‹ Marie Tudor; La EsmeraldaChapitre 11 sur 88 · SCÈNE VIL GILBERT, FABIANL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL GILBERT, FABIANL

FABIANl, revenant

Qui va là!

GILBERT

On vient d'assassiner un homme.

FABIANl.

Non, un juif.

GILBERT

Qui a tué cet homme?

FABIANl.

Pardieu! vous ou moi.

GILBERT

Monsieur!...

FABIANl.

Pas de témoins. Un cadavre à terre. Deux hommes à côté. Lequel est Tassassin? Rien ne prouve que ce soit l'un plutôt que Tautre, moi plutôt que vous.

GILBERT

Blisérableî Tassassin, c'est vous.

FABIANl.

Eh bien, oui, au fait! c'est çioi. — Après?

Je vais appeler les constablcs.

FABIANI

Vous allez m'aider à jeter le corps â l'eau.

GILBERT

Je vous ferai saisir et punir.

FABIANI

Vous m'aiderez à jeter le corps à Peau.

GILBERT

Vous êtes impudent !

FABIANI

Croyez-moi, effaçons toute trace de ceci. Vous y êtes plus intéressé que moi.

GILBERT

Voilà qui est fort !

FABIANI

Un de nous deux a fait le coup. Moi je suis un grand seigneur, un noble lord. Vous, vous êtes un passant, un manant, un homme du peuple. Un gentilhomme qui tue un juif paie quatre sous d'amende; un homme du peuple qui en tue un autre est pendu.

GILBERT

Vous oseriez...

Si vous me dénoncez, je vous dénonce. On me croira plutôt que vous. En tout cas, les chances sont inégales. Quatre sous d'amende pour moi, la potence pour vous.

GILBERT

Pas de témoins! pas de preuves! Oh! ma tête s'égare! Le misérable me tient, 11 a raison!

FABIANI

Vous aiderai-je à jeter le cadavre à Teau?

GILBERT

Vous êtes le démon!

Gilbert prend le corps par la tête, Fabiani par les pieds; ils le portent jusqu'au parapet,

FABIANI

Oui. — Ma foi, mon cher, je ne sais plus au juste lequel de nous deux a tué cet homme.

Ils descendent derrière le parapet, — Fabiani reparaît.

— Voilà qui est fait. Bonne nuit, mon camarade. Allez à vos affaires.

Il se dirige vers la maison, et se retourne, voyant que Gilbert le suit.

— Eh bien, que voulez-vous? quelque argent pour votre peine? En conscience, je ne vous dois rien; mais tenez.

n donne sa bourse à Gilbert, dont le premier mouvement est un geste de refus, et qui accepte ensuite de l'air d'un homme qui se ravise.

— Maintenant, allez-vous-en. Eh bien, qu'attendez-vous encore?

Rien.

FABIANI

Ma foi, restez là si bon vous semble. A vous la belle étoile, à moi la belle fille. Dieu vous garde!

n se dirige vers la porte de la maison et parait se disposer à l'ouvrir. GILBERT.

OÙ allez-vous ainsi?

FABIANI

Pardieu! chez moi.

GILBERT

Comment! chez vous!

FABIANI

Oui.

GILBERT

Quel est celui de nous deux qui rêve? Vous me disiez tout à l'heure que Tassa-ssin du juif, c'était moi, vous me dites à présent que cette maison-ci est la vôtre?

FABIANI

Ou celle de ma maîtresse, ce qui revient au même.

GILBERT

Répétez-moi ce que vous venez de dire !

Je dis, l'ami, puisque vous voulez le savoir, que cette maison est celle d'une belle fille nommée Jane, qui est ma maîtresse.

GILBERT

Et moi je dis, milord, que tu mens! je dis que tu es un faussaire et un assassin! je dis que tu es un fourbe impudent! Je dis que tu viens de prononcer là des paroles fatales dont nous mourrons tous les deux, vois-tu, toi pour les avoir dites, moi pour lés avoir entendues l

FÂBIÂNI.

La, la! Quel est ce diable d'homme?

GILBERT

Je suis Gilbert le ciseleur. Jane est ma fiancée.

FABIANI

Et moi, je suis le chevalier Amyas Paw^let. Jane est ma maîtresse.

GILBERT

Tu mens, te dis-je 1 tu es lord Clanbrassil, le favori de la reine. Imbécile, qui croit que je ne sais pas cela!

FABIANI, à part.

Tout le monde me connaît donc cette nuit! — Encore un homme dangereux, et dont il faudra se défaire.

GILBERT

Dis-moi sur-le-champ que tu as menti comme un lâche, et que Jane n'est pas ta maîtresse.

Connais-tu son écriture?

Il tire un billet de sa poche.

— Lis ceci.

A part, pendant que Gilbert déploie convulsivement le papier.

— Il importe qu'il rentre chez lui et qu'il cherche querelle à Jane, cela donnera à mes gens le temps d'arriver.

GILBERT, lisant.

« Je serai seule cette nuit, vous pouvez venir. » — Malédiction! Milord, tu as déshonoré ma fiancée, tu es un infâme! Rends-moi raison!

FÂBIANI, mettant l'épée à la main.

Je veux bien. Où est ton épée?

GILBERT

0 rage! être du peuple, n'avoir rien sur soi, ni épée ni poignard ! Va, je t'attendrai la nuit au coin d'une rue, et je t'enfoncerai mes ongles dans le cou, et je t'assassinerai, misérable I

FABIANI

La, la! vous êtes violent, mon camarade!

GILBERT

Oh I milord, je me vengerai de toi !

FABIANI

Toi ! te venger de moi ! toi si bas, moi si haut I tu es fou ! je t'en défie.

Tu m'en défies?

Tu verras!

GILBERT

FABIANI

GILBERT

FABIANI, à part.

11 ne faut pas que le soleil de demain se lève pour cet homme.

Ilnut.

— L'ami, crois-moi, rentre chez toi. Je suis fâché que tu aies découvert cela; mais je te laisse la belle. Mon intention, d'ailleurs, n'était pas de pousser l'amourette plus loin. Rentre chez toi.

Il jette une clef aux pieds de Gilbert.

— Si tu n'as pas de clef, en voici une. Ou, si tu l'aimes mieux, tu n'as qu'à frapper quatre coups contre ce volet, Jane croira que c'est moi, et elle t'ouvrira. Bonsoir,

Il sort.

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