‹ MarinesChapitre 36 sur 76 · A MADEMOISELLE C. T · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE C. T

Un ange secouait ses ailes Dans les airs ; et ses beaux yeux bleus Lançaient de douces étincelles, Comme les étoiles des cieux.

Les franges d'or de son écharpe Brodaient les nuages du soir ; Et ses doigts tenaient une iiarpc ,

12i MARINES.

Où >1braient des accents d'espoir.

Comme on entend l'oiseau qui passe Chanter en effleurant les champs , La harpe, en traversant l'espace.

Exhalait de suaves chants.

Parfois c'était la voix de l'ange, Faible comme un souffle du ciel, Et pure comme la louange Qui monte aux pieds de l'Éternel.

Puis, une grande symphonie Préludait à d'autres concerts :

C'était la sauvage harmonie De l'orage au fond des déserts.

L'ange déposa sur la rive L'instrument aux divins accords;

LA HARPE DU RIVAGE

Et, soudain, la vague [)lainlive Expira, sans bruit, sur les bords.

Sa harpe à mon ame surpri.se Redit des sons mélodieux Oue lui fit soupirer la brise :

Et l'ange disparut aux cieiix.

Ces accents, inconnus à la musique humaine, Célébrèrent alors le bonheur et la peine;

Les charmes du premier amour ; Les délices du cœur, celles de l'ame pure; La majesté du ciel, la sublime nature,

Les clartés naissantes du jour;

Les langes du berceau, les rêves de l'enfance,

Et les soins de celui qui veille à .sa défense;

L'amuui' d'un [)ère forluiu' Qui sourit à la couche où son enfant re[»o.se, Kt voit sa jeune épouse ouvrir sa bouche rose

Aux baisers de son premier- né !

La splendeur de la nuit, à 'heure où la mer sombre Flamboie , en reflétant les étoiles sans nombre

Que le ciel mire dans ses eaux, Quand la reine des nuits blanchit la noire roche, Plane sur les forêts, et largement ébauche.

Dans les champs, l'ombre des coteaux.

Ils redirent encor la douceur infinie

Des chaleureux élans qu'inspire le génie,

Quand, pareil au coursier fougueux Qui franchit au galop plaines, torrent, colline. Il prend quelque mortel sur sa croupe divine.

L'enlève , le transporte aux cieux;

LA HARPE DU RIVAGE, 1:>7

Tout ce (\uc le cœur senl quand le feu de rauroie Enflamme l'orient, et, sur les monts qu'il dore,

Dissipe un manteau de brouillards :

Quand l'astre radieux s'élance dans l'espace, Uoaime la robe d'or de quelque ange qui passe

Eu éblouissant nos regards;

Ce qu'il éprouve aussi d'incfl'ables délices,

Aux murmures des fleurs, qui penchent leurs calices

Comme une jeune fille en pleurs; Ce qu'il éprouve, enfin, quand les perles du givre Se fondent au soleil; que joyeux il s'enivre

Du parfum matinal des fleurs.

Et qu'il voit un beau jour rajeunir les campagnes, Lcstroupeaux blancs tigrer le flancnoir des montagnes,

L'aspect agresle d'un chalet,

D(Mit le panache de fumée, Se jouant à travers la brise f>âr fumée. S'éparpille en flocons dun pâle violet.

L'heure où le roi du jour, éclairant d'autres mondes, Voleau penchant descieux, s'engloutit dansles ondes

En nous jetant un long adieu , Ramenait le sommeil , la paix et la prière. Et la harpe , les mers , le firmament, la terre

Chantaient ensemble : Gloire à Dieu î

Ohl silence! la harpe exhale un doux murmure; Et l'haleine du soir assoupit la nature. Sur les mers , que semblait extasier ce chant , S'étendent un ciel rouge cl le soleil couchant. L'horizon s'obscurcit. Le rocher de la rive Semble rêver au bruit de la vague plaintive.

LA HARPE DU RIVAGE

Le ciel est parsemé de paillettes de fen ; Et l'occident carmin redevient sombre et bleu. Secouant sur les monts sa chevelure brune Le crépuscule fuit. Déjà la pâle lune Blanchit la grève, argenté les forets, Puis aux ondes de la lagune Raconte ses grands secrets.

Je vois flotter l'écharpe Ue l'ange aux doux concerts, Glissant dans les airs :

Ft de la harpe, Dans la nuit , Le bruit Fuit.

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