SCENE V
AMBROISE, MARIE-ROSE, entrant par la gauche.
MARIE-ROSE
Bonjour, mon ami.
AMBROISE
Aht te voilà levée, petite femme... Eh bien ! comment te senstu, ce malin?
Très-bien,. . [Avec joie et tendresse.) Oui, très-bien!
AMBROISE
Voyons ça. (La contemplant.) Encore un peu pâlotte; mais les yeux sont bons. . . bons, autant qu’ils sont beaux ! (Il l'embrasse. Comme par réflexion.) Dis donc?. .. il a connu une Marie-Itose.
MARIE-ROSE
Qui ça?
AMBnoisE, observant sa femme.
Mais lui. . . le marquis de Simiane.
marie-rose, franchement.
Qu’esl-çe que c’est que ça ; le marquis de Simiane?
MARIE-ROSE
AMBROISE
Mou ancienuo Connaissance des Grandes-Indes... 11 sort d'ici.
MARI t-ft OSE.
Ahl ce gentilhomme, officier de marine, qne tu as aperçu dernièrement dans la ville.
AMBROISE
Oui, je l'ai reconnu huit jours trop tôt... c’était maladroif... ça m’a fait commettre une indiscrétion. (S'animant par degré.) Après tout, c’est sa faute. . . pourquoi est-il veuf?. . . pourquoi a-t-il des intrigues? F.nfln, il s’agit d’une de ces histoires qui sonnent mal aux oreilles d’une honnête femme, ainsi, en voilà assez là-dessus. . . ne m'en demande pas davantage. . . je n’aime pas qu’on parle de ces choses-là ici l
marié-rosé, souriant.
'Mais il n’y a que toi qui' en parles... je no te demande rien, moi. . . pas même à le voir, ton beau capitaine.
AMBROISE. > - . .... v •
Tu as raison. . C’est moi, au contraire, qui voulais le le faire connaître... encore une maladresse... Un brillant, officier, habitué aux conquêt s, l’introduiro dans une maison où il y a une jeune femme!...
MARTE-ROSB. "
Quand cette femme-là puise le respect de ses devoirs dans son amour pour son mari, ça lui fournit l’occasion de se moquer à la fois de deux bonnes dupes : du galant qui espère et du jaloux qui so défie.
AMBROISE
Oh! jaloux!... je l’ai été, c’est vrai... mais je me suis bien corrigé... La preuve, c’est qu’il t’a pris fantaisie d’aller chez ta mère, à quinze lieues d’ici, et de rester près d’elle pendant huit jours... Je t’ai laissée partir toute seule, sans te faire suivre... comme un mari qui ne veut pas douter de sa femme...
MARIE-ROSE
Quand tu sauras le véritable motif de ce voyage...
* AMBROISE
Le motif? Ce n’était donc pas que pour voir la mère Ursule que tu allais à Sûint-Kstève ?
Bon! te voilà aux champs pour un mot, foi qui te dis si bien guéri de ta jalousie!... C’est égal, je ne t’en veux pas; car je t’aime, vois-lu, je t’aime, mon Ambroise, pour tou courage à lutter contre le soupçon... je t’aime pour ton cœur qui me défend quand ton esprit m’accuse.