance d'emprunt, dont il pouvait être privé d'un jour à l'autre, s'il avait la mauvaise chance de survivre à son épouse. De tous les reproches faits à la candidature autrichienne, il n'y en avait pas qui fût de nature à faire une plus forte impression sur l'opinion et sur la conscience des Allemands ; on devait donc s'étonner de voir Frédéric négliger un si

tif d'opposition. Mais négliger n'était pas le mol, car celait à dessein (comme Frédéric le fil plus lard remarquer lui-même) qu'il avait évité d'y faire allusion. Il voulait bien, dit-il, protester contre la forme de l'élection, mais non contre la personne de l'élu, par la raison qu'un vice de forme peut toujours être couvert i i. ~ OtOSp, tandis qu'une incapacité personnelle est ineffaçable, et le seul fait de la faire valoir pouvait constituer une injure impardonnable. Ainsi, en se retirant du collège électoral, il se gardait pour ainsi dire d'en fermer la porte sur lui, afin de rester libre d'y rentrer quand il lui conviendrait. A plus forle raison, et avec plus de soin encore, il évitait de prononcer aucun nom propre et interdisait à ses agents d'entrer en conversation sur un choix quelconque il opposer à celui qu'on allait faire; et à cens qui murmuraient encore autour de lui que, malgré les incertitudes et le langage équivoque du roi de Pologne, on pouvait peutêtre, à la dernière heure, voir apparaître par surprise sa candidature improvisée, il se bornait à répondre en haussant les épaules :

« — Avez-vous jamais vu faire un empereur incognito ' ? »

Toute autre, bien moins digne et bien plus compromettante pour l'avenir, fut la conduite dictée aux agents français. Mais précisément, parce que d'Argenson se sentait accusé d'avoir abandonné l'élection aux ennemis de la France, en renonçant jusqu'à l'ombre et à la possibilité d une action matérielle, il se croyait obligé et presque piqué d'honneur de la faire réussir à son gré par la voie de la persuasion. Aussi, dans les dernières semaines qui précèdent l'ouverture de la diète, tous les envoyés français, résidant auprès des petites cours dont le suffrage pouvait paraître encore incertain, reçurenl-ils l'ordre d'assiéger les princes et leurs ministres de représentations éloquentes sur la servitude où ils allaient se réduire en rétablissant la tyrannie de la maison d'Autriche et en mettant de nouveau aux fers la liberté germanique. Par malheur, le moindre mouvement en avant d'un bataillon de l'armée de Conti aurait

i. Valori à d'Argenson, 3 octobre 1745. (Correspondance de Pitisse. — Ministère des affaires étrangères.)

PI ETE DE FRÀNCFOJtT. fil

produit plus d'effet que toutes les prédications du monde, et le crédit faisait complètement défaut aux prédicateurs, qui étaient d'ailleurs assez mal choisis : car c'était, a Trêves, un ancien commissaire de gendarmerie, Henaud. bomme ào mauvaise façon, qui avait eu le tort de brutaliser plusieurs fois, sans motif suffisant, le vieux prélat; a Cologne, à la place du spirituel de SaJe, 00 ecclésiastique mal famé, l'abbé Aunillon, choix personnel de d'Argenson, qui avait pincé en lui une confiance peu justifiée; enfin à Munich, toujours le triste Chavigny, complètement discrédité depuis que le. jeune électeur bavarois, comme un pupille révolté, s'était échappé de sa tutelle. Tous durent reconnaître que leurs exhortations étaient sans effet, tant qu'elles restaient purement morales, et proposèrent de les renforcer par d'autres procédés qui l'étaient moins, et que d'Argenson, dont la délicatesse ne paraissait répugner qu'à l'emploi de la forée, ne se lit pas scrupule d'accepter. s bourse de 2(100 ducats fut offerte auchanr de l'électeur de Trêves, et une somme de ) écus d'Allemagne aux ministres de l'élcc-

teur de Cologne, à raison de 2000 écus par mois tant que le grand-duc ne serait pas élu Empereur ; ce dernier point confié aux tendres soins d'une grande dame, la comtesse de Brandt, qui avait régné, disait-on, sur l'esprit de l'électeur, et qu'on fit revenir à Cologne tout exprès pour essayer de rétablir son influence.

Vaines tentatives : l'électeur de Trêves était désormais tout en Dieu ; on ne pouvait plus le faire sortir des considérations mystiques. — « Ne voyez-vous pas clairement le doigt du Seigneur? disait-il au résident de France ; c'est la Providence qui a conduit par la main M. de Belle-Isle dans le piège d'Elbingerode ; c'est elle qui, par la mort de l'Empereur, a fait la paix de la Bavière ; la prudence des hommes ne peut rien contre la volonté divine. » Quant à l'électeur de Cologne, son honneur était intraitable : il avait promis, il avait juré, il voulait tenir; l'abbé Aunillon ne pouvait que s'étonner de trouver si incorruptibles des gens si corrompus. — « Il m'écoute, ajoutait-il, avec uû

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